Comment s’assurer sans se ruiner au Cambodge


Ici, on soigne gratuit, mais vraiment gratuit! Au centre de santé primaire de Roluos, dans la province de Kandal au sud du Cambodge, nul besoin de s’encombrer de menus billets pour distribuer des bakchichs à tout le personnel. Tous les malades assis dans la salle de consultation sont munis d’un carnet de couverture maladie qui leur permet de consulter sans avoir à sortir leur porte-monnaie: une petite révolution dans ce pays où chaque service se monnaie.
«Ce sésame vers la gratuité des traitements a connu un véritable boom dans notre commune et celles avoisinantes, note Ear Vannak, chef du centre de santé de Roluos. Il pourrait être repris dans tout le pays.» Mais l’idée aura du mal à faire son chemin auprès des Cambodgiens. Habitués à se faire plumer dans les hôpitaux publics – censés être gratuits – ils ont appris à s’en méfier et à leur préférer les cliniques privées qui, elles au moins, s’en tiennent aux tarifs annoncés.

Vendre ses zébus pour se soigner
Vannak est entièrement acquis à ce nouveau dispositif: «Notre système d’assurance permet aux malades d’accéder à tous les traitements, même les plus lourds, pour des tarifs dérisoires», assure-t-il. Assise dans la véranda du centre de santé, Pen Sam, accompagnée de son fils, renchérit : «Cela a beaucoup d’avantages, surtout pour mes enfants et moi qui sommes souvent malades. Avant, je devais vendre mes biens pour nous soigner. J’ai même dû me séparer de mes deux buffles. Maintenant, je peux venir plusieurs fois à l’hôpital sans me demander comment je vais payer». Venue du village voisin, cette paysanne de 56 ans déboursait plus de 20 000 riels (environ 4 euros) pour chaque traitement. Désormais, elle ne doit se soucier que des 6 000 riels (1,25 euro) mensuels pour le contrat d’assurance qui couvre toute la famille.
Monté en 1998 par le Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET), une ONG française, le projet-pilote entend répondre à l’absence de protection sociale. Au départ, le GRET avait seulement pour mission d’offrir des facilités de micro-crédit dans les régions les plus retirées du pays. Mais les responsables de l’ONG ont vite constaté que les habitants ne pouvaient payer les intérêts d’emprunts, pourtant modiques, en raison de leurs frais de santé. L’argent des micro-crédits partait en majorité dans le remboursement des soins. Il fallait donc à tout prix trouver le moyen de sortir de ce cercle vicieux. De là est né le carnet de couverture maladie .
Les tarifs varient entre 1 700 riels (0,3 euro) par mois pour une personne seule, 4 300 riels (0,8 euro) pour une famille de deux à quatre et 6 500 riels (1,3 euro) pour huit. L’argent est collecté et géré par l’ONG. Afin que les soins soient dispensés 24 heures sur 24, un système de primes assure aux médecins 10 euros de revenus supplémentaires par mois.
Pour le Docteur K¦ung Sophat, l’avantage du système est double. D’une part, il lui permet d’atteindre l’objectif affiché par le ministère de la Santé – soigner tous ceux qui le demandent – et, d’autre part, grâce à l’argent des primes d’acheter les médicaments qui viennent souvent à manquer. «De plus, dit-il, cela évite que les habitants aillent dépenser leurs maigres économies dans les cliniques.»

Convaincre les bénéficiaires
Un autre médecin affirme que grâce à cela la santé et le niveau de vie de la population se sont améliorés. Le succès, se juge, selon lui, au nombre d’assurés: 568 familles, soit 2 512 personnes, bénéficieraient désormais de l’assurance. Celle-ci devrait bénéficier prochainement à huit autres centres de santé. L’ONG aimerait convaincre le ministère de la Santé d’étendre le projet à tout le pays. «Pour cela, il faut d’abord préparer les habitants et leur faire comprendre que le carnet de santé leur donne droit à des soins vraiment gratuits», insiste Sophat.
Paradoxalement, la gratuité constitue une pierre d’achoppement. «Nos agents n’arrivent pas à gagner la confiance des habitants qui pensent qu’on leur ment et veulent des résultats rapides, regrette Vannak. Alors que notre système leur permet justement de ne pas vendre leurs rizières ou leurs b¦ufs.»

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20, rue du Carré-du-Roi
34000 Montpellier – France
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