Vache folle: le kuru aurait dû nous avertir


Lors de rites funéraires, les abats des défunts étaient destinés aux femmes, alors que les hommes “valeureux” s’appropriaient les muscles des cadavres.

Première déduction, la maladie s’attrapait par la voie digestive. Deuxième constat, la virulence de l’infection pouvait être différente selon la nature des organes consommés. Le premier cas d’encéphalopathie spongiforme ou maladie de la vache folle a été diagnostiqué en Grande-Bretagne en 1985, en Suisse en 1990, en France en 1993.

D’une manière générale, les aliments pour animaux de rente tels que les vaches, moutons, porcs, etc…, étaient constitués majoritairement de farines ou protéines végétales (l’herbe, le soja, le maïs), de protéines animales issues de déchets d’abattoirs cuits à 100 degrés et de farine de poisson. Dans les années 1975-1985, suite au deuxième choc pétrolier et aux restrictions du soja américain, des économies de fluel furent réalisées par une cuisson diminuée des déchets. Dans l’alimentation, la répartition des farines animales par rapport aux coûteuses farines végétales se modifia. Les premières passèrent de 2 à 10%.

Signalons également l’abandon progressif du PER (perchloréthylène) lors de nouvelles techniques d’extraction des déchets carnés. Des milliers puis des dizaines de milliers de vaches tombèrent malades dans toute l’Europe, présentant des troubles de l’équilibre car devenues “folles” puis complètement paralysées. 190.000 vaches seront abattues et incinérées au Royaume-Uni de 1985 à 2006; 37.200 rien qu’au cours de l’année 1992. Nos amis anglais supprimèrent les farines de viande dès 1988 mais continuèrent à les vendre dans toute l’Europe, voire en Extrême-Orient. En 1996, une transmission possible de la maladie de la vache folle à l’homme était envisagée, confirmée en 1998.

Un biologiste moléculaire américain, Stanley Prusiner, émit l’idée, puis prouva que l’agent infectant n’était ni un virus, ni une bactérie, mais un prion, ce qui lui vaudra le prix Nobel. Le prion est une protéine particulière tridimensionnelle constituée d’acides aminés dont la répartition et le nombre peuvent modifier son architecture (avec la particularité de se replier); son pouvoir infectieux latent devenant alors infectant. On a pu établir que les prions ne pouvaient être détruits qu’à la température de 133 degrés et sous une certaine pression.

Les farines animales, quoiqu’interdites en Angleterre dès 1988, seront bradées dans toute l’Europe, interdites en Suisse dès 1990, en France dès 1994. Des dizaines de milliers de cas seront déclarés en Europe et hors d’Europe, provoquant l’abattage d’autant de vaches. Cette maladie fut un véritable drame qui ruina les éleveurs, les commerçants, les bouchers, les tripiers.

La maladie se propage à l’homme par la voie digestive lors de la consommation de viande d’animaux malades. Les prions infectants les plus dangereux se localisent dans le système nerveux, la cervelle et les abats, moins dans le coeur et la musculature. Ils provoquent alors une encéphalite inguérissable évoluant en coma et menant à la mort. On la dénomma Variante de de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. Au Royaume-Uni, selon l’OMS, 165 personnes en sont décédées entre 1986 et 2007, 21 en France, 4 en Irlande, 3 aux USA, 2 en Hollande et une dans chacun des pays suivants: Canada, Italie, Japon, Portugal, Arabie Saoudite, Espagne. La Suisse répertoria 450 cas de vache folle, le dernier en 2006, mais aucun décès chez l’homme.

*www.journaldegeneve.ch

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