La civilisation de mort ravage non seulement le Liban mais la terre entière


L’Etat libanais, on le sait, a pour origine une initiative française entre les deux guerres mondiales. En 1943, cinq ans avant Israël, il a obtenu son indépendance. Peuplé de 3,5 millions d’habitants répartis en 18 communautés chrétiennes(30 %) et musulmanes différentes dont 400.000 palestiniens, il constitue, selon les termes de Jean Paul II « un symbole et un message » au milieu du Moyen Orient dans les affres de la guerre .

Symbole d’un monde déchiré et message d’une entente possible entre les cultures et les religions, mais pour le moment, rien ne va plus. Les libanais ont l’impression de faire les frais d’une crise extérieure à celle de la Palestine et des territoires occupés. Le Hezbollah a déclenché unilatéralement une attaque sur Israël qui depuis la victoire électorale du Hamas exprimant les frustrations de l’injustice et de la misère, n’a plus d’autre langage que la force. En Israël des deux côtés du mur la haine et la violence ruinent tout espoir de voir la paix s’instaurer.Telle est la racine de la tumeur. Ajoutons que les palestiniens sont sunnites tandis que le Hezbollah recrute chez les chiites, qu’en Irak, les américains sont proches des chiites en conflit avec les sunnites, enfin qu’en Iran les chiites sont au pouvoir.Cette complexité devient peu à peu d’une effrayante simplicité : l’Islam s’unissant contre un Occident prétendument chrétien défenseur d’Israël. Le Liban multiconfessionnel s’inscrit en faux contre une telle situation qui détruirait plus sûrement le pays que les bombes.

Partis de Damas pour Saïda, capitale du sud Liban, nous avons vu beaucoup de choses et rencontré des témoin dignes de confiance aussi bien du côté chrétien que du côté musulman. La vertu d’un séjour, même bref, dans un pays déjà visité par chacun de nous, est de pouvoir remarquer mille détails significatifs, de sentir des atmosphères, de capter des messages sans paroles. Nos hôtes patriarche, évêques, prêtres, mufti, acteur politique avaient leurs solutions, mais plus importants encore étaient leurs émotions leurs comportements.

Le Liban si laborieusement construit se voit menacé de destruction extérieure et intérieure alors que l’intervention israélienne mobilise d’autant plus l’hostilité générale qu’elle est démesurée et paraît préméditée. Le Liban avec ses chrétiens est une réfutation vivante d’une interprétation par le « choc des civilisations ». La cause est à chercher dans l’injustice dont la contestation peut, il est vrai, se réclamer de motifs religieux. C’est là un grand danger qu’après n’avoir été parfois qu’un slogan au service de la politique, la religion devienne une cause profonde d’un affrontement d’ampleur planétaire. L’Europe sécularisée est comme marginalisée tandis qu’aux Etats-Unis les Evangélistes jouent avec le feu opposant une eschatologie se réclamant de la Bible à une autre eschatologie s’inspirant du Coran, notamment selon la tradition des chiites.

Nous assistons à bien autre chose qu’à une crise régionale, pas seulement pour des raisons économiques, mais pour des motifs politiques, éthiques et finalement religieux au sens le plus profond et le plus vrai.

Un monde sans Dieu devient un enfer, un monde sans justice n’est pas un monde qui reconnaît Dieu. Notre solidarité dans le bien comme dans le mal est une évidence et les évènements du Moyen Orient, sont en train d’en faire la démonstration douloureuse. Mystérieusement l’existence d’Israël est un signe parmi les nations.

La Shoah a précédé la création de l’Etat juif qui revêt dès lors une importance toute spéciale dans la famille des nations, mais l’injustice règne sur la Terre sainte et fait écho à l’injustice entre les nations, entre les hommes, entre les pauvres et les riches. C’est un écho plus explosif que toutes les bombes.

Pour un chrétien qui voit dans l’Eglise le nouvel Israël, une prise de conscience s’impose devant l’apostasie des pays évangélisés depuis près de deux millénaires. Ce n’est plus seulement au Moyen Orient que se joue la destinée du monde, c’est dans les cœurs.

Benoît XVI intervient avec véhémence : :Au nom de Dieu je m’adresse à tous les responsables de cette spirale de violence afin qu’ils déposent immédiatement les armes comme Jean Paul II lui-même qui avait tout fait pour éviter la guerre avec l’Irak aujourd’hui menacé par une guerre civile.

Deux cités spirituelles s’affrontent autour de la cité humaine : la cité de Dieu, messianique, celle du Christ et la cité du Prince de ce monde avec pour conséquences deux civilisations possibles, la « civilisation de l’amour » et la civilisation de mort qui ravage sous nos yeux, non seulement le Liban, mais la terre entière.

L’auteur est prêtre, professeur honoraire en sociologie à l’Université de Genève

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