Le rugissement d’un vrai journaliste


Aux éditions Zoé, Marlyse Pietri a renvoyé le manuscrit à son auteur. Il faut donc remercier l’éditeur Slatkine d’avoir eu le ventre d’accepter de publier ce puissant  plaidoyer pour le journalisme qui vaut mieux que la page “maison et jardin” consacrée à Roger de Diesbach dans le dernier cahier économique d’un hebdomadaire du dimanche. Un comble pour ce journaliste qui se bat contre la futilité dans les médias, justement.

Il est vrai qu’un journal placé au centre de la société du Produit, où la pub et le rédactionnel copulent sans pudeur, peut difficilement cautionner les propos rugueux tenus par le journaliste fribourgeois dans ce livre dont les quarante chapitres sont autant d’hommages à l’information critique et au travail d’investigation. Du trésor du FNL à la bombe Pilatus, en passant par Genoud, Tannouri, Nestlé, Mobutu, les fonds juifs ou le Sri Lanka,  quarante histoires de l’histoire d’un article ou d’une série d’articles, à mettre en exergue dans les écoles de journalisme.

Roger de Diesbach a toujours détesté le conformisme dans les rédactions, il ne méprise rien tant que les géraniums dans les sanatoriums. “On ne peut pas faire le journalisme d’investigation sans esprit critique, sans aller à contre-courant, casser des certitudes, sans prendre le contre-pied des dogmes de l’officialité, sans un sens certain de la provocation”.

L’ouvrage est aussi un regard sans concession sur le monde de l’édition et les bagarres fort peu chevaleresques qui l’animent. Toutes les bassesses, tous les coups sont permis dans ce secteur qui cultive un goût maladif du secret. A l’instar du citoyen Kane, les gens de presse ont horreur du regard extérieur, et pour cause. Leurs motivations ne sont pas toujours aussi nobles que le voudrait une information au service d’un idéal.

Captivé, le lecteur de la Lettre hebdomadaire le sera sans doute par le chapitre consacré au “Journal de Genève et Gazette de Lausanne” dont l’auteur confirme à plusieurs reprises qu’il a été assassiné. Diesbach pèse ses mots, il a travaillé plusieurs années dans ce quotidien où il a réussi en partie à révolutionner les méthodes de travail en les orientant vers un journalisme moins inféodé aux diktats d’une caste d’enfants gâtés. Au moment de la mise à mort du Journal, il avait déjà quitté le navire depuis deux ans, embarqué sur le voilier de “La Liberté”. Mais son esprit n’a jamais vraiment quitté la rue de Hesse, comme en témoignent ses appels au sauvetage et à l’indépendance du titre, écrits depuis Fribourg.

Christian Campiche

“Presse futile, Presse inutile – Plaidoyer pour le journalisme” par Roger de Diesbach, Slatkine 2007, 472 pages.

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