Farinet et les faux prétextes


PASCAL HOLENWEG

L’homme qui est depuis plus de deux mois en grève de la faim n’est pas un criminel. Il n’a tué personne mais il a été condamné à une peine plus lourde que celle qu’il aurait encourue s’il avait tué quelqu’un sur la route. Rappaz, c’est Farinet, pas Jack l’Eventreur, et s’il est en grève de la faim, ce n’est pas pour réclamer l’impunité, mais pour revendiquer l’équité, c’est-à-dire une condamnation proportionnée au délit commis – une grosse amende, pas des années de prison.

Cette revendication, les autorités valaisannes refusent de l’entendre (Bernard Rappaz n’a aucun lobby derrière lui) et ne conçoivent d’alternative qu’entre la mort de Rappaz et son alimentation forcée. Selon le Tribunal fédéral, une autorité politique peut ordonner l’alimentation forcée d’un détenu et les médecins ne peuvent opposer une objection de conscience à cet ordre si un motif médical grave justifie qu’il soit donné (ce qui est le cas en l’occurrence), mais à la condition qu’il n’y ait que ce seul moyen, l’alimentation forcée, de préserver l’intégrité ou la vie du patient.

Or dans le cas Rappaz, il y en a un, d’autre moyen : la suspension de l’exécution de la peine – ce qui fut fait, comme le rappelle Jean-Charles Rielle dans une lettre ouverte à Ester Waeber-Kalbermatten, dans le cas récent d’une détenue vaudoise elle aussi en grève de la faim. Les médecins genevois sont parfaitement légitimés à refuser d’user de la contrainte pour obliger un gréviste de la faim à s’alimenter, puisqu’il a choisi consciemment de cesser de le faire, et que c’est tout aussi consciemment que l’autorité politique  responsable de l’exécution de sa peine refuse de suspendre cette exécution.

Les médecins ne sont pas des auxiliaires de justice, ils ne sont pas responsables de l’exécution des peines prononcées par la justice valaisanne : ce sont les autorités politiques valaisannes, et non les mérites des HUG (ou de tout autre hôpital en lequel Rappaz serait transféré) qui sont responsables de la santé et de la vie de Bernard Rappaz. Il ne tient qu’à elles que le chanvrier cesse sa grève de la faim – mais les autorités genevoises sont désormais aussi impliquées dans cette histoire : c’est au quartier cellulaire de l’Hôpital public de Genève que Bernard Rappaz se laisse mourir de faim.

Deux conseillers d’Etat sont les autorités de tutelle du lieu actuel de détention, et de jeûne létal, du chanvrier valaisan : Pierre-François Unger est l’autorité de tutelle de l’hôpital, Isabel Rochat l’autorité de tutelle du quartier cellulaire. A elle et à lui d’intervenir auprès du gouvernement valaisan, comme l’a fait Jean-Charles Rielle auprès d’Esther Waeber-Kalbermatten.

L’un de nos amis virtuels écrit à Isabel Rochat : « je refuse la responsabilité en tant que citoyen de la Ville de Genève de voir M. Bernard Rappaz mourir ou être handicapé par son combat politique à l’hôpital cantonal, ce qui vous rendrait, vous, responsable directement de non assistance à personne en danger, et je vous prie donc de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour empêcher cela ».

Nous l’aurions sans doute écrit autrement, nous ne le pensons pas autrement.

Commentaire repris de http://pascal-holenweg.blogspot.com/

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