Lettre de Lima à un ami lecteur (5) – Les hommes n’apprennent pas de leurs erreurs


Événement, l’autre soir à Lima, dans mon quartier, tout au moins: il a plu! Oh, pas question de parler d’une averse. Juste de quoi faire un peu obstacle aux poussières et aux sables déposés dans les rues, venus en droite ligne de la Sierra et des bords de mer, transportés ici par des vents complaisants. De quoi aussi abreuver la terre, la verdure alentour. Mais pas remplir un pastis. Assez cependant pour donner aux oiseaux de quoi étancher leur petite soif.

Comme si je ne l’avais plus vue tomber depuis des ans, cette bonne vieille pluie, je me suis posé sur ma terrasse fleurie, heureux, simplement heureux, y compris pour mes fleurs qui souffraient justement de mon oubli à jouer les jardiniers. Je me suis assis. Et dans le calme de la soirée, je me suis surpris à rêvasser. A remercier ma bonne fée, ma bonne étoile, qui m’ont donné de vivre ce moment privilégié de sérénité à ce moment de ma vie. Histoire de le partager en pensée avec ma compagne, feu ma tendre épouse, avec ma famille, mes amis. A regarder l’horizon, là où s’échouent et se brisent les vagues océaniques. Tu vois, il en va des vagues comme des hommes: tous deux s’en viennent mourir sur les rivages qui forment le bout de leur voyage. Les uns peut-être un plus plus fatigués que d’autres. Je te rassure: au matin, le soleil s’est vengé, narguant la pluie dans un ciel bleu. Celui-ci avait eu le temps de larguer les nuages, intrus lorsqu’ils insistent, pas toujours faciles à balayer.

Tu sais l’attachement que j’ai pour ce pays, la tendresse qui me monte jusque dans mon regard parfois mouillé lorsque j’évoque les gens de ce qui est aussi devenu mon pays, chaque fois que je songe à leur disponibilité à faire la fête à la vie, même si cette dernière n’est pas toujours très cool pour beaucoup. Je m’dis alors qu’ils méritent autre chose que les vides et insipides discours politiques, d’où qu’ils viennent, offerts à leurs oreilles, alors que le pays s’apprête à choisir un successeur à Alan Garcia. Surtout, je pense sincèrement qu’ils pourraient aisément se passer de nouvelles, du téléjournal, si tu préfères, mis en pâture chaque soir par des TV privées comme « Frecuencia latina » et « Panamericana », pendant l’unique émission dite informative de la journée. Et dire qu’elle est censée parler à une heure d’écoute de ce qui se passe dans le monde, un peu, et au Pérou, beaucoup. Tu parles.

Vois-tu, ces deux chaînes, de grandes audiences pourtant, j’ai envie de les unir dans la médiocrité. Alors je leur crie mon indignation, parce que, vois-tu, elles prennent vraiment les gens pour des imbéciles. Et pire, crois-moi. Enfin, si tu regardes parfois – ce dont je doute – les chaînes de TV de Berlusconi en Italie, tu sais de quoi je parle. Médiocrité? Ce terme te viendra d’ailleurs à la bouche sitôt que j’aurai énoncé les titres développés l’autre soir, de 22 à 23 heures, dont 20 minutes consacrées à la pub. Et 5 au sport. Pauvres téléspectateurs. Encore heureux qu’il leur reste de rendre leur écran aussi noir que le contenu développé par ces canaux de TV. Puisque toux deux, s’étaient penchés sur les mêmes thèmes. Simplement à des moments différents de leur « journal ». C’est parfois comme cela le soir. Pas toujours, certes, mais souvent. Tu comprends pourquoi je zappe. Et avec quel plaisir je le fais. Me donnant comme ça de petites revanches, en me disant que c’est là mon privilège de téléspectateur que de leur imposer silence. De la boucler.

