Si les marées noires étaient incolores, on n’en parlerait guère


Les marées noires, catastrophes écologiques, représentent 5 % de la pollution des mers et des océans. Mais, dans la catégorie des atteintes à l’environnement, elles ont le triste privilège d’être visibles par l’ensemble de la collectivité et de peser lourdement et brutalement sur son écologie et son économie.

Eh oui: au printemps 2004 un navire chargé de plusieurs milliers de tonnes de bidons d’acide s’est retourné en pleine opération commerciale dans le port de Hambourg; la faune et la flore d’une surface équivalente à la ville de Berne ont été détruites mais je n’ai vu qu’un entrefilet dans un journal suisse alémanique .

Dans le cas d’un chimiquier, le risque de catastrophe écologique est accru par le transport de produits incompatibles entre eux et réactifs au contact de l’eau et de l’air. Ce type de navire peut compter jusqu’à 30 cuves où voisinent, par exemple, toulène, benzène et éthanol, dont le mélange est dangereux pour l’homme et son environnement. L’échouement du Cason en 1987, au large du cap Finisterre espagnol, provoqua l’évacuation de 15’000 personnes dans un rayon de 5 km après que le sodium eut réagi au contact de l’eau, provoquant la mort de 23 des 32 membres d’équipage et un gigantesque incendie.

Pour revenir au Prestige, le repousser en haute mer afin que le navire soit coulé par les chocs répétés de la tempête, a été une manoeuvre dilatoire, une propagande pour l’oeil, et une faute contre l’esprit. Il aurait fallu accepter le navire dans un port refuge où, au pire, on aurait confiné la pollution.

40 % des navires ne respectent pas la réglementation internationale de l’Organisation Maritime Internationale en matière de sécurité. 40 % des navires de plus de 300 tonnes ont plus de 15 ans et provoquent 80 % des accidents.

Le décor est planté mais les naufrages, pour spectaculaires qu’ils soient, ne constituent qu’une part infime des pollutions aux hydrocarbures. Des dégazages, déballastages et accidents divers des plates-formes ou des installations portuaires sur les lieux d’extraction à la pollution des océans par les résidus de chauffage industriel et individuel, en passant par l’immersion de dizaines de millions de déchets plastiques pratiquement immortels, la responsabilité des grandes compagnies pétrolières est immense et continue. Pourquoi, dès lors, ne pas déclarer ces compagnies responsables des dégâts causés à l’environnement par les produits pétroliers, de leur extraction à leur utilisation finale, en passant par leur transport?

L’auteur est coordinateur de Fribourg Solidaire, Matran, Suisse. Ancien commandant de marine marchande et coordinateur maritime pour le CICR, co-fondateur de la Fédération Suisse de Déminage.

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