L’économie solidaire, une troisième voie qui crée de l’abondance


D’un côté extrême du monde, l’ultra libéralisme voudrait en quelque
sorte assujettir l’être humain dans un premier temps à la machine, en
définitive à d’autres êtres humains, une élite, ceux qui
« possèdent » les richesses de la terre. Riccardo, sociologue
européen constatait dans les années nonantes que l’école, endroit où
nos grands parents envoyaient leurs enfants pour en faire des
adultes, était progressivement devenue le creuset où la société
préparait les « ressources humaines » – le matériel humain – dont
l’entreprise et l’industrie ont besoin pour fonctionner.

Les processus manipulatoires des ultras deviennent chaque jour plus
visibles et évidents. Aujourd’hui, celui qui possède les moyens
informatiques les plus puissants ou même les techniques de
communications (marketing ?) les plus en relation avec la psychologie
humaine (image, sons, odeurs, ces mêmes rouages utilisés par exemple
par les partis d’extrême droite pour générer la peur chez les
Suisses) possède alors les armes les plus puissantes, les armées les
plus fortes, en fin de compte, le pouvoir.

Constatez le résultat en termes de pollution de la terre. L’adage du passé qui affirmait « après moi le déluge » se situait à un niveau plus local, pas à
celui du monde entier. Si nous pensons à nos enfants et au fait que
nous hypothéquons le monde dans lequel ils vont vivre après nous,
S avons-nous, Bush a-t-il le droit de protéger son économie au prix
de la pollution effroyable de la terre que chacun peut observer ?
De l’autre côté, un système où l’entreprise serait totalement au
service de l’homme, le communisme par exemple, a par trop montré ses
limites. Cette voie-là a mené aux mêmes conclusions : seuls quelques
hommes, ceux-là même qui tirent les ficelles de l’idéologie,
bénéficient et en font bénéficier quelques autres du système – classe
particulière et surtout despotique. L’intégrisme religieux et
terroriste d’aujourd’hui rejoint cette dernière catégorie.
Le système communiste a totalement oublié oblitéré la dignité
humaine, son équivalent opposé l’ultra libéralisme aussi, dont le
crédo ne semble concerner que ceux qui appartiennent au système ou
qui n’en sont pas encore exclus ou tombés.

Venons-en alors au réel problème, aujourd’hui, l’inégalité est
flagrante, les exclus, les chômeurs, les marginaux sont devenus tout
au plus des survivants et ils sont de plus en plus nombreux. Les
statistiques restant au service S. du système, ne comptent pas ceux
qui ont renoncé à demander ou pire encore à recevoir.
Il reste donc à mettre en place un nouveau paradigme, où l’homme
serait explicitement mis à la première place. Il devient alors
évident que l’entreprise serait là pour générer les moyens
nécessaires à l’abondance dans le respect le plus strict de la
dignité humaine. Le développement du potentiel de chacun deviendrait
alors non seulement un objectif mais le garant du succès même de
l’entreprise et de sa pérrénité.

Regardons le monde aujourd’hui. Le jour se lève sur une autre
dimension dans l’économie humaine. Une petite lueur, certes, bien
réelle. Qualifiée d’utopique par beaucoup au départ, elle devient de
plus en plus réaliste et concrète. Il s’agit de l’économie solidaire
et sociale. Les moyens financiers et politiques dont elle dispose
sont limités et elle tire le maximum. Ce qui est remarquable, ce sont
les valeurs qu’elle sous-tend : solidarité, dignité, dynamisme,
dépassement, ouverture, efficacité, éthique, détermination, écologie.

Au delà encore, une créativité de tous les instants qui fait des
mêmes limitations budgétaires ou matérielles une source de solutions,
d’avancement permanent. Au delà encore, ce qui séduit, qui surprend
même l’homme, le scientifique que je fus, issu de l’industrie, qui a
bourlingué dans des milieux où ce sentiment n’existait pas, c’est la
présence du sens. Sens de ce qu’on fait, de la raison pour laquelle
on le fait, sens des résultats obtenus en termes de vie, de joie et
non plus seulement de survie ou de victoire acquise au détriment de
la concurrence, par exemple. Ici, il s’agit plus de se dépasser que
de dépasser l’autre, d’avancer ensemble plutôt que de finir premier,
de témoigner et d’avancer dans la dignité que de paraître. Pensez
donc, une entreprise où les collaborateurs bâtissent ensemble la
structure de celle-ci, où la reconnaissance de la personne, de la
qualité des relations, du travail accompli en particulier sur
soi-même, du droit à l’erreur fait partie des revendications et des
acquits « salariaux » – entendez par là que les séances d’évaluation
ne se contenteront pas du monologue classique chef/employé/avez-vous
des remarques/passons aux objectifs de l’année prochaine/voici le
montant du bonus, ce qu’elles font aussi mais qu’elles visent
également à bâtir ensemble le monde dans lequel nous voulons vivre.

