Reprise en main du “Nouvelliste”


PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Jacques Lathion a un mérite, il ne se dérobe pas quand on cherche à le contacter. Hier, le voyagiste sédunois a tenu parole, il a rappelé le journaliste de «La Liberté» au terme de l’assemblée des actionnaires du groupe Rhône Média convoquée pour entériner le rachat du «Nouvelliste» par Hersant. Mais l’ex-propriétaire du «Nouvelliste» n’est pas plus bavard pour autant.

Il ne divulgera rien, par exemple, concernant la part exacte acquise par Philippe Hersant. Il précise tout juste que lui et Jean-Marie Fournier n’ont pas vendu toutes leurs actions du quotidien valaisan. Ils en ont gardé «une partie». Lathion ne veut pas s’étendre non plus sur les raisons qui l’ont poussé à démentir catégoriquement en mai dernier ce qui apparaissait déjà comme une quasi-évidence aux yeux de beaucoup d’observateurs, soit la cession de son paquet d’actions à l’éditeur français. «Je n’avais pas vendu à l’époque, aujourd’hui c’est chose faite», se contente-t-il de déclarer.

Guerres claniques

Les langues ne se délient pas non plus du côté des employés qui doivent se faire désormais à l’idée d’appartenir à un groupe qui étend ses tentacules de Neuchâtel à Sion. Faisant violence à sa discrétion légendaire, Philippe Hersant aurait d’ailleurs honoré de sa présence les locaux de la rédaction hier. Fera-t-il également partie du déjà fameux «comité éditorial», ce garant de la continuité de la nouvelle ligne du journal, que présidera le promoteur Jean-Marie Fournier? Sa présence n’est pas confirmée mais on dit que deux représentants du groupe Hersant y figureront en tout cas. Tout comme le sociologue genevois Uli Windisch et le préfet d’Entremont, Jean-Maurice Tornay.

Voilà qui rassurera ceux qui appelaient de leurs vœux une reprise en main du «Nouvelliste» après des années de luttes internes qui ont usé jusqu’à la patience de l’éditeur lausannois Lamunière, longtemps détenteur de 37% des actions du quotidien valaisan. «Un groupe étranger apportant une approche professionnelle et financière est davantage à même d’aplanir les divergences d’opinion résultant de guerres claniques», juge un acteur du monde médiatique romand.

Darbellay sceptique

Peu probable toutefois que le débarquement de Philippe Hersant suffise à ramener le calme sur tous les alpages. Dans son édition du 7 mai dernier, «La Liberté» a révélé l’existence d’un projet éditorial concurrent au «Nouvelliste», destiné à contrer les visées de l’éditeur venu de Paris, aujourd’hui établi entre Genève et Saanen, et relayé par une communauté de 1900 membres sur le réseau en ligne Facebook. Elle se faisait aussi l’écho d’une lettre adressée à Philippe Hersant par les élus valaisans à Berne, s’inquiétant de l’uniformisation de l’information induite par la mise en route d’une plateforme rédactionnelle commune entre Neuchâtel et Sion, sous la houlette du rédacteur en chef de «L’Express» et «L’Impartial».

Signataire de ladite missive, Christophe Darbellay est toujours aussi sceptique: «Nous n’avons jamais reçu de réponse de la part d’Hersant. Pas même un accusé de réception. J’espère que des personnalités valaisannes resteront aux commandes du journal. Je compte sur elles pour défendre l’emploi en Valais et pour faire de Sion le pôle essentiel d’Hersant en Suisse. J’espère que le Valais puisse garder un vrai journal. «La Côte», «L’Express» ou «Nice Matin», d’autres titres propriétés d’Hersant, ne me font pas rêver», insiste le baron PDC, auquel fait écho impressum. Dans un communiqué diffusé hier, l’organe faîtier des journalistes souhaite que le rachat n’ait pas d’effets sur le personnel et respecte les meilleurs critères de qualité rédactionnelle.

Cap sur Fribourg?

L’histoire ne dit pas encore si l’assiette valaisanne sera suffisante pour rassasier l’appétit du groupe Hersant. Déjà tous les regards se tournent vers une prochaine «cible» potentielle, «La Liberté» de Fribourg. Un journal qui collabore avec les titres contrôlés par Hersant dans le cadre du pool rédactionnel et publicitaire Romandie Combi (ROC). Editeur de «La Liberté», Albert Noth ne voit pas la nécessité de résilier ces accords. Mais il précise aussi qu’il n’a plus eu de contact avec Philippe Hersant depuis plusieurs années.

Article paru dans “La Liberté” du 1er juillet 2010

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One Response to “Reprise en main du “Nouvelliste””

  1. Le passant ordinaire 2 juillet 2010 at 06:40 #

    Qu’en est-il de la collaboration entre La Liberté et le Nouvelliste ?

    Est-elle abandonnée et les Valaisans devront-ils se contenter des platitudes neuchâteloises et vaudoises ?

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