Nouveau front


UBS sauve les meubles aux Etats-Unis, mais à quel prix pour la place financière helvétique? La banque sera-t-elle le cheval de Troie du fisc américain en Suisse? A cette question, le Conseil fédéral ne répond pas. Saura-t-on un jour quels ont été les détails de l’accord conclu avec Washington? Ces 4450 clients «sacrifiés», par exemple, le sont-ils par un décret unilatéral de la direction d’UBS ou ont-ils été «nominés» par l’administration américaine sur la base de sombres dénonciations ou machinations?

On aura beau dire, mais plus rien ne sera comme avant au pays du secret bancaire. UBS a ouvert la brèche. 150 clients américains ont été inculpés pour fraude fiscale aux Etats-Unis. Pour bénéficier de l’amnistie ou alléger leur condamnation, ils seraient, dit-on, prêts à passer à table, ouvrant un nouveau front sur le terrain de la chasse aux grosses fortunes exilées. Déjà les noms d’une dizaine de banques européennes, dont Credit Suisse, Julius Baer, Banque Cantonale de Zurich et Union Bancaire Privée sont cités par la presse américaine. Pour le fisc américain, ce flot de révélations est du pain bénit.

Pour cette même administration, l’accord est un chèque en blanc. Ses flèches ne tarderont pas à fuser vers de nouvelles cibles. Mais la Suisse avait-elle le choix? UBS risquait gros outre-Atlantique, où sa licence d’exercer pouvait lui être retirée du jour au lendemain. Bien plus que le procès et l’amende, c’est cette grave menace qui a conduit indubitablement le Conseil fédéral à monter au front quasiment in corpore pour défendre l’honneur presque perdu de la Suisse. Privée du marché américain, UBS pouvait dire au revoir à tout espoir de continuer à régater dans l’eldorado de la gestion de fortunes.

Il reste à la banque à prouver qu’elle est digne des moyens immenses qui ont été investis pour la tirer du pétrin. Ses anciens responsables répondront-ils un jour devant la justice? On aimerait bien savoir surtout comment leurs successeurs s’y prendront pour restaurer la confiance et appâter une clientèle à qui la preuve de la présence de l’œil du fisc étranger dans les recoins les plus secrets de ses coffres vient d’être brillamment apportée.

*Commentaire paru dans “La Liberté” du 20 août 2009

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