Chroniques indiennes (2) – L’unité humaine et la conscience de l’homme du futur


Effervescence à Auroville, Tamil Nadu, à quelques kilomètres de Pondicherry, rebaptisée Puducherry. Quatre heures du matin. Dans la nuit australe, fraîche et humide de janvier, la « cité du futur » rêvée par Mirra Alfassa, compagne spirituelle de Sri Aurobindo, s’active et s’apprête à accueillir le Dalai Lama. Fichtre, ce n’est pas rien, et même si le saint homme de paix s’y rend pour la troisième fois, c’est toujours une première. Les mesures de sécurité sont à la fois bon enfant, draconiennes… et complètement surréalistes. La ville compte aujourd’hui près de 2000 résidents officiels, 44 nationalités et 43% de citoyens indiens. Et accueille actuellement, haute saison touristiques, des milliers de visiteurs.

Auroville, dès sa création, s’était donné pour objectifs, visionnaires et utopiques, de réaliser collectivement, l’unité humaine, mais aussi, plus simplement, individuellement, d’acquérir un niveau de conscience plus élevé, ouvrant sur les grands espaces de liberté intérieure. Il y a loin de la coupe aux lèvres ! Le plan directeur de la ville que Mirra Alfassa, surnommée la Mère, avait rêvée présente des lignes de forces suivant le dessin d’une galaxie. Près du centre, elle avait voulu que soit aménagée une « zone internationale » comprenant des pavillons représentant le génie de chacune des nations du monde. Aujourd’hui, 40 ans après le premier coup de pioche de la construction de la ville, un seul pavillon est entièrement réalisé : le pavillon tibétain. Paradoxe : ce premier pavillon achevé est celui d’un pays qui n’a pas de territoire politique. L’autre pavillon construit, encore toutefois inachevé, est celui de l’Inde.

Pour la suite, gouvernements nationaux, responsables de la planification à Auroville, bailleurs de fonds, philosophes et visionnaires se renvoient la balle. Qui va décider de construire quoi, où et comment ? Et quand ? En articulation avec quel autre pavillon ? Et pour exprimer quoi ? Et même, faut-il vraiment le construire ? Et qui décide de ce qu’est le génie d’une nation ? Les réunions se suivent et se ressemblent, la langue commune, certes, est l’anglais, mais le même mot anglais signifie-t-il la même chose pour un Suédois, un Coréen, un Indien ou un Américain ?

Le Dalai Lama a enjoint les Auroviliens à témoigner les uns pour les autres plus de compassion et d’amour, et de fonder ces sentiments non pas sur l’action mais bien plus sur l’être, parce qu’il est à la fois autre et pareil à soi, porteur de l’étincelle divine…Et il en faudra, de la compassion, pour réaliser cette unité humaine, faute de quoi, les Auroviliens, et tous leurs amis indiens, pourraient bien être dévorés par l’incroyable poussée et la frénésie de développement parfois anarchique de l’Inde moderne, férocement économique – et politique – qui n’a que faire de l’unité humaine et de la conscience, pour qui Auroville représente, au mieux, une belle vitrine, un musée de ce qui a pu être mis en œuvre sur les terres indiennes, et qu’au passage, on peut exploiter, à des fins politiques ou financières.

Le « Matrimandir », cette immense sphère dorée, plantée au cœur de la ville, dont la construction initiée au début des années 70, vient à peine de s’achever, est totalement conforme aux desseins de la Mère. Chaque dimanche, des centaines d’Indiens et de touristes non indiens venus de partout, curieux ou parfois méditants, visitent la grande sphère, la « Inner Chamber », chambre intérieure, vaste salle de méditation à l’acoustique redoutable, ses jardins…Les Indiens ont aujourd’hui fait leur cette réalisation étonnante.

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