Secret bancaire: «petchi» dans la cabine du pilote


En France, la presse écrite mais aussi la radio et la télévision en ont fait de beaux titres.
PAR CHRISTIAN CAMPICHE
Parce que le livre est publié chez Larousse? Ou bien parce que dans l’Hexagone on aime se repaître du linge sale d’un petit voisin? Quelle que soit la réponse, cela n’excuse pas le silence des médias helvétiques. A ce jour, seul le satirique «Vigousse» a consacré un article, élogieux au demeurant, au livre de notre confrère Ian Hamel, «Et si la Suisse ne servait plus à rien?».
Journaliste d’investigation en Suisse, Hamel rappelle ce sondage réalisé à la fin des années 1960, qui révèle le bonheur parfait des habitants de ce coin de planète. 93% des Helvètes se déclarent alors «très heureux» ou «plutôt heureux» de leur condition. L’exception suisse se poursuivra encore pendant une trentaine d’années. La rupture intervient à la fin des années 1990 avec l’affaire des fonds en déshérence. La Suisse tombe de haut. Mais la fin du miracle n’était-elle pas prévisible?
L’ancien doyen de l’école des HEC de l’Université de Lausanne, Alexander Bergmann, le relevait déjà en 1994. Synthétisé par l’auteur du livre: «Ce qui fait la prospérité du pays risquait très vite de se retourner contre lui. La Suisse vit en vase clos, or avec la mondialisation elle ne peut plus rester à l’écart. La peur des conflits, le manque de vision, l’inadaptation à un monde plus dynamique, l’intime conviction de faire mieux que les autres vont rapidement provoquer le déclin de l’économie à croix blanche».
L’avenir donnera malheureusement raison à l’économiste lausannois. 15 ans plus tard, après le passage des cyclones Swissair et UBS, la Suisse ne ressemble pas à la Nouvelle-Orléans, Dieu soit loué, mais la confiance de ses habitants dans leurs vertus fondamentales ne s’en est pas moins sérieusement érodée.Le plus inquiétant est que son commandant de bord ne fait rien pour la rassurer. Est-ce qu’il y a encore un pilote dans l’avion Suisse?, se demande le bon peuple qu’effarent les errements du Conseil fédéral. «C’est le monstre petchi, surenchérit un élu, pourtant loin d’être situé à gauche de l’hémicycle». Ce député juge sévèrement le manque de stratégie du gouvernement dans l’affaire du secret bancaire.
Condamné à mort par le G20 en 2009, le fonds de commerce de la finance helvétique s’érode inéluctablement sous les coups de boutoir des conventions fiscales conclues avec les principaux partenaires commerciaux de la Suisse. «Les professionnels de la banque devraient éclairer la lanterne du Conseil fédéral mais ils ne sont même pas d’accord entre eux. Le seul en qui j’ai confiance, c’est le président de la BNS.»Finalement qui dirige la Suisse? Dans son livre, Hamel suggère comment les banques «se sont accaparé le pays» avec la complicité de certains médias complaisants. Principale responsable de la débâcle, UBS en prend pour son grade. «Elle s’est comportée comme un joueur compulsif de casino, les méthodes de ses dirigeants étaient celles de voyous».
L’appréhension face au cas UBS subsiste dans la mesure où la banque est loin d’être tirée d’affaire, nonobstant le bénéfice retiré par la Confédération de la vente des actions détenues dans la banque. Dans l’isoloir de son fief, notre interlocuteur politicien fait observer qu’il reste encore 25 milliards d’actifs pourris dans les coffres de la BNS. Et iI ne faudra pas compter sur lui pour appuyer une nouvelle solution gouvernementale aux Chambres. «L’Etat devait intervenir pour sauver UBS et empêcher un grounding de l’économie mais aujourd’hui, son problème avec les Etats-Unis, c’est à la banque de le régler elle-même!».
«Et si la Suisse ne servait plus à rien?», par Ian Hamel, Larousse, 2010.
“La Liberté” du 25 février 2010

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One Response to “Secret bancaire: «petchi» dans la cabine du pilote”

  1. Ardisson 25 février 2010 at 14:49 #

    C’est toujours l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein. Oui, la Suisse a des problèmes, comme bcp d’autres en Europe et dans le monde et je dirais même que les problèmes de la Suisse sont moindre par rapport à ceux de certains voisins…

    Arrêtez de peindre le diable sur la muraille. Les personnes critiquant et vomissant tout ce qui est suisse, parce que c’est très à la mode commencent à me gonfler sérieusement, et je ne suis pas le seul, surtout que la plupart du temps, ces personnes proposent comme seule alternative à nos maux : “rentrer dans l’Europe”.

    La Suisse ne se résume pas à son éventuelle entrée dans l’UE, à ses banques ou à ses sept nains qui nous servent de gouvernement. Parlons des points positifs. L’industrie de ce pays est très forte, ses universités sont excellentes, son système d’innovation, sa création de start up, se portent comme un charme et contrairement à ce qui se dit dans les merdias bobogauchisants, la Suisse est l’un des pays les plus ouverts au monde (l’Europe n’est pas le monde). Alors oui, le système de ce pays est peut-être en déclin, mais la Suisse en a vu d’autres, ell possède beaucoup d’autres atouts que sa finance et son chocolat, comme le pensent nos amis les gaulois, et saura se réinventer.

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