“L’Express-L’Impartial”: Juste l’histoire d’une chaise vide qui crie


Alexandre Caldara figure parmi les journalistes qui ont perdu leur poste à “L’Express-L’Impartial”. Son collègue Jean-Luc Wenger lui rend hommage.

Une chaise vide, juste à côté de moi. Un éclat de rire qui n’éclate plus, un débat sur Guy Debord qui n’aura pas lieu.

Il écrivait des textes trop long sur des filles à vélo, sur d’autres filles aux capuchons verts. Se passionnait pour un penalty manqué, un solo de Miles Davis, une improvisation de Thelonious Monk. Ou une toile de Jean-François Comment. La chaise vide me parle.

Il tombait amoureux d’une étiquette de cidre à Willisau ou d’une fille diaphane au bout de la nuit. Evanescents sentiments d’un être trop profond, trop sensible pour un cadre si restreint. Pour lui, pour nous, on lance ce cri à la liberté. Pour cet amoureux de Enrique Vila-Matas et de la crème dans les mille-feuilles.

Hier, ils l’ont sorti de la cage. Rageusement, sans prévenir. Parce qu’il truffait ses textes de citations, et qu’ils lui en voulaient de ne pas comprendre. Ils ne peuvent pas le savoir, mais ils viennent de lui donner la plus belle chance de sa vie.

Parce qu’il saura s’épanouir hors de cette prison intérieure, chère à Friedrich Dürrenmatt. Ils s’encoublent aujourd’hui sur leur seuil de Peter, et lui, on l’espère, en rigole. Mais sa chaise vide crie. Et nous, nous pleurons. Il était, paraît-il, difficile de transférer son talent. Il est mieux dehors. A tout de suite, Alex.

One Response to ““L’Express-L’Impartial”: Juste l’histoire d’une chaise vide qui crie”

  1. 5 réponses 24 novembre 2008 at 17:14 #

    5 réponses à ““L’Express-L’Impartial”: Juste l’histoire d’une chaise vide qui crie”

    Fabien Fivaz dit :
    24 novembre 2008 at 17:14 m

    En congé sabbatique aux Etats-Unis depuis le mois de juillet, je suis
    toutefois la politique suisse, et plus particulièrement de ma région (la
    Chaux-de-Fonds) où je siège au législatif. Je suis tombé sur
    votre initiative à partir du blog “sauvonsnosmusees.ch”. Et les
    problèmes des journalistes, un peu partout en Suisse romande, m’ont fait
    réagir, surtout suite à la publication d’un article dans le New York
    Times sur un nouveau type de journalisme… Peut-être que ceci peut vous
    intéresser :

    http://www.fabienfivaz.ch/news/247/un-nouveau-modele-journalistique

    Fabien Fivaz
    Conseiller général
    Coprésident des Verts neuchâtelois, section des Montagnes

    Studer Jean-Paul dit :
    24 novembre 2008 at 21:22 m

    Le départ d’Alexandre Caldara enléve de sa chair, de son corps charnu à l’Express. Sa finesse, sa douceur, sa belle lumière, sa poésie, sa culture, sa belle présence dans ce quotidien qui tangue vers la facilité et le people vont cruellement manquer. Merci d’avoir pris cette noble position par rapport à son licenciement. Je pense beaucoup à lui. Et à vous.

    Jean-Paul Studer

    Dominique Bosshard dit :
    25 novembre 2008 at 10:03 m

    Fragments d’un discours fraternel

    Violence d’une amputation. Sans anesthésie. Un membre qui la veille était là et qui soudain n’est plus. Quelqu’un qui la veille était là et qui soudain disparaît. Vilain tour de passe-passe.
    Bonjour tristesse.
    Des piles de journaux, de bouquins, de notes. Un joyeux bordel instable. Une architecture de poète qui aurait fait peur aux galonnés des casernes qu’il n’a pas fréquentées. Demain, un bureau redevenu lisse. Jean-Luc Godard réduit au silence. Plus d’imitations en guise de déclarations drôles de tendresse. Zone déminée et muette.
    Se souvenir des belles choses.
    Des montagnes gravies comme des collines, car avec certains compagnons de cordée tout devient plus facile. Des territoires défrichés, jusque-là ignorés. Des bouffées d’air frais dans une bulle viciée par la routine. Des paroles injectées dans les journées moroses, efficaces comme le vent dans les voiles.
    Expresso sans sucre, avec une crème pour amortir l’amertume. Enumérer l’échange, la complicité, la solidarité, dans notre monde trop souvent ensevelis dans les replis de l’ego.
    Des ombres dansent sur le plafond de mes nuits blanches. Face aux fossoyeurs, Hamlet porte une écharpe rouge nouée autour du cou. De Yorick, le bouffon du roi, ne reste qu’un crâne. La mort a mangé les yeux et poli l’os. Demain, ce sera le tour du roi.
    Alexandre, notre chant du cygne, j’aurais aimé le chanter jusqu’au bout avec toi.

    Parti socialiste neuchâtelois dit :
    25 novembre 2008 at 10:22 m

    La culture fait les frais des premiers licenciements à la SNP

    Le Parti socialiste neuchâtelois regrette vivement l’ensemble des licenciements qui frappent les rédactions de L’Express et de L’Impartial et souhaite que la restructuration future tienne compte des revendications sociales des employés.

    Nous constatons que la culture fait les frais des premières mesures prises par la SNP à l’encontre de ses salariés. Les licenciements du journaliste Alexandre Caldara et le « transfert » de la journaliste Dominique Bosshard, jusqu’alors cheffe de la rubrique magazine, au secrétariat de la rédaction nous préoccupent particulièrement.

    Nous nous demandons si la SNP réalise qu’en reléguant de fait la culture à l’arrière-plan de ses préoccupations rédactionnelles, elle se coupe d’une actualité qui fait, en grande partie, la vie d’une région.
    Vouloir une « presse régionale de qualité » est, quant à nous, inséparable d’une couverture journalistique de l’offre culturelle de notre région. L’identité d’un canton passe par sa vie culturelle au moins autant que par sa vie politique. Un tel mépris (ou une telle ignorance) de cet élément fondamental laisse craindre pour l’avenir de nos deux quotidiens régionaux.

    Christophe Studer dit :
    9 décembre 2008 at 19:17 m

    Je suis peut-être juste un musicien qui comprend que le travail
    pointilleux des journalistes est vital pour que la population n’oublie
    pas que des “activités culturelles sérieuses” sont réalisées près de
    chez eux, dans leur coin de pays…. L’art n’est pas qu’une histoire
    de grandes villes et d’artistes étrangers. Cela, à coups de subtiles
    comparaisons et de sensées citations, des hommes cultivés autant
    qu’Alexandre Caldara l’avaient fort heureusement compris.

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