Information en danger, une pétition et une plainte contre les dérives


Déjà 600 signatures au compteur et leur nombre ira au-delà. Ainsi, une forte proportion des journalistes – un peu moins de 2000 travaillent en Suisse romande – ont signé la pétition «Information en danger», issue d’un appel lancé l’an dernier. «La presse écrite remplit de moins en moins son rôle d’information et d’approche critique des événements, au profit du divertissement». Inquiétante dérive, contre laquelle un nombre croissant de professionnels entend lutter. Par la pétition, les signataires s’engagent au respect de la «Déclaration des droits et devoirs des journalistes», leur code moral.

Le premier article de cette déclaration stipule de «rechercher la vérité en raison du droit qu’a le public de la connaître». Mais cette priorité à l’information est de moins en moins respectée. La baisse des recettes publicitaires et la concurrence d’internet ont poussé bien des éditeurs à privilégier le divertissement dans leurs publications. Cette inversion de hiérarchies s’accompagne d’un esprit de complaisance pour les intérêts publicitaires en cause. On voit même paraître des «Publireportages», donc financés par des firmes, qui ne sont pas présentés comme tels.

Cinq journalistes actifs dans divers médias romands (Michel Beuret, Michel Bührer, Christian Campiche, Pierre Meyer, Marie-Christine Pache) sont au coeur de ce rassemblement non structuré de journalistes. Entre autres initiatives, ils ont édité «Le Produit, journal du XXIe siècle», huit pages au demi-format, histoire de montrer ce vers quoi l’on va lorsqu’on ne fait plus des journaux, mais des produits «où l’insignifiance est portée au pinacle», selon l’expression de M.-C. Pache.

Est aussi mise en cause la systématisation du genre «people», qui fait que l’on ne peut plus aborder le moindre sujet sans le mettre en scène au travers d’une personne. On peut aussi parler de «dictature du lecteur» au sens où l’impératif de plaire au client devient une règle d’action.

Tout ceci est le résultat d’une lente évolution à laquelle les journalistes ne sont pas étrangers. D’où cet appel à la profession pour qu’elle se ressaisisse car l’on assiste à «une accélération et une radicalisation des dérives: le marketing est devenu dominant», conclut Pierre Meyer.

Dans cette affaire, des questions se posent sur le rôle de la formation professionnelle des journalistes et du Conseil suisse de la presse. Pour en avoir le coeur net, Christian Campiche a déposé auprès du second une plainte fondée sur cinq cas représentatifs de la dérive stigmatisée. Cette démarche groupée vise à avoir un avis sur une tendance plutôt que sur des cas particuliers.

Article paru dans “La Liberté” du 18 mai 2006

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