Le loup Hersant enflamme le Valais


En gare de Martigny, un grand écriteau barre l’horizon. Assis dans le train à hauteur de la salle d’attente, le voyageur ne voit qu’un mot inscrit en lettres géantes: «NOUVELLISTE». C’est vrai que l’on est en Valais, un canton où, «avec le Conseil d’Etat et la Banque cantonale, le journal est un des trois lieux obligés du pouvoir. C’est là, dans cette trinité fondamentale, que tout passe ou se décide. Et quand cela branle au «Nouvelliste», tout le canton a des crampes», écrit en 2007 dans «L’Hebdo» le journaliste Alain Rebetez.

L’affaire Bonnard

Cette année-là, l’élite valaisanne se donne des frissons avec la lutte pour la succession de Jean Bonnard. Apprécié dans les milieux les moins traditionalistes du canton, le rédacteur en chef du «Nouvelliste», est écarté sur l’autel des luttes fratricides opposant deux clans du noyau dit des Valaisans contrôlant le quotidien sédunois. Trois ans et quelques décis d’arvine plus loin, la situation reste fondamentalement explosive mais sur des bases très différentes. Lassé par ces combats de coqs, l’«étranger» Edipresse a battu en retraite, cédant l’an dernier 37% du capital du «Nouvelliste» au voyagiste Jacques Lathion. Lequel, avec 75% du capital de la société éditrice Rhône Media, se retrouve désormais seul à la barre du journal, en compagnie du promoteur Jean-Marie Fournier, détenteur d’environ 20% des actions.

Pour qui roule Lathion?

Lathion roule-t-il pour Philippe Hersant? Malgré les démentis véhéments du premier, la question est sur toutes les lèvres depuis que l’éditeur français, propriétaire des quotidiens neuchâtelois «L’Express» et de «L’Impartial», a annoncé, au printemps 2009, la conclusion d’un accord de collaboration avec «Le Nouvelliste». D’abord purement technique, l’alliance se déplace sur le terrain rédactionnel. Le regroupement de plusieurs rubriques des journaux neuchâtelois et valaisan est à l’ordre du jour. D’ici au début de l’an prochain, la plateforme conduite par le rédacteur en chef de «L’Express» et «L’Impartial», Nicolas Willemin, sera opérationnelle.

Il n’en fallait pas plus pour que le Valais se mobilise. Curieusement, le premier à ouvrir les feux, en mars dernier, est un Vaudois, Pierre Chiffelle. N’attendons pas qu’«un Sarkozy lémanique ait la haute main sur tout ce qui doit se publier et peut être publié en Romandie», s’insurge l’ancien ténor socialiste sur le blog du «Nouvelliste». Aussitôt suivi sur le réseau en ligne Facebook par un groupe réunissant aujourd’hui 1400 personnes, déterminées à «soutenir le «Nouvelliste» dans son combat contre le groupe Hersant et sa volonté de nivellement de l’information et de marchandisation de la presse».

Lettre à Hersant

La démarche fait écho également à une lettre envoyée à Philippe Hersant le 27 mars dernier par la délégation du Valais romand à Berne in corpore, soit six parlementaires, tous partis confondus. «Nous vous faisons part de nos craintes quant à l’uniformisation annoncée de la rubrique suisse notamment, et vous demandons, dans le rapprochement en cours, de préserver les emplois en Valais, les spécificités valaisannes et le contenu cantonal dans le traitement de l’actualité fédérale notamment», écrivent ces élus.

«Le Nouvelliste», on l’aime ou on l’aime pas, mais à la fin on tient à ce journal valaisan traitant des sujets nationaux et internationaux avec une vision qui lui est propre. Or Neuchâtel n’est pas le Valais, cela M. Hersant semble ne pas l’avoir saisi. «Je vois d’un très mauvais œil cette uniformisation rampante de l’information», s’inquiète Christophe Darbellay, l’un des signataires de l’appel du 27 mars.

«On lui fera péter son truc»

Plus catégorique encore que son collègue PDC, Oskar Freysinger, un autre signataire de la missive adressée à Philippe Hersant, surenchérit: «Le Nouvelliste» est l’un des rares médias libres. Nous ne voulons pas d’une sorte de gratuit bourré de pubs.» Le député UDC fait allusion au modèle développé par Hersant dans le Midi de la France. Un modèle qui connaît quelques ratés. A «Nice Matin», l’un des fleurons du groupe, les salariés se mobilisent depuis plusieurs semaines contre un projet de cession du siège.

Comme dans le roman de Ramuz «La Guerre dans le Haut-Pays», les Alpes se soulèveront-elles pour combattre l’intrus venu de Paris? Oskar Freysinger annonce la couleur: «Hersant n’a pas répondu à notre lettre, c’est d’une arrogance totale sous le signe du néolibéralisme triomphant. Ce faisant, il sous-estime complètement la société valaisanne, à caractère clanique. On va lui faire péter son truc, s’il insiste.»

Nouveau journal

Comment? «Par une campagne de désabonnements qui ne serait pas seulement le fait des 2000 membres de l’UDC, prédit le député à la queue de cheval. Parallèlement, avec des politiciens d’autres partis, nous envisageons sérieusement la création d’un journal concurrent. Le projet est sous toit. Un certain nombre de financiers se sont mis ensemble, le capital-actions est réuni. Leurs noms? Je ne peux pas les révéler mais il s’agit de financiers valaisans de haut vol. Dès le moment où «Le Nouvelliste» passera sous le contrôle effectif de M. Hersant, ils passeront à l’acte.» I

Article paru dans “La Liberté” du 6 mai 2010

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2 Responses to “Le loup Hersant enflamme le Valais”

  1. Les rives du bisse 11 mai 2010 at 08:30 #

    Pourquoi ne publiez-vous pas cet article dans le Nouvelliste?
    Comment va se poursuivre la collaboration entre la Liberté et le Nouvelliste ?

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