Un journaliste suisse poursuit le combat contre la peine de mort


PAR JACQUES SECRETAN

 

Lausanne, mardi 15 mars 2006

Chers Amis francophones,

Rappelant que vous pouvez visionner, sur www.life-on-edge.info, le film de
26 min expliquant l’innocence manifeste de Jaime Elizalde (exécuté le
31.1.06 au Texas), et lire mon livre “Condamné à mort au Texas” (à commander à
L’Harmattan, Paris, ou en librairie en comptant 3-4 semaines), je vous propose
de PARCOURIR EN DIAGONALE le canevas d’émission radiophonique copié pour
vous ci-après, que je viens d’ébaucher.

Ce canevas situe la ligne des actions qui se poursuivent, après l’exécution
de Jaime Elizalde, désormais dans l’intérêt d’autres condamnés du Texas
(cela émane de la procédure liée à l’OEA, expliquée plus loin).

Un producteur de TV lausannois vient par ailleurs de me contacter, en
prévision d’une diffusion sur les chaînes régionales romandes, autour de mi-avril
2006.

Son intérêt est dû à la procédure en cours contre les Etats-Unis: l’avocate
Karen Parker de l’OEA, l’Organisation des Etats Américains dont le siège est
à Washington, sera présente à l’ONU, à Genève, dès le 20 mars 2006, dans
l’affaire “feu Jaime Elizalde vs Etats-Unis d’Amérique”.

Avec mes amitiés à vous tous, ainsi qu’aux personnes que vous pourrez
vous-même informer.

Jacques Secrétan
jsecretan@bluemail.ch

CANEVAS D’EMISSION RADIO

Peine de mort, univers méconnu, avec un cas exemplaire sous la loupe: le
canevas qui suit sera revu et affiné.

Je vous fais défiler un scénario possible, en prévision de votre émission
de deux heures, “Les forts en thème”, que j’aimerais avoir écoutée plus
souvent le vendredi matin sur Espace 2.

Compte tenu que l’intervention de l’avocate mandatée par l’OEA Karen Parker
(feu Jaime Elizalde vs Etats-Unis), est attendue à partir du 20 mars à l’ONU
à Genève, j’apprécierais une DECISION RAPIDE de votre part (positive ou
négative).

J’avais réservé un vol pour l’Amérique du Sud du 26 mars à fin mai, mais
en raison du report annoncé dernièrement de la (dernière) session de la
Commission des droits de l?homme, j’espère tout de même arriver au Pérou avant la date de la prochaine présidentielle, le 9 avril.

JS: Ma certitude qu’un homme qui avait confiance en moi, et en qui j’avais
toute confiance, a été exécuté. Mais là où j’ai été surpris, c’est de
découvrir que le cas était loin d’être exceptionnel? La peine de mort n’est pas
réservée aux pires des criminels, et dans les Etats du Sud des Etats-Unis en tout
cas, les possibilités de faire établir à temps une erreur judiciaire sont
minimes, voire nulles, contrairement à ce que la plupart des gens imaginent.

MB : La question de la peine de mort se pose à bien d’autres niveaux qu’’au
stade de l’exécution d’innocents, mais le constat étonnant que vous avez
fait aux Etats-Unis, JS, comme tant d’autres personnes qui d’Europe et de
Suisse correspondent avec un condamné à mort, c’est que le système
judiciaire qui envoie des milliers de personnes dans le Couloir de la mort n’est
absolument pas fiable. Nous entendrons un juge du Texas dresser le constat suivant :
“Dans le privé, aucune entreprise ne tolérerait un système aussi peu crédible et là il est question de vies humaines.”

Quant à savoir si l’existence même de la peine de mort, au XXème siècle
dans un Etat démocratique, est acceptable ou non, nous ne referons pas ici le
débat “pour ou contre la peine de mort “. Chacun est libre d’avoir sa propre
opinion, et ce qui nous intéresse ici c’est de savoir qu’aujourd’hui une
forte majorité des Américains (environ les deux-tiers) restent favorables
à la peine capitale.

