Roberto Saviano: «Facebook a sauvé ma vie»


Roberto Saviano est l’invité d’honneur du 6ème congrès international du journalisme d’investigation qui a ouvert ses portes le 22 avril 2010 à Genève. Encadré par ses gardes du corps – assez facile à repérer dans cet aréopage de reporters fluets- le journaliste italien a ouvert les premières causeries qui se tiennent au Centre International de Conférence Genève (CICG) . Le ton est tout de suite donné : Saviano ne s’exprimera pas au pupitre prévu à cet effet. Trop exposé ? Le journaliste préférera rester assis pendant que les gorilles situés dans les bords de l’estrade scrutent inlassablement la foule.

Si l’Italie et la lutte contre les mafias constituent une grande partie de son allocution, Saviano prend le temps de décrire un peu son quotidien. Placé sous protection 24 heures sur 24 depuis que la Camorra s’est juré de lui faire la peau, le journaliste a quand même décidé de rester en Italie. Où ? On n’en saura pas plus. La notoriété, les menaces de mort et l’important dispositif de sécurité autour de sa personne ont profondément modifié sa manière de travailler.

Auparavant il pouvait mener ses investigations sur le terrain, mais ce dernier est devenu trop dangereux pour lui. « Cela me manque, affirme-t-il , j’ai dû me concentrer sur d’autres sources. Je travaille maintenant avec les cours de justice. Ces nouvelles sources compensent mon absence sur le terrain ». Le succès qu’il a rencontré lui a également profité dans certaines situations : Saviano constate qu’il lui est plus facile d’accéder à des documents importants du fait de sa notoriété. Les activités sociales lui restent toujours interdites pour des questions de sécurité. Pour maintenir le contact avec ses proches et les nombreuses personnes qui le soutiennent, Saviano utilise les réseaux sociaux. « Facebook a sauvé ma vie sociale » ironise-t-il. Cette notoriété, est « source de paradoxes permanents », confie-t-il au public. L’auteur, très inspiré par Truman Capote voulait décrire des faits réels mais qui se liraient « comme un roman ». Certains lui reprochent de tisser un récit de fiction sur la réalité qu’il décrit quand d’autres estiment qu’il prend des risques inconsidérés en décrivant le réel.

C’est ce que semblait lui reprocher le Premier Ministre italien. Selon Berlusconi, Saviano aurait fait trop de vague et aurait ainsi récolté ce qu’il avait semé. Le Cavaliere n’en est pas à une contradiction puisque le groupe Mondadori qui a publié le reportage de Saviano appartient à sa famille.

Journaliste et écrivain italien Roberto Saviano a publié en 2007 une enquête importante portant sur la mafia napolitaine, la Camorra. Le reporter, dans la droite ligne du «narrative writing» avait brossé un portrait sans concession de cette organisation. Son récit s’organisait autour de personnages occupant différents postes, différentes fonctions au sein de la Camorra. D’abord tiré à 5000 exemplaires, le livre a trouvé son lectorat en dehors même de la frontière italienne. Les ventes atteignent les 4 millions. Un film a également été réalisé à partir de son ouvrage.

Pour aller plus loin : Gomorra, dans l’empire de la Camorra, Gallimard, 200

Sokioske a également publié un verbatim de la conférence.

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