Des journalistes auscultent leur malaise


Ces deux événements n’ont rien en commun si ce n’est qu’ils illustrent chacun à leur manière le malaise d’un métier, celui de journaliste. D’où l’intérêt des Assises internationales du journalisme, les premières du genre, qui se sont tenues du 7 au 9 mars à Lille.

Thème général de ces rencontres: «Un monde sans journalistes?» Comme l’a relevé à Lille l’ancien journaliste de radio Jérôme Bouvier, président du comité organisateur des assises, «une majorité de citoyens ne se retrouvent plus dans l’information qu’on leur propose. Une forme de rejet qui conduit à penser qu’il n’y aurait plus besoin de journalistes puisque tous les citoyens peuvent être producteurs d’informations… et que ces informations-là seraient d’autant plus crédibles qu’elles n’auraient pas été passées au tamis journalistique.»

Qualité en question

De fait la pression qui s’exerce sur les budgets des rédactions au nom de l’évolution économique et technologique contraint souvent les médias à sacrifier l’information au sensationnel. L’essentiel n’est pas de relater les faits mais de créer une émotion susceptible d’apporter un gain en termes d’audience ou de tirage.

Pour économiser, la tendance est aussi à l’engagement de journalistes novices, quand ils ne sont pas formés du tout. Enfin, certaines rédactions se déclarent prêtes à tous les compromis pour reluquer la pub. Face aux incidences négatives que cette évolution a sur la qualité des journaux, les journalistes commencent heureusement à réagir. En Suisse, 600 journalistes romands ont signé l’an dernier l’appel de l’association info-en-danger demandant des moyens accrus pour exercer correctement leur métier. Dans la foulée, une plainte a été déposée devant le Conseil suisse de la presse, l’organe d’autorégulation de la profession, lui demandant de stigmatiser la confusion des genres, la collusion entre la publicité et le rédactionnel en violation flagrante de la déclaration des devoirs et des droits du journaliste.

Un droit de veto

Une décision est attendue d’un moment à l’autre, qui devrait faire jurisprudence. Les journalistes misent aussi sur les efforts qui sont menés au sein même de leurs titres pour renforcer les sociétés de rédaction et aboutir à ce qu’elles soient reconnues légalement. A Lille, ils ont également recommandé que soit institué un droit de veto sur la nomination des rédacteurs en chef.

Parallèlement, ils se sont engagés solennellement à élaborer une charte d’éthique commune à toute la profession. Ainsi qu’on peut le lire dans la déclaration finale adoptée à Lille: «Inspirée des textes existant en France et en Europe, elle (ndlr: la charte) définira les droits et les devoirs des journalistes, aux fins d’être annexée à la Convention collective des journalistes. Les journalistes ont l’intime conviction que c’est là l’intérêt des citoyens, des journalistes et des éditeurs de médias. De la démocratie.»

L’auteur est co-fondateur de l’association info-en-danger. Article paru dans “La Liberté” du 12 mars 2007

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