JS (sur la question du nombre élevé d?erreurs et de manipulations) : Si plus
d’un condamné à mort sur dix est reconnu innocent avant l’exécution, le
nombre des innocents qui ont été exécutés est indéterminé, parce qu’une fois
que l’exécution a eu lieu, le dossier du défunt est détruit. Généralement,
les proches n’ont pas l’énergie ni les moyens de se battre pour tenter d’obtenir
une réhabilitation.

MB: Il s’agit d’une plongée en Amérique, et plus spécifiquement au Texas,
l’Etat des Etats-Unis qui exécute le plus (en moyenne environ deux personnes
par mois), mais pas forcément celui qui exécute le plus grand nombre
d’innocents.
Exécuter des innocents, nous verrons ce que ça veut dire, et pourquoi
aujourd’hui encore l’opinion publique américaine et les autorités peuvent continuer à
affirmer que de tels cas “n’ont jamais vraiment été prouvés”.

Nous examinerons en particulier un cas de très près, celui de Jaime Elizalde
auquel vous avez consacré un livre (paru en 2000) puis que vous avez résumé
dans un film (réalisé en 2004). Ce cas, vous l’avez scruté à la loupe, JS,
examinant et relisant les minutes du procès (dans des conditions bien
meilleures, il faut le préciser, que n’ont pu le faire les jurés, au tribunal).

Ce qui a de quoi surprendre, c’est qu’un tel cas (celui d’un homme d’origine
modeste, condamné très jeune pour vol et trafic de drogue, mais
manifestement innocent du crime qu’on lui met sur le dos) n’a pas pu aboutir à sauver sa vie malgré certains appuis importants dans son cas.

JS : Oui, mais malheureusement trop tard dans la procédure, puisque
contrairement à ce qu’on serait tenté de croire, les erreurs même flagrantes qui se
produisent dans un procès ne peuvent guère être rectifiées après coup: si l’avocat
ne fait pas objection sur le champ, ensuite les meilleurs avocats du monde
n’y pourront rien changer, à moins d’avoir un accrochage médiatique comme l’implication du gouverneur Schwarzenegger en Californie. C’est l’indifférence générale qui règne.

MB: Vous nous le direz vous-même, le cas que vous avez suivi de près n’a
manifestement rien d’exceptionnel : l’homme que vous avez bien connu a été
exécuté au début de cette année 2006, neuf ans après avoir été condamné
pour un règlement de compte entre trafiquants de drogue: il s’appelait Jaime
Elizalde? Mais vous avez été amené à connaître d’autres cas, moins en
détail sans doute, mais visiblement tout aussi troublants?

JS: Je rappellerai d’abord que dans les Etats-Unis de ces trente dernières
années, plus de mille condamnés, dont une dizaine de femmes, ont été mis
à mort légalement: une bonne partie d’entre eux ont effectivement tué une
ou plusieurs personnes, mais ainsi que le souligne Soeur Helen Prejean, la
religieuse de La Nouvelle-Orléans qui a publié l’an passé son second “best-seller” sur la question.

MB: Un livre que soit dit en passant vous venez de traduire en français.

JS: Oui, un livre qui devrait paraître cet automne et s’intitule “La mort
des innocents”? Un livre dans lequel cette religieuse relate dans le détail
le cas de deux des six condamnés à mort qu’elle a accompagnés jusqu’à leur
exécution, deux innocents victimes en l’occurrence d’une manipulation plutôt
que d’une erreur judiciaire. Les deux éléments jouent d’ailleurs le plus
souvent conjointement: l’erreur, ainsi que la manipulation, la manipulation
des éléments de preuve et des témoins.

MB: Helen Prejean, c’est cette missionnaire catholique à qui l’on doit le
film “Dead Man Walking”, dans lequel, sous les traits de l’actrice Susan
Sarandon, elle accompagne le coupable d’un meurtre atroce. Ce film a fait
beaucoup de bruit il y a une douzaine d’années? Or Soeur Helen Prejean
souligne que ce n’est pas la gravité du crime qui détermine la peine, comme le
voudrait la loi mais bien davantage l’incompétence des avocats, ou la couleur de
la peau.