Le statut même des gens auxquels, en premier lieu, s’adresse l’ESS
(demandeurs sociaux de tous ordres) fait que les salaires sont
inférieurs à ceux pratiqués dans l’économie dite commerciale au sens
strict. Encore est-il indispensable de définir ce que vous mettons
sous salaire. Combien vaut la satisfaction au travail, des relations
horizontales avec tous – directeur y compris, même si personne ne se
trompe sur l’énorme niveau de responsabilités que celui-ci endosse –
le droit à participer à l’entreprise, à la construire, à être pris en
compte en tant qu’individu et non plus comme une « ressource
humaine » – un terme à changer avant que nous n’ayons été totalement
« formatés ». Combien vaut le « sens que ma vie a un sens ». Que
chaque matin un homme se lève riche de la joie de contribuer à un
monde humanisé ? Que ce même homme se couche le soir fatigué mais
heureux d’avoir été vivant en face d’autres êtres vivants et non pas
assujettis à une machine – fut-elle informatique – ou à un système ?
Peter Drucker, business consultant aux USA, remarque que les leaders
américains ont souvent une activité bénévole « à côté » de leur
charge de gestionnaires pourtant lourde – écologie, social, religion,
les exemples ne manquent pas. Unanimement, ils constatent que leur
activité principale leur permet de vivre confortablement, parfois
même très confortablement, mais que c’est leur activité bénévole qui
donne son véritable sens à leur vie.

L’économie solidaire et sociale pourrait donc bien être cette
troisième voie dont parlent les mystiques aussi bien que les grands
communicateurs : en avant vers le haut pour Pierre Teilhart de
Chardin, gagnant/gagnant pour Stephen Covey et bien d’autres. Tout le
monde y gagne, qui en humanité qui en abondance matérielle, qui en
quantité de vie qui circule en lui et autour de lui. Cette économie
solidaire et sociale crée de l’abondance autour d’elle et beaucoup de
sens. Les écueils possibles sont les mêmes que pour les circuits
purement commerciaux ou intégristes : que les moyens deviennent plus
importants que les buts. Important de ne pas s’y tromper : le but,
c’est l’homme, tout le reste ne peut et ne doit être que moyen au
service de… Tel homme qui se lève pour donner le meilleur à ses
enfants et qui trime jour et nuit pour cela pourrait bien réaliser un
jour qu’il n’a pas vu ses enfants grandir, tant le travail l’avait
accaparé. Alors, c’était un moyen qu’il croyait but. Tel autre s’est
séparé, a pris une distance telle de sa vie affective et émotionnelle
qu’il s’est mis une carapace qui le fait souffrir dans son c¦ur et
dans son corps. De moyen de croissance et d’évolution, la vie en lui
a été enfermée, écrasée, soumise. L’entreprise peut être un creuset
magnifique pour y bâtir un monde nouveau fait de relations vraies, de
challenges et de compétitions saines parce que vécues comme un jeu et
non une guerre. Encore est-il nécessaire de comprendre ses rouages,
ses défis, son exigence de séparation du monde de
l’enfance/adolescence et d’accès conscient à celui de l’adulte.

L’entreprise est un outil de passage dans l’adulte, de la liberté
« pure » à son équilibre avec la responsabilité. Viktor Frankl en
évoquant les USA disait qu’il trouvait merveilleuse l’existence d’une
statue de la liberté de New York et qu’il serait encore plus heureux
quand, pour l’équilibre une statue de la responsabilité se dresserait
à San Francisco.

Du travail en perspective pour ceux qui veulent laisser à leurs
enfants autre chose que les déchets qu’ils n’auront su éliminer !

L’auteur est spécialiste du coaching, fondateur et directeur de la société ID Coach, Fribourg

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