Stiglitz: Il faut une institution de contrôle allant plus loin que le FMI*


Dans une interview accordée à “Deutsche Welle”, Joseph Stiglitz compare la crise actuelle à la crise des années 30 (« Grande Dépression »). A l’époque, dit-il, l’économie reposait sur la production industrielle. Aujourd’hui, nous sommes dans une économie de services, qui voit des taux de chômage très élevés aux USA, 15 % environ. Nous sommes donc clairement dans une situation très sérieuse.
Une autre différence est que lors de la Grande Dépression, il n’y avait pas de filet de sécurité. Maintenant, il y a les assurances chômage.

Un élément vital de toute cette crise, c’est bien entendu les banques. Stiglitz relève que les banques sont dans un état lamentable. Le gouvernement américain a injecté des milliards de dollars dans cette affaire, avec très peu de résultat.

Les banques sont réellement en état de faillite. Dans un grand nombre des banques les plus importantes, les citoyens américains sont devenus les propriétaires majoritaires. Mais il n’ont aucun contrôle. Un système où la propriété est séparée du contrôle est voué au désastre.

Stiglitz va jusqu’à dire que les pays en développement ont un système bancaire plus fiable, car ils se sont bien rendus compte des risques liés aux prêts immobiliers excessifs par exemple, ils ont été prudents, et ont de surcroît accumulé des réserves leur permettant d’affronter la crise dans une position meilleure qu’il y a dix ans par exemple.

Mais certains de ces pays vont au devant de grandes difficultés, car ils se sont trop fixés sur ce qui se passait aux USA.

A la question de savoir s’il faut venir en aide aux pays en développement, Stiglitz pense qu’il le faut absolument. Et ceci pas seulement pour des raisons humanitaires. C’est une question de stabilité mondiale. On ne peut avoir une économie mondiale forte s’il subsiste des poches d’économies en bouleversement. La Banque Mondiale a demandé aux pays industrialisés de prévoir dans leurs plans d’aide à leurs propres économies des fonds pour les pays en développement, qui eux, dans cette compétition, ne combattent pas à armes égales.

A propos des positions du Président Obama fustigeant la pratique des bonus, Stiglitz est d’avis qu’effectivement ces pratiques sont honteuses et irresponsables. Comment peut-on défendre des bonus par milliards de dollars lorsqu’on a mené son entreprise à la faillite? Si vous ne remboursez pas vos pertes auprès des gens, alors ce ne sont pas des bonus, mais des amendes qui doivent vous êtres attribuées.

Quant aux critiques des pratiques américaines protectionnistes que dénonce la chancelière allemande Angela Merkel, Stiglitz s’y associe. Il y a deux formes de protectionnisme, dit-il. Les taxes douanières et les subsides. Les deux faussent le jeu. Les subsides sont les plus pernicieux et injustes, dans le sens que, au contraire des pays développés, les pays pauvres n’ont pas les moyens d’attribuer ces subsides.

Angela Merkel a en outre réclamé une institution internationale de contrôle financier. C’est selon Stiglitz une idée très importante qu’il soutient depuis longtemps. Il faut une telle institution de contrôle allant plus loin que le FMI, qui a été un échec, et que la Banque Mondiale. Il est inconcevable, dit-il, de continuer à laisser circuler des produits financiers à hauts risques produits dans des pays n’ayant pas de règles adéquates. Il doit y avoir une régulation mondiale. Les compagnies internationales qui sont engagées dans la mondialisation devraient être les premières à réclamer une régulation internationale.

Il est à relever que l’auteur de l’interview, Michael Knigge, donne le titre suivant au texte: «La nationalisation des banques est la seule réponse».

*Adaptation d’un document paru le 7 février 2009 sur le site de “Truthout”.

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