Extraits choisis du livre “The death of innocents”

JS: L’un des avocats que j’ai bien connus au fil de ces années où je suis
retourné fréquemment, au Texas, a une formule lapidaire: “Celui qui est
riche et coupable s’en tire généralement bien: par contre, celui qui n’a
pas le sou et qu’on accuse de meurtre, pauvre de lui!”

Propos sur mini-disque (ou sur cassette, transférable en ce cas sur
mini-disque): interview de Gary Taylor, avocat ayant repris le dossier de Jaime Elizalde,
trop tardivement, cad quatre ans après la condamnation, après l’épuisement
des premiers appels par des avocats incompétents.

MB (rappel): Mieux connaître, ou plutôt découvrir comment cela se passe,
actuellement dans le Sud des Etats-Unis: tel est le propos de l’émission
de ce jour.

JS: Il serait bien sûr intéressant de lire les résultats de sondages
portant sur la connaissance de l’opinion américaine, en la matière: ” Ce sont les
pires des pires qu’on exécute, la lie de la société”, tendent à croire
les gens. Or la réalité est tout autre.

JS: après le point de vue d’un avocat, intéressons-nous à la situation du
procureur, un homme qui souvent doit son élection à sa capacité de
requérir et d’obtenir des peines de mort.

Déclaration d’un ex-procureur de San Antonio, Sam Milsap: “Je suis pour
la peine de mort, mais pas avec tant d’erreurs”. De tels propos sont
repris d’un documentaire tourné en 2003 au Texas, réclamant un moratoire
pour réexamen de tous les cas de pm, “Balancing the Scales”. En décembre
2005, Mr Milsap a reconnu publiquement avoir fait exécuter une personne qui
était certainement innocente, en 1993, une des quatre peines capitales qu’il
a obtenues et qui ont été exécutées. Il est devenu alors opposant à la
peine de mort.

J’ai à faire la traduction en espagnol de “Balancing the Scales”? Pour
de tels travaux, il n’existe guère de financement possible, ou alors je n’ai
pas encore compris comment les obtenir. Je suis actuellement en train de
rechercher des possibilités d’appui financier, du côté d’Amnesty ou/et
peut-être d’un Festival de cinéma comme Sundance, pour la phase “réhabilitation de
Jaime Elizalde” (avec projet d’un nouveau film, incluant si possible d’autre
cas que le sien: par exemple Luis Ramirez, ami de Jaime, exécuté le 20
octobre 2005, dont la dernière déclaration d’innocence, sur la table d’exécution
et face à l’amie de l’homme assassiné dont le meurtre lui avait été collé
sur le dos, a été diffusée par Associated Press. Sauf erreur, cette
déclaration que j’ai lue sur Internet alors que je tentais de diffuser mon film sur Jaime
Elizalde au Pérou et au Chili, n’a été reprise dans aucun média important.

Cas de l’homme exécuté le 15 février 2006, quinze jours après Jaime,
défendu par un important comité, incluant une fille ou soeur de la reine des Pays-Bas.
(Une interview de la dame hollandaise que j’ai connue dans la Salle des
visites du Couloir de la mort, serait intéressante: pour le projet de nouveau film,
et peut-être déjà pour votre émission).

Interview possible aussi, par exemple, de la zurichoise Ursula (qui parle
bien le français). Je l’ai “croisée” à deux reprises dans la Salle des
visites, alors qu’elle visitait son dernier correspondant Annibal. Et j’ai
obtenu l’autorisation de lui adresser quelques mots, de la part de Miss
Williams, une des gardiennes que je connais bien.

La grande majorité des surveillants de la Salle des visites sont des femmes,
et globalement il y a davantage de femmes que d’hommes dans l’administration
pénitentiaire texane de Polunsky Unit (prison d’environ 2500 places, dont
500 pour les condamnés à mort). La surveillante en charge, le matin de la
dernière visite à Jaime, retenait ses larmes. “Vous n’avez pas lu le livre
de Soeur Helen? Nous l’avons presque toutes fait “, avait dit une gardienne
à Miss Williams, lorsque j’avais mentionné le sujet au moment d’un
changement de garde.

