Dévaluation de l’euro : les bénéfices des pays excédentaires doivent aller aux pays déficitaires


PAR DANIEL LAMPART

L’euro s’est dévalué depuis l’éclatement de la crise financière, ce qui stimule les exportations des pays de la zone euro à destination des pays extérieurs à cette zone. Une cause de cette dévaluation est la panique déclenchée par la situation des finances des États du sud de l’Union européenne (UE), ainsi que de l’Irlande. Sans cette panique, la valeur de l’euro serait bien plus élevée.

Les États de l’UE, qui sont sous pression, ne sont toutefois pas les seuls à profiter de cette dévaluation. C’est aussi le cas des pays qui enregistrent d’importants excédents de leur commerce extérieur, comme l’Allemagne ou les Pays-Bas. Sans la panique au sujet de l’euro, ils ne profiteraient pas de cet avantage concurrentiel. L’industrie allemande d’exportation profite ainsi de la crise de l’euro, c’est-à-dire des effets des importants déficits de la Grèce et de l’Irlande.

Les exportations allemandes vers les pays non membres de la zone euro représentent environ 500 milliards d’euros. Supposons que l’euro soit sous-évalué d’environ 10 % pour l’Allemagne. Supposons aussi que, en nous basant sur des évaluations économétriques, cette sous-évaluation de 10 % se traduise par une hausse de 3 % des exportations, l’Allemagne encaisserait alors, chaque année, près de 15 milliards d’euros supplémentaires. Supposons encore que les autres pays excédentaires de la zone euro (Pays-Bas, etc.) enregistrent aussi des recettes supplémentaires par ce biais, on arriverait à environ 30 milliards d’euros en tout « offerts »  à ces pays par la crise des États méridionaux de l’UE, Irlande comprise.

Les pays excédentaires devraient verser au moins ce montant aux pays en difficulté, car ils ne peuvent réaliser cette part de leurs excédents que parce que les autres pays sont en mauvaise posture. C’est là une somme très élevée. Elle permettrait de presque éponger durant l’année en cours les déficits grecs et irlandais (sans avoir à dépenser  de l’argent pour sauver des banques).

Ce calcul illustre l’étendue des déficits publics dans l’ensemble de l’UE, une étendue moins grande que ce qu’on devrait penser à entendre la discussion publique « excitée » qui a lieu à ce sujet. En procédant au transfert susmentionné, on pourrait éventuellement gagner du temps pour analyser quels sont les vrais problèmes de la zone euro. Car l’actuelle panique est aussi la conséquence d’un savoir économique lacunaire et d’une analyse très insuffisante de la situation.

L’auteur est économiste en chef de l’USS. Article paru sur son blog, www.uss.ch

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