São Luiz do Maranhão pourrait perdre son statut de Patrimoine de l’Humanité


En cette année de la France au Brésil, São Luiz do Maranhão mérite une attention toute particulière. «Elle est la seule ville de notre pays fondée par des Français», rappellent volontiers les Brésiliens les plus cultivés. C’est le 6 juillet 1612, en effet, que trois navires accostèrent sur une île que leurs officiers et occupants baptisèrent Saint Louis de Maragnon. Henri IV accepta de financer cette expédition pour y installer une nouvelle colonie, la France équatoriale. Nouvelle tentative après l’échec de la France Antarctique, un demi-siècle plus tôt, dans la baie de Guanabara, initiative qui tourna court à cause de luttes fratricides entre catholiques et calvinistes. Le plus connu des chefs de file de l’expédition dans le «Maragnon» fut Daniel de la Touche de la Ravardière. Cette fois-ci, la religion officielle fut le catholicisme, par le biais de capucins, dont l’un des chefs de file, Guillaume d’Abbeville, a donné son nom à… un hôtel, de l’autre côté du Pont São Francisco. L’aventure fut éphémère puisque le 4 novembre 1615, La Ravardière capitula face aux assauts du gouverneur du Brésil, à une époque où l’Espagne et le Portugal étaient dirigés par une monarchie commune.

Que reste-t-il de la France Antarctique ? Pas grand-chose. Pourtant, São Luiz, devenu Patrimoine historique de l’Humanité en 1998, a conservé de solides racines françaises dans son architecture, avec des clins d’oeil troublants à Paris et plus particulièrement Montmartre, comme le montrent les dessins ci-joints. Et puis, certaines personnes à São Luiz rappellent que «le français était enseigné dans les écoles autrefois», regrettant que ce luxe ait pris fin il y a «quelques années». Une source linguistique que s’emploie à perpétuer une Alliance Française en plein coeur de la vieille ville. Sur place, nous avons contacté sa directrice : cette dame n’a pas daigné nous répondre.

Cette ville bénéficiant du statut de Patrimoine historique n’est qu’une partie, en vérité, de l’immense commune de São Luiz où vivent près d’un million d’habitants. Le centre historique se concentre sur une île montagneuse et il n’abrite qu’une infime partie de cette population croissante dont la plus grande masse a élu domicile le long de belle plages hérissées de tours d’un luxe parfois inouï. L’influence française est partout présente, dans le vieux São Luiz, se mêlant à l’architecture hollandaise et surtout portugaise. Les Portugais ont apporté leur parfaite maîtrise de l’habillage des façades avec la technique des azulejos, ces carreaux de faïence bleus ou même verts ainsi que leur propension à compliquer les choses…

Mais de nombreux bâtiments, d’une élégance sobre, percés de fenêtres hautes et rectangulaires, que masquent partiellement des balcons, reflètent un savoir faire architectural très français. Le Palais des Lions, résidence officielle du gouverneur du Maranhão, est lui aussi modelé par cette influence française, avec ses fenêtres gratifiées d’un fronton, dont l’alignement rappelle vaguement le Louvre, mais recouvert d’une peinture blanche qui accroît la «résonnance» du soleil tapageur. Il existe un coin de São Luiz donnant l’illusion d’être à Montmartre. A proximité du Largo do Comércio, une petite rue pavée, João Gualberto, se faufile entre deux rangées de bâtiments plutôt élevés, plantée de vieux réverbères. Au fond : un escalier se détache, brun au milieu de dominantes blanches et ocres, gravissant un flanc de colline abrupt, avec tout autour des superpositions de façades offrant comme à Montmartre de vertigineuses perspectives.

Hélas, le Brésil ne sait pas veiller aussi bien que la France sur ses trésors historiques et architecturaux, en partie pour des raisons budgétaires mais surtout parce que la classe politique, en général, ne considère pas cette préservation comme une priorité. Le cas de São Luiz do Maranhão, dans le Nordeste brésilien, est à ce point sidérant. Inscrit au patrimoine historique de l’Humanité en 1997, le centre historique est dans un état de conservation lamentable, mis à part quelques emplacements et fragments de rues ayant bénéficié d’une certaine remise à neuf. L’on peut voir de beaux bâtiments à moitié effondrés, dépourvus de toits, fenêtre béantes, où la végétation n’en fait qu’à sa tête, les mauvaises herbes étant les seuls locataires… A la nuit tombée, les abords de la place João Lisboa se transforment en un désert, aucune lumière ne donnant vie aux maisons de style colonial vidées de leur sang humain. Seuls y rôdent des mendiants, des tapins e des « malouqueiros » (fous, mécréants).

En août 2008, une nouvelle a fait sensation: São Luiz, menacé de perdre son statut de Patrimoine de l’Humanité, un atout dont jouissent dix-sept villes et sites historiques au Brésil. «Dans le centre ville, cinquante maisons sont transformées en parking», pouvait-on lire dans les journaux. L’aire concernée par ce statut de Patrimoine comprend 14.000 maisons et immeubles. Bien peu sont dans un état de conservation décent. Or, conscient d’un tel danger, le gouvernement de l’Etat de Maranhão, en partenariat avec la mairie de São Luiz, promet d’accélérer les chantiers de restauration de bâtiments et ravalements de façades. Secrétaire d’Etat au Tourisme, João Pereira Martins Neto explique que des réunions entre élus locaux et représentants du gouvernement fédéral ont eu lieu dans ce but et que «l’argent ne manquera pas». Mais quand on lui demande de citer des chiffres, des délais pour les travaux, le secrétaire au Tourisme se met à parler d’autres choses. Apparemment, on nage dans un flou artistique. Toutefois, João Pereira Martins Neto affirme que si l’on veut rénover un immeuble, il faut lui redonner une vocation, administrative ou culturelle. Y installer des bureaux ou un musée, par exemple. Il ne croit pas en la revitalisation de ce centre urbain dégradé à travers des actions d’attribution de logements sociaux. «Ici, les gens veulent vivre face à la plage». Dommage que São Luiz ne prenne pas davantage à coeur la rénovation de son centre historique car il s’agit, incontestablement, de l’une des plus belles villes brésiliennes, avec des curiosités, des détails, des flâneries susceptibles d’enchanter les touristes en quête de dépaysement.

*Journaliste indépendant à Sao Paolo

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