Les Indiens Kogis tirent la sonnette d’alarme


“Petits frères, si vous continuez ainsi à brutaliser la nature, la Terre va trop souffrir et elle mourra. Le petit frère comprend-il ce qu’il fait?” Ce message sous forme de question a été transmis dernièrement par trois chamanes kogis, en visite en Suisse et en France, aux Occidentaux considérés par eux comme trop esclaves d’un matérialisme dévorant.

Les Indiens kogis, qui vivent en Amérique du Sud comme leurs ancêtres avant l’invasion des conquistadors au XVIe siècle, sont les représentants de la dernière société précolombienne organisée. Au nombre de 500’000 il y a 500 ans, ils ne sont aujourd’hui plus que 12’000 habitants vivant en société collective avec leur système politique, éducatif et religieux propre.

Les Kogis, les Arhuacos et les Wiwas, qui se nomment les «Grands Frères» sont établis en Colombie dans la Sierra Nevada, dont le sommet culmine à 5’775 mètres. Cette montagne, proche de la met des Antilles, est très difficile d’accès, ce qui a l’avantage de garantir leur indépendance. Les étrangers, soit les autres Colombiens, les Européens et les Américains, par exemple, qui menacent l’équilibre biologique de la Terre par leur ignorance des lois de la nature, sont considérés comme les «Petits Frères». Les trois chamanes kogis, Marcelo, Marco et Miguel, présentés par le géographe français Eric Julien lors d’un First Tuesday spécial mené avec diligence et compétence par la modératrice Geneviève Morand, sont venus en Europe pour des raisons bien précises.

Tout d’abord, tirer la sonnette d’alarme pour dire que la planète Terre est en proie à de graves déséquilibres d’ordre écologique en raison de l’avidité exacerbée des «Petits Frères» et des dégâts naturels qui s’ensuivent.

Besoin de fonds

La visite aux Occidentaux des trois chamanes, qui sont en fait considérés comme des sages auprès de leur peuple, est motivée également par leur désir de lever des fonds sur le vieux continent. Et ce uniquement pour acheter des terres situées sur leur montagne. D’ailleurs, ils ne pourraient pas faire un autre usage de cet argent, leur société fonctionnant sans pièces de monnaie ni billets de banque.
Les Kogis, qui jusqu’à une époque récente vivaient retranchés dans les hauteurs de la Sierra Nevada de Santa Marta, ont déjà pu récupérer 120 hectares de nouvelles terres situées à moyenne altitude sur lesquelles ils vivaient jadis, grâce à une souscription organisée par Eric Julien.

En procédant à l’acquisition de ces nouvelles surfaces, les Kogis ne pensent pas seulement aux humains, mais également à rétablir l’écosystème qui existait avant leur expulsion. D’ailleurs, dès qu’ils reprennent possession de leurs nouveaux biens fonciers, les Kogis organisent des cérémonies pour purifier la terre.
Le Chamane Miguel dit qu’il va «baptiser la terre violentée par les propriétaires précédents – elle a été souillée notamment par des herbicides – et « travaillée sans autorisation de Mère Nature». Une activité de «rééquilibrage spirituel» va ainsi se déployer par l’utilisation notamment de la force de la pensée.
Les Kogis, tout comme leurs voisins les Arhuacos et les Wiwas ont une conception du monde immatérielle, donc très éloignée de la nôtre.

D’ailleurs, l’une des premières questions des Chamanes posées à leurs interlocuteurs européens fut:
– Pourquoi creusez-vous de si grands trous dans la terre (référence à des tunnels routiers)?
– Pour éviter de faire un considérable détour, ce qui permet d’aller plus vite.
– A quoi cela sert-il d’aller plus vite?

Certains esprits qualifieront ces peuples d’arriérés, de sous-développés. Et pourtant il n’existe ni pauvres ni laissés pour compte dans leur société. En outre le mot ennemi n’a pas cours dans leur langue.

En aidant les Kogis à récupérer leurs terres, on permettra à cette différence d’exister. Si ces Indiens devaient disparaître ce serait ensuite au tour des Petits Frères, pensent les chamanes.

Ces peuples de la Sierra Nevada en Colombie ont réussi à survivre à l’invasion espagnole du XVIe Siècle et à maintenir leur société égalitaire qui respecte les lois de la nature. Aujourd’hui, ils doivent subir l’intrusion de la guerrilla marxiste et celle des paramilitaires d’extrême droite. Cependant, leur culture est très forte. Elle a réussi à traverser l’histoire et l’actuelle situation de guerre civile larvée. Mais aujourd’hui, ils ont besoin de notre aide.

L’auteur est journaliste indépendant, Genève

Chamane : le choix se fait avant le berceau

La société kogi est encadrée par des chamanes qui peuvent être considérés en quelque sorte comme des guides spirituels et scientifiques. Leur savoir ne s’acquiert qu’après 18 ans d’apprentissage dans l’obscurité.

Le choix d’un futur candidat à cette fonction commence avant la naissance et ressemble un peu à celle du Dalaï-Lama au Tibet. Les sages de la tribu repèrent déjà auprès de la femme enceinte si l’enfant à naître sera un garçon ou une fille et si l’embryon sera doté des qualités essentielles lui permettant de devenir un futur chamane.

A l’âge d’un an, l’enfant est placé dans un local obscur qu’il ne quittera pas avant l’âge de 18 ou 19 ans. Pendant toutes ces longues années, il ne verra pas la lumière du jour. Il aura, certes, la possibilité de sortir la nuit pour ses besoins naturels et ses nécessités hygiéniques. Il pourra ainsi voir la lune et les étoiles. Mais l’enseignement ne se fera que dans l’obscurité «afin d’apprendre à voir au-delà des apparences», explique le géographe français Eric Julien.

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