Tricastin: quand l’uranium l’emporte sur le raisin


Une première fois ravagés par le phylloxera en 1885, les coteaux du Tricastin sont
aujourd’hui victimes de la peste nucléaire. Frappés par le sort, les vignerons se demandent si ils ne devraient pas changer le nom  de leur vignoble. Les événements récents survenus à la centrale nucléaire du Tricastin ne peuvent que nuire aux vignerons de cette aire d’appellation contrôlée, comme l’a souligné Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, et cette importante question sera donc débattue le 5 août 2008 à Grignanlors de la prochaine réunion du syndicat qui s’inquiète de voir ses bouteilles déserter les éventaires et son chiffre d’affaires diminuer de moitié en huit ans.

Difficile de vendre du vin quand l’uranium l’emporte sur le raisin, la cuvée Marcoule en avait déjà fait l’expérience et le président de l’AOC Henri Bour avait pris contact il y a quelques années avec Areva et Eurodif afin qu’ils réfléchissent à l’idée de changer le nom du site nucléaire “Mais ils n’avaient pas compris notre démarche, ne voulant sans doute pas reconnaître que l’image du nucléaire n’était peut-être pas aussi parfaite que cela”.Sans doute les dirigeants d’Areva en sont-ils restés à l’époque où la radioactivité faisait vendre, comme en attestent quelques publicités des années 1920 à 1940 !Mais aujourd’hui une nappe phréatique radioactive n’est plus un bienfait et Michel Serinian qui vit à quelque 300 mètres de l’usine Socatri, du groupe Areva, n’apprécie pas comme il devrait les concentrations d’uranium allant jusqu’à 70 microgrammes par litre dans son eau, alors que 70 ans plus tôt la source minérale gazeuse naturelle d’Arcens en Ardèche en faisait sa publicité ! De même les traces de radioéléments détectées sur les 97 employés d’EDF et autres sous-traitants contaminés le 23 juillet dernier, ne sont pas le résultat d’un séjour à Spa qui pratiquait les cures thermales radioactives, mais bien l’un des nombreux disfonctionnements de la Socatri qui ont donné lieu à des perquisitions au siège de la société, ainsi qu’au siège de l’ASN qui est l’autorité de surveillance (sic) à Lyon. Autorité bienveillante si il en est puisque elle avait classé d’autorité un rejet de 75 Kg d’uranium (ou 300 comme annoncé au début) en catégorie anomalie 1 alors que l’échelle INES considère déjà « un très faible rejet avec exposition du public représentant une fraction des limites prescrites » comme un incident grave de catégorie 3.Quoi qu’il en soit, anomalie ou incident grave ont coûté sa tête au directeur général de la Socatri et justifié, au plus fort de la crise, la présence de la présidente d’Areva Anne Lauvergeon au Tricastin pour s’excuser et rassurer, louant la transparence (re-sic) de l’industrie nucléaire et annonçant des indemnités pour les populations touchées par les “incidents”. Il est vrai que pour elle la situation est autrement critique que pour les vignerons du Tricastin car elle a déjà de nombreux sujets d’inquiétude. A l’intérieur de l’entreprise elle doit faire face aux difficultés qu’elle rencontre pour lancer ses réacteurs EPR (European Pressurized Reactor) qui ont de la peine à convaincre les acheteurs potentiels. Le premier, vendu à la Finlande, n’est qu’un prototype pour lequel la facture en pénalités de retard atteindrait déjà 2.2 milliards d’euro et les deux autres, vendus en Chine par Nicolas Sarkozy, le sont à un prix bradé moyennant la livraison du combustible selon la stratégie Nespresso. En France, les deux unités prévues à Flamanville font l’objet de nombreuses critiques mais bénéficient encore du soutien du Gouvernement. Par contre sa politique d’entreprise dans le grand panier de crabes du nucléaire français, qui consistait à demander l’ouverture du capital d’Areva, pourrait être compromise par ces “incidents”, ce qui donnerait l’avantage au groupe Bouygues qui ne rêve que d’une fusion Areva – Altstom pour créer LE groupe nucléaire incontournable dans lequel la place d’Atomic-Anne est loin d’être assurée. Un changement d’appellation n’est peut-être pas exclu à ce niveau également !

On entendra encore parler du Tricastin, souhaitons que ce soit pour vanter la qualité de ses crus.

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