Face aux buveurs d’eau du robinet, les embouteilleurs ont le blues


Est-ce le commencement de la fin pour les vendeurs d’eau en bouteille ? La croissance des quantités bues en Europe occidentale, a ralenti de 3,2% en 2006 à 0,3% en 2007 et Nestlé Waters annonçait au premier trimestre 2008 un chiffre d’affaires en baisse de 7% ! Après une longue période d’euphorie, les embouteilleurs doivent faire face à un front de plus en plus compact de buveurs d’eau du robinet. Il faut dire qu’ils ont un peu exagéré leur supériorité (portés par l’engouement d’un groupe important de consommateurs que les emballages encapsulés rassuraient) en se posant comme des bienfaiteurs de l’humanité, voire même plus, puisque Special Water propose en Suisse Water-Dog et Water-Cat (chez Coop à 1.70 frs le demi-litre); qui seront bientôt suivis d’autres qualités d’eau pour lapins, pour furets et pour hamsters !

Paradoxalement, c’est la garantie de pureté apportée par l’embouteillage qui va causer la perte de ces bienfaiteurs ! En effet l’impact écologique des eaux embouteillées qui circulent dans le monde entier est particulièrement lourd, car leur transport (en grande partie par la route) est extrêmement coûteux en énergie, ainsi que la fabrication des bouteilles. Un million et demi de barils de pétrole est nécessaire pour produire les bouteilles de plastique consommées chaque année par les Américains. La consommation d’eau en bouteille produit donc beaucoup plus de gaz à effet de serre (production, transport, incinération) que lorsque cette eau est livrée par les réseaux d’eau potable jusqu’au robinet.

En face de ces attaques, le ton monte : dans une campagne de publicité du meilleur goût la marque Cristaline comparait, en 2007, l’eau du robinet à celle des toilettes avec illustration suggestive à l’appui, à la suite de quoi la société d’économie mixte de la Ville de Paris (SEDIF) a déposé plainte contre la marque Cristaline pour violation du code de la consommation relatif à la publicité comparative.

Mais même les budgets considérables des embouteilleurs risquent de ne plus faire le poids en face du simple bon sens car les pouvoirs publics se mettent de la partie : le maire de Londres et Thames-Water ont décidé de faire cause commune pour promouvoir la consommation de l’eau du robinet et encouragent les consommateurs à demander de l’eau du robinet lorsqu’ils mangent hors de chez eux. « Vous économiserez de l’argent et vous contribuerez à sauver la planète. »

En Suisse les Services industriels de Genève prennent position : « L’eau du robinet est une eau de boisson écologique, économique et de qualité ! Elle est de 90 à 1000 fois plus respectueuse de l’environnement et jusqu’à 1000 fois plus économique que l’eau minérale en bouteille ». En France, le maire de Besançon gazéifie l’eau du robinet ! Sa Bisontine pétillante, commercialisée dans des bouteilles de verre et certifiée ISO 9001 – ISO 14001, apporte la preuve évidente de la qualité de l’eau du robinet. Mais pour l’eau plate, seule une eau minérale aux vertus thérapeutiques prouvées justifiera encore le conditionnement en bouteilles, en attendant que Nestlé invente l’eau déshydratée en sachets pour reprendre ce marché.

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