Parallélisme entre l’univers feutré de la prison, qui a des allures
d’hôpital derrière les miradors et les barbelés, question propreté et hygiène, et la
courtoisie respectueuse d’un procureur, qui accepte d’être filmé et n’exclut
pas l’éventualité d’une erreur “toujours possible, dans n’importe quel
procès”. Il y a des procureurs cassants et hautains, mais en l’occurrence
l’ouverture notoire de celui qui a décidé du sort de Jaime Elizalde n’a pas
été jusqu’à sauver sa tête, malgré les doutes que je lui ai rappelés
encore dix jours avant l’exécution.

“Sans doute, si je vivais en Suisse, serais-je moi aussi opposé à la peine
capitale”? C’est ce que m?a déclaré, à titre personnel, ce procureur qui
a donc demandé (et obtenu) l’exécution de Jaime Elizalde, alors qu’il ne
pensait pas pouvoir convaincre le jury. L’homme est sympathique: il déclare
avoir fait son travail, et il l’a de toute évidence mené avec bien plus
d’habileté que l’avocat qui lui faisait face.

MB: On revient à l’histoire de Jaime Elizalde.

JS: C’est un des éléments de son histoire. Ecoutez comment il m’a raconté
cet épisode, le jour où je suis allé le filmer dans le Couloir de la mort
du Texas.

(SON) Jaime Elizalde: “That man knowed I was innocent of this crime. He came
to me and ETC?”

JS raconte les conditions de visite et les 45 minutes imparties pour filmer,
inclus l?installation du micro et de la caméra.

(Les séquences que j’imagine vous donnent une idée: je visualise
l’émission au fur et à mesure, mais la construction peut évidemment suivre un autre
fil, car c’est bien sûr votre émission.)

JS reprend ensuite comment j’ai montré mon film sur le cas Elizalde au
procureur dans son bureau: attentif d’un bout à l’autre du film, l’homme
avait changé de couleur, mais n’a jamais réagi avec arrogance.

J’ai pu avoir l’impression qu’il réalisait la force du témoignage inclus
dans mon film, apporté par une femme contredisant catégoriquement le témoin
principal: en l’occurrence il s’agissait du témoignage de la barmaid qui
officiait dans le bar, le samedi soir de novembre 1994 durant lequel un double
meurtre a été commis sur le parking de ce bar. Le bar était bondé, mais
cette dame fut retrouvée après le procès, par le père du condamné, alors que
pratiquement tous les autres témoins potentiels, des clandestins originaires du Mexique ou d’Amérique Centrale, se sont évanouis dans la nature, après le crime.

Attention portée sur ce témoignage de Maria-Eugenia, la barmaid
salvadorienne, en décrivant comment je lui suis ” tombé dessus ” à l’improviste. Une telle mise en cause du témoin principal aurait constitué un “fait nouveau” dans
d’autres systèmes judiciaires qu’aux USA, mais là c’était trop peu aux yeux
du procureur: ” Vous n’aviez que deux témoins délinquants, et cette femme
est une travailleuse comme vous et moi “, lui ai-je pourtant dit.

Le problème, c’est que ce témoignage a été recueilli en espagnol: et je
ne réalisais pas encore que pour le procureur, au moment où il découvrait
sur mon film une déclaration chamboulant la théorie qu’il avait présentée
aux jurés, lors du procès, la seule chose qui aurait pu remettre en
question sa condamnation à mort (il n’en a pas eu d’autre !), c’aurait été que l’un
des deux témoins de l’accusation reconnaisse avoir menti: de tels aveux,
que je peux toujours espérer recueillir, n’auraient pas été nécessaires
pour un avocat circonspect, tant les deux témoignages apportés se révèlent
tout simplement “impossibles”. J’explique pourquoi.

