“J’ai senti les banquiers parfois désemparés” *


C’est un très bon petit livre que signe Pierre-Yves Frei. En huit chapitres, ce journaliste à
la Tribune de Genève réussit à restituer le climat de doute qui prévaut dans le monde de la finance helvétique depuis un certain 13 mars 2009. Ce jour-là, la Suisse annonçait qu’elle renonçait à la distinction entre fraude et soustraction fiscale. Une révolution qui ébranle dans ses fondements le secret bancaire.
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Pierre-Yves Frei, le secret bancaire vit-il ses derniers jours?

Sur le plan formel, on constate un certain assouplissement mais ce n’est pas encore à proprement parler la fin du secret bancaire. Je situe le problème ailleurs, au niveau de la confiance qui existe entre la banque et ses clients. Celle-ci estérodée. L’inquiétude est réelle. Sur le plan symbolique, il est clair que le secret bancaire a pris un sacré coup.
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Le titre de votre ouvrage est tout de même éloquent: «La chute du secret bancaire». Comment les banquiers privés, que vous avez dû interroger, le prennent-ils?

A vrai dire j’ignore comment le livre est perçu dans les milieux bancaires. Pour l’instant, je ne reçois pas de réactions, ni en bien ni en mal. Cela s’explique peut-être par le fait que cet ouvrage n’est pas un livre à charge. D’ailleurs un banquier m’a dit qu’il reflétait la situation réelle.
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Quelles ont été les conditions dans lesquelles vous avez réalisé ce livre? Avez-vous disposé de toute la latitude nécessaire?

Oui, mais ce ne fut pas très facile. Venant du sérail du journalisme scientifique, j’ai changé mon fusil d’épaule au printemps 2008. Je suis passé à la rubrique économique de la «Tribune de Genève». J’ai débarqué en pleine crise financière. Profane, j’ai dû batailler pour lier tous ces événements, économiques et politiques qui se produisaient de toute part. Une fois que les choses sont devenues plus claires, je me suis dit qu’il y avait sans doute une histoire intéressante à raconter et qu’elle permettrait peut-être à certains de mieux comprendre l’origine de toutes ces attaques contre le secret bancaire helvétique. En somme, j’ai tenté d’écrire un ouvrage de vulgarisation.
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Le secret bancaire est quand même un sujet tabou pour certains banquiers Quelles ont été les difficultés que vous avez rencontrées?

Les banquiers ne sont généralement par très diserts. Ils protègent tout naturellement leur steak. Cela dit, dans leurs propos, je crois les avoir sentis parfois désemparés. Certains d’entre eux ne pensaient pas que la crise serait si rapide, si globale. Je décris ce sentiment de flottement dans mon dernier chapitre qui aborde la question de la compétitivité future de la place financière helvétique.
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Un chapitre où vous relevez que c’est en consentant à une politique fiscale plus douce que la Suisse pourrait attirer et développer des activités de fonds de placement. Mais l’avenir du secret bancaire reste encore marqué d’un point d’interrogation dans la dernière phrase du livre. Peter Brabeck, vice-président du conseil d’administration deCredit Suisse n’a même pas ce doute, lui. Il l’a dit haut et fort: «le secret bancaire appartient au passé». Manifestement les grandes banques n’ont pas les mêmes soucis que les banques privées.

C’est exact et cette différence d’attitude se reflète dans des tensions que l’on a pu sentir au sein de l’Association suisse des banquiers. A travers par exemple les propos de Pierre Mirabeau, l’ex-président de ladite association, qui parlait de «l’honneur perdu de l’UBS». Cette formule garde une part d’ambiguïté car on ignore s’il s’agit d’une déclaration visant à défendre l’ensemble de la place financière ou si elle contient aussi un peu de la colère d’un banquier privé à l’égard des comportements fonceurs et inconséquents d’une grande banque.
“La chute du secret bancaire”, par Pierre-Yves Frei, Favre.

*Interview parue dans “La Liberté” du 9 octobre 2009

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