Un mythe qui s’effrite? La banque privée se démocratise


Est-ce un mythe qui s’effrite? La banque privée, traditionnellement réservée aux têtes couronnées et aux personnes très aisées, se démocratise.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE ET MOHAMMAD FARROKH

Disons surtout qu’elle adopte son comportement à la pression des événements. Plus question de laisser dire que le ticket d’entrée dépasse le million de francs ou cinq fois plus. Cette barre magique ne tient plus véritablement aujourd’hui. Les banques privées ne crachent plus sur le demi-million, voire le quart de million.

“La crise est l’élément déclencheur. Les modèles d’affaires sont réexaminés”, confie tel banquier privé. “La banque privée profite incontestablement des gros problèmes des grandes banques. Il est indéniable que certains projets d’implantation ne verraient pas le jour sans cela”, susurre tel autre.

Du coup, la proximité revient au goût du jour, entendez: bienvenue l’Europe, bienvenue la Suisse. Car les affaires américaines volent bas. Dans certaines banques, y compris parmi les plus grandes, on fait état d’un mouvement généralisé de fermeture des comptes ouverts par des Américains. Quand la sagesse vient aux banquiers…

C’est ainsi que chez Bordier & Cie, à Genève, si l’on évoque une limite inférieure à 500’000 francs, inchangée paraît-il depuis le début de la crise, on admet en même temps que ce seuil peut dans certains cas tomber à 300’000 francs.

L’effet UBS

Franc-tireur de la banque privée, Konrad Hummler dit tout haut ce que beaucoup de ses congénères pensent tout bas. Dans l’un de ses derniers iconoclastes “Commentaires d’investissement”, l’associé-gérant de Wegelin évoque les charmes d’un produit financier “destiné aux fortunes les plus modestes”.

Décrypté par Adrian Künzi, autre associé-gérant de la banque saint-galloise dont l’objectif est d’ouvrir une antenne à Fribourg (lire encadré): “les variantes que nous proposons sont de deux types. L’une à partir de 100.000 francs, l’autre à partir de 500.000. Avec la première option, nous voulons offrir à un jeune avocat ou à une jeune médecin la possibilité de venir chez nous”.

Directeur de l’antenne fribourgeoise de Lombard Odier, Philippe Broillet confirme cette ouverture: “la limite de 500.000 francs s’adapte au marché fribourgeois car à Genève, la tendance est à la formulation de chiffres plus importants. A Fribourg, nous acceptons même des clients pour des montants inférieurs. Ce qui compte, c’est leur potentiel”.

200.000 francs à Sion

En Valais aussi, la crise financière a donné une impulsion nouvelle au développement de Hottinger & Associés, filiale sédunoise d’une banque privée sise à Zurich. Dès octobre 2008, la banque a abaissé de 500’000 francs à 200’000 francs son seuil d’acceptation pour faire face à une forte demande d’ouverture de comptes. «La limite de 500’000 francs nous bloquait et il a fallu adapter notre politique au marché», relève Jean-Charles Zimmermann, associé valaisan au sein du groupe zurichois avant de préciser que «quatre sur cinq des nouvelles relations proviennent d’anciens clients de l’UBS». Octobre 2008 a aussi été la date de l’ouverture de la succursale de Brigue. Prévue depuis mi-2007, celle-ci s’est immédiatement avérée un franc succès sous l’effet de la crise financière qui remet au goût du jour la politique de proximité et les vertus traditionnelles en matière de placements.

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