Le gouverneur, dernier espoir (théorique). Dans mes contacts avec le
gouverneur (via sa secrétaire personnelle, Mrs Kathy Walt), j’ai insisté notamment sur
la valeur de ce témoin absent du procès. Une heure avant l’exécution, j’ai
parlé pour la dernière fois avec Mrs Walt: “Le gouverneur n’est pas
atteignable, mais vous êtes toujours le bienvenu “, a-t-elle dit, après que j’ai
brièvement rappelé mes arguments, rappelant mes communications écrites et mon film.

J’ai redemandé d’avoir une minute au téléphone le gouverneur Rick Perry,
pour lui exprimer de vive voix ma conviction absolue de l’innocence de Jaime
Elizalde, le prochain sur la liste.

Dix ou quinze jours avant son exécution, Mrs Walt ne situait pas qui était
Mr Elizalde: c’était, à une ou deux unités près, le 120ème homme dont ce
gouverneur a ratifié l’arrêt de mort. Il y a eu aussi 2 ou 3 femmes, dont
une jeune mère qui était innocente, d’après ce que m’expliquèrent ses amis
d’une radio locale proche du pénitencier? Son bébé était mort,
accidentellement selon eux (et de toute manière ! ! !)

Au Pérou, l’intérêt pour mon film a été très fort, parce qu’une
Péruvienne de 27 ou 28 ans, employée domestique clandestine près de Dallas, risque
d’être condamnée à mort pour avoir laissé tomber un bébé de seize mois, qui est
mort quatre jours plus tard, en octobre 2005. Et le cas de Jaime Elizalde,
avec les problèmes manifestes de traduction de témoins plus que douteux,
a fait peur: j’ai été interviewé le lendemain et le surlendemain du
passage du film dans une des émissions d’actualité les plus suivies, sur deux autres
des principales chaînes de TV, et je ne me souviens pas avoir été reconnu
et salué par autant de gens, dans un café comme dans le bus bien rempli qui
m’a amené à l’aéroport deux jours plus tard.

A Santiago du Chili, les TV chiliennes étaient preneuses. Le tarif que je
proposais se basait sur 30 secondes de pub, voire la moitié soit 1 million
de pesos (moins de 2000 francs, pour un film de 26 minutes), mais aucune
n’accepta de payer même une “pige” symbolique, comme ce fut le cas à Lima.
L’intermédiaire que j’avais mandaté sur place, trois mois plus tard, me
demanda l’autorisation de diffuser le film gratuitement. Je l’ai concédée, car en
janvier 2006 l’heure n’était plus à “vendre”, tout au moins dans un pays
comme le Chili, mais à faire savoir davantage qu’un innocent allait mourir,
sans que personne ne s’y intéresse du côté anglophone.

Intervient alors l’avocate californienne Karen Parker, mandatée en octobre
2005 par l’OEA et confiante d’obtenir un long sursis pour Jaime Elizalde,
en raison des problèmes de traduction qui se sont posés durant son procès.
Le jeudi 19 janvier 2005, durant une Conférence de presse à Houston, à
laquelle assista le correspondant d’Associated Press, elle répondit à une question
de celui-ci: “Si l’exécution avait lieu, ce serait un meurtre, car les
mesures de sauvegarde imposées aux Etats-Unis concernant Jaime Elizalde sont
impératives, et leur violation constituerait un délit au plan du droit, aux
Etats-Unis mêmes et non seulement au niveau du droit international.”

Je prévois d’ENREGISTRER Karen Parker, lors de son intervention à l’ONU à
Genève, dès le 20 mars 2006. Elle expliquera ainsi qu’il existe un “après
exécution” dans le cas Elizalde, avec une procédure en cours contre les
Etats-Unis, pour avoir passé outre des “mesures de sauvegarde” dictées
par l’Organisation des Etats Américains à l’un de ses Etats membres. Il
s’agirait d’une première, en l’espèce (l’avocate me le confirmera, car pour moi cela
reste à vérifier).

JS souligne l’implication forte pour la réhabilitation au plan personnel,
surtout de la soeur juriste et de Kerstin, l’amie allemande de Jaime. SON
de Brenda, la soeur de Jaime.

