La crise Suisse-Libye décryptée par SAS


Pour comprendre les relations internationales, il faut peut-être mieux se fier à Gérard de Villiers, le père de SAS, qu’à Hans-Rudolf Merz (*). Et chercher les raisons de la haine de Kadhafi pour la Suisse du côté de Saint-Gall.

PAR IAN HAMEL

Marko Linge, l’agent secret viril de SAS, a-t-il laissé sa libido au vestiaire? Dans l’un des derniers polars de la série, intitulé « La filière suisse », on doit attendre la page 33 pour que Liza enlève sa petite culotte et lui glisse à l’oreille « Tu vas bien me baiser ! Et après tu me prendras par le cul. J’adore». Habituellement, dès le premier chapitre, notre espion a déjà manqué de respect à une bonne demi douzaine de créatures qui ne demandaient que ça. Il est vrai que l’histoire se déroule en Suisse, où tout prend un peu plus de temps qu’ailleurs.

Qu’est ce qui pousse Gérard de Villiers à s’intéresser à la paisible Confédération? L’affaire Tinner, du nom de Friederich Tinner, ingénieur spécialiste du nucléaire, et de ses deux fils, Urs et Marco. Ils sont soupçonnés depuis des décennies d’aider les Etats voyous, du Pakistan à la Libye, en passant par l’Iran et la Corée du Nord, à se doter de la bombe atomique. Domiciliés dans le petit village de Haag, dans le canton de Saint-Gall, les Tinner étaient également arrosés par la CIA. Car il n’y a pas de petit profit.

Fourguer du matériel saboté

Comme à son habitude, Gérard de Villiers, qui n’a jamais caché ses contacts avec les services secrets, qu’ils soient français ou autres, part d’une histoire vraie pour construire son polar. Il y rajoute une bonne dose de sexe et de violence. Les Tinner deviennent les Kruger, et l’Iran, « qui est plus dans l’actualité » remplace la Libye. « La CIA se servait des Tinner d’une part pour pourrir les réseaux clandestins de l’atome, d’autre part pour fourguer à ces pays voyous du matériel saboté », explique Gérard de Villiers. N’est-ce pas là l’une des clés expliquant la haine que le colonel Kadhafi voue à la Suisse ?

Certes, il y a bien eu l’incident Hannibal Kadhafi, embastillé deux jours à Genève, mais cela n’explique tout de même pas que Tripoli ait pu garder pendant presque deux ans Max Göldi, un malheureux homme d’affaires suisse. Le maître de la Libye reprocherait aussi à Berne de s’être fait refiler, pour des millions de dollars, du matériel pourri. Finalement, pour comprendre les relations internationales, il vaut mieux lire SAS, c’est plus drôle et plus croustillant qu’un communiqué du Conseil fédéral.

De Villiers n’admire pas Obama

Comme à son habitude, Gérard de Villiers en profite pour balancer quelques petites vacheries sur le pays d’accueil. Il s’en prend surtout à la « sinistre » Suisse alémanique « grise et gaie comme un furoncle ». « C’est vrai que les Suisses allemands ne sont pas marrants. Ils sont sérieux, travailleurs, mais étroits d’esprit », lâche l’auteur, qui signe, à 81 ans, son 182éme polar. Et pour la route, il balance aussi une petite vacherie à « la télé suisse romande sans aucun intérêt ».

Depuis « La filière suisse », Gérard de Villiers, qui publie un polar par trimestre, a sorti « Renegade 1 » et « Renegade 2 », évoquant un attentat contre Barack Obama. Un président qu’il présente comme « un faux espoir ». Un politicien intelligent, habile, mais « un tigre de papier ».

(*) Gérard de Villiers, « La filière suisse. Le marché noir de la bombe iranienne », éditions Gérard de Villiers, 312 pages.

 

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