Delhi risque de manquer d’eau. Pourtant …


Comment comprendre ceci alors que l’Inde fait partie des 9 pays détenant 60% des réserves mondiales d’eau douce (dans l’ordre: le Brésil, la Russie, la Chine, le Canada, l’Indonésie, les Etats Unis, l’Inde, la Colombie, le Congo)? Car en Inde, il y a de l’eau, beaucoup d’eau. Mais cela dépend des régions. L’Himalaya est un gigantesque réservoir. C’est là que le Gange prend ses sources. J’ai bien écrit “ses” sources, car le Gange est formé de plusieurs grands fleuves qui se retrouvent pour aller se jeter dans l’océan à Calcutta. La légende dit que ces fleuves sont la chevelure du dieu Shiva dont la demeure est dans le Mont Kailash, un montagne sacrée presque triangulaire, située dans la chaîne himalayenne, entre le Népal et le Sikkim. Il y a de nombreux autres fleuves dont la Narmada, qui a fait beaucoup parler d’elle à cause de projets de construction d’énormes barrages.

Il y a aussi beaucoup d’eau au sud de la péninsule qui jouit d’un climat tropical humide et pluvieux. Entre les deux, il y a le désert du Thar, le Radjasthan, Delhi et d’autres États où l’eau est plus rare et où l’on attend la mousson … comme le messie. Ces pluies diluviennes rafraîchissent l’atmosphère étouffante et remplissent les nappes phréatiques. Parfois, elles créent de véritables désastres comme cette année à Mumbai, en Orissa et en Uttar Pradesh. Trop ou trop peu d’eau, c’est le problème.

Parfois, la mousson n’est pas bonne, comme ces deux dernières années à Delhi. Et, puisque c’est là que j’habite, c’est de la question de l’eau à Delhi dont je vais parler. Comment se fait-il que, même dans la capitale, il n’y ait pas d’eau potable, alors qu’il y a des stations d’épuration construites autour de la ville? Sur les huit stations qui devaient être inaugurées en 2003, seules trois étaient en état de fonctionner. Les autres étaient inutilisables à cause de diverses malfaçons très probablement dues à la corruption. L’argent nécessaire à la construction allant dans la poche de certains plutôt que dans la réalisation du projet.

Au temps des princes mongols, des canaux quadrillant la ville avaient été construits pour approvisionner en eau chaque quartier. Cette eau provenait de la Yamuna, le grand fleuve arrosant la ville. Aujourd’hui, la Yamuna est morte. Dans ses eaux noirâtres, il n’y a plus ni flore ni faune, seulement des bactéries, comme le dit Jyoti Sharma, une journaliste très engagée. Plus personne ne va se promener le long du fleuve où jadis Gandhi avait été incinéré, c’est trop sale et trop malsain. Quant aux canaux, si certains ont été comblés, d’autres traînent des eaux puantes et quasi stagnantes où peuvent se développer à loisir les moustiques porteurs de la Malaria et de la Dingue. Le long de ces canaux se sont établis des “slums” où végètent, dans des conditions d¹hygiène épouvantables, une population de pauvres gens pour la plupart des intouchables.

Une de mes amies françaises a travaillé dans les “slums”. Elle a été surprise par la méconnaissance des règles élémentaires d’hygiène de beaucoup de mères. Elle a notamment eu de la peine à les convaincre qu’il fallait bouillir l’eau qu’elles mettaient dans le biberon de leur bébé. Ces personnes lui répondaient que ce n’était pas nécessaire car “l’eau est pure”. Ceci étant une croyance liée à la religion hindoue: l’eau est pure par essence, c’est pourquoi on peut tout jeter dedans, elle va tout purifier. Cela explique sans doute pourquoi les berges et les rivières sont remplies d’immondices. Pourtant, le gouvernement fait des campagnes pour que les gens ne boivent pas l’eau du robinet, mais la fassent bouillir pendant 20 minutes avant de la consommer. Malheureusement les plus concernés ne savent pas lire… Il y a aussi des campagnes pour prévenir le gaspillage d’eau qui est énorme. On se sert du jet pour rincer par terre (sans frotter, ni nettoyer correctement du reste), on laisse le tuyau d’eau courante se déverser dans l’herbe en grande flaque au lieu de le tenir et d’arroser systématiquement, on ferme mal les robinets, on oublie de déclencher la pompe à eau qui se déverse à flot dans l’arrière cour. Tout cela, je l’observe chez moi et j’interviens toujours et encore inlassablement, car ce genre de message a de la peine à être intégré.

Il est intéressant de connaître le circuit emprunté par l’eau jusqu’à ce qu’elle parvienne dans un robinet. L’eau arrive par les tuyaux de la ville qui présentent la particularité d’être tout rouillés et plein de trous. Il semble que le circuit mis en place par les anglais dans les années trente n’ait que peu ou pas été entretenu. A cause de cela, l’eau n’y circule pas 24 heures sur 24. Elle y est “envoyée” deux fois par jour (dans certains quartiers, seulement une fois), ensuite, elle est stockée dans un réservoir qui se trouve sous la maison. Il y a un ouverture dans un coin de la cour au dessus du réservoir. Cette ouverture de 30 cm de côté est à ciel ouvert, et dieu sait ce qui peut tomber dedans. Je préfère ne pas y penser. Afin qu’il y ait de la pression dans les robinets, cette eau est pompée par une pompe électrique qui la fait monter dans des réservoirs en plastique noir installés sur la terrasse. Elle y mijote allègrement. Ah! le joli bouillon de culture lorsqu’il fait 40 degrés! On comprend qu’ayant effectué ce périple, cette eau ne soit pas du tout potable. Et partout c’est pareil.

Alors, on a un filtre à eau (charbon actif, céramique et ultraviolet) qui nous permet d’avoir de l’eau convenable pour la cuisine et se laver les dents. Et pour boire, on prend de l’eau minérale, même si régulièrement les journaux disent qu’elle contient des phosphates. Je ne me plains pas. Nous n’avons jamais manqué d’eau.Dans certains quartiers, considéré comme résidentiels, il y a des jours où l’eau n’est pas envoyée dans les tuyaux. Que faire? Tout simplement commander un camion d’eau. Les journaux communiquent les numéros de téléphone lorsqu’il y a pénurie. Il faut les voir, ces camions d¹eau, pas du tout étanches, qui dégoulinent de tous les côtés! Encore du gaspillage.

Tout ceci “pimente” la vie de la maîtresse de maison, mais ce n’est pas le pire. Il paraît que la nappe phréatique de Delhi a, ces dernières années, baissé de 20 mètres, et l’on entend dire que si le gouvernement n’entreprend rien, Delhi risque de manquer d’eau d’ici quelques années. Les autorités de la ville achètent déjà de l’eau aux États voisins du Nord. Cela donne lieu a de difficiles négociations pas toujours couronnées de succès. Elles encouragent aussi les propriétaires à construire des citernes pour récolter et conserver l’eau de pluie. Mia c’est une bien faible mesure. Dans mon journal du 1er juin 2005, la police présente une carte de Delhi et de ses environs avec indiquées en rouge les zones où il pourrait y avoir des émeutes dues au manque d’eau et d’électricité, ce qui démontre l’accuité du problème. A ce jour, il n’a toujours pas plu sur Delhi et les journaux n’ont signalé qu’une seule manifestation. Les habitants d’un quartier (assez résidentiel) ont menacé de ne plus payer leurs impôts si le gouvernement ne leur fournissait pas des insfrastructures décentes.

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