En fin d’émission, je situerais le SON du juge texan critiquant durement
le système et ses failles. Cet homme fut Juge à la Cour d?appel d’Austin,
l’équivalent de la Cour suprême au plan du Texas.

La souffrance, c’est davantage celle des proches que celle du condamné
lui-même: SON de Mary Elizalde (cassette) en juin 1999, au moment où j’enquêtais
pour la première fois au Texas et réalisais sur place que son fils avait
bel et bien été condamné pour un crime commis par d’autres.

Depuis 2003, l’identité du meurtrier a été découverte, mais il a été
abattu à son tour deux mois après le règlement de comptes du bar “El Lugar”, en
janvier 1995, et Jaime Elizalde en est venu à “avouer” avoir tué le
meurtrier, c.a.d. son copain d’enfance Albert Guajardo, dans les semaines qui ont précédé son exécution, dans l’espoir d’aider celui qui a été condamné pour ce
meurtre.

Or Jaime sait que ce condamné, Emilio Herrero, qui a obtenu la perpétuité
sur la seule foi de la dénonciation d’un autre détenu, est innocent. C’est
le cas pour d’autres personnes au fait de ce crime interne, dont un homme
qui m’a dit: “Mais on sait bien que ce n’est pas Jaime qui a tué Albert”. Il m’a proposé son témoignage, mais ce prétendu crime n’aurait abouti
à un procès éventuel contre Jaime qu’en cas de non exécution.

Ce qui est à souligner ici, c’est la personnalité de Jaime; et bien
d’autres condamnés à mort sont sur un même plan, quand ils n’ont pas sombré dans la folie: des “messagers” en fait. Ainsi je n’ai pas été surpris qu’il
revendique ce meurtre d’Albert qu’il n’a pas commis. Jaime fut heureux de réaliser,
lors de ma visite du 24 octobre 2005, que j’avais compris sa motivation:
c’était vraiment une personne incroyablement altruiste, et il l’était déjà
lorsqu’il faisait partie de bandes de délinquants dans sa jeunesse: “Il
a évité des drames, car il était partisan du dialogue, dans ce monde où
les coups de feu partent si facilement “, m’a expliqué l’avocat Cruz Cervantes.

Jaime a rappelé, avec l’humilité qui le caractérisait, cette dimension de
sa personne, dans sa dernière lettre écrite à son amie Kerstin, juste avant
son exécution, dont j’ai reçu copie trois semaines plus tard: ” S’ils en
viennent à me tuer ce soir, je ne pense pas avoir été un mauvais gars.”

Ensuite, SON Cruz Cervantes: “Dans le cas de Jaime Elizalde, le témoin
principal a reconnu avoir menti au tribunal? mais les jurés n?ont pas
compris.”

Commentaire final sur l’importance accordée à ce cas particulier de Jaime
Elizalde (après son exécution) par la Coalition texane pour l’abolition de
la peine de mort, ainsi que par Amnesty International semble-t-il, à ce que
j’ai compris lors d’un entretien avec Manon Schick, en février 2006. Un SON
pourrait être obtenu, probablement à Lausanne: Manon est porte-parole
d’Amnesty pour la Suisse.

Et peut-être le dernier mot à Karen Parker, en rappelant que cette avocate
chevronnée est présidente de l’Association des juristes humanitaires, sise
à San Francisco, et qu’elle a gagné notamment un procès contre le
gouvernement des Etats-Unis en 2005, concernant les tortures en Iraq. Elle ne lâchera
pas le cas Elizalde/OEA vs USA.

(Au plan financier, je précise que Karen espère obtenir une couverture
financière pour poursuivre, car pour l’heure elle n’a touché que 5’500
dollars, grâce au soutien d’amis qui ont au total versé environ 50’000
francs pour tenter de sauver Jaime. Pour ma part, j’ai dépensé une somme du même
ordre, depuis l’obtention d’un prêt de 20’000 dollars en 2001, au moment
d’engager l’avocat Gary Taylor.)

(FIN de ce canevas)
Lausanne, 16 mars 2006

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