Avec ces quelques lignes qui vont suivre, je ne fais que reprendre ce que mes pauvres « compadres » péruviens ont eu à subir l’autre soir. J’ai beaucoup d’admiration pour eux, qui doivent s’informer, tenter de le faire, grandir avec et malgré cette boue. Et ils le font. En se démerdant. Je cite, pêle-mêle quelques titres développés: « Un employé jaloux assassine son épouse »; « Sommelier tué par balles »; « Un garagiste abat sa compagne »; « Elles se crêpent le chignon pour un homme »; Il tue son épouse puis se suicide »; « Une femme dirige un vol en agressant les passagers d’un bus sur la panaméricaine nord »; « Un gus tombe d’un balcon et se tue ». J’en passe. De la même fange. A croire que le sang fait vivre.

Tu saisis maintenant pourquoi je suis heureux parce qu’il fait soleil aujourd’hui. Comme tous les jours d’ailleurs. En principe. Cela permet d’ouvrir les yeux sur ce ciel azuré, de porter mon regard sur cet océan pas si Pacifique, et non sur les images et les commentaires plus que douteux de cette presse télévisuelle. Attends, ne zappe pas! Figure-toi que le lendemain, la presse de boulevard reprenait les mêmes titres, pas de noblesse, assurément, distillés avec leur pestilentielle sauce. A croire que la « boulevardisation » de cet type de journaux, qui sévit également en Suisse, ou ailleurs, a déteint sur les quotidiens d’ici, à Lima. Et jusqu’aux petites annonces, qui te permettent, si tu le désires, d’aller acheter des charmes. De s’encanailler pour quelques piastres.

Cette violence mise en pâture aux téléspectateurs et aux lecteurs péruviens banalise celle que les hommes se chargent de semer dans le monde. Inimaginable, la place accordée ici aux faits divers, avec des images souvent insoutenables. Et je ne parle pas des « journalistes », j’ai mis des guillemets pour faire plus vrai, des deux chaînes citées plus haut, qui deviennent tour à tour juges, flics, allant même jusqu’à interroger en direct les suspects, sous les yeux complaisants des caméras et des policiers. Ce qui me choque, vois-tu, au-delà de la forme et de cette conception journalistique, c’est que l’aiguille de l’heure tourne. Ne laissant pratiquement plus au temps de s’arrêter sur les autres régions du monde. C’est mathématique!

Je fais une pause. Pour respirer autre chose que ce fatras d’immondices, qui s’ajoute à la cruauté imbécile des hommes à l’oeuvre partout dans le monde, gouvernements y compris, qui jouent aux cons avec les citoyens de ce monde, et qui, plus souvent qu’à leur tour, font de l’usage de la force leur bras de fer pour s’imposer, sous prétexte de faire respecter l’ordre. De venir à bout du désordre que ces derniers ont pourtant grandement contribuer à fabriquer en raison de décisions politiques, économiques douteuses voire désastreuses, à coups de cynisme, forts de leur propension à prendre les gens pour des idiots. Justes bons à les élire, et encore, si ça se trouve. La violence, comme réponse à ce mépris, n’a certes jamais été une solution. Le silence non plus, ni la passivité. Pas davantage que l’absence de réponse. L’immobilisme.

Je sais, tu vas dire que j’enfonce des portes ouvertes, que tu connais tout cela. Mais il est bon de le rappeler. Parce qu’à mes yeux, le refus des puissants d’écouter ceux qui ne sont pas toujours en position de force pour se faire entendre est une autre forme de violence. Ceux qui affament les gens, laissent vides les ventres des oubliés, impunément qui plus est, qui se font les complices des pires injustices et inégalités, ne commettent-ils pas une autre forme de violence? La pire, peut-être, puisqu’elle engendre violences et révoltes. Dis, sincèrement, il faut être de mauvaise foi, où avoir la conscience en berne pour s’en étonner. Pour s’étonner que des gens sans perspective d’avenir, sans boulot, sans le sou et sans plus d’espérance en arrivent à se soulever contre ce qu’on leur impose, parfois inhumainement, au-delà de l’insoutenable, de la douleur. En d’autres termes, un perpétuel éphémère, un éternel provisoire.

A ce propos, les événements de ces derniers jours en Algérie, en Tunisie au Liban et en Egypte, qui touchent maintenant la Jordanie, pour ne parler que de cette partie du monde, actuellement sous le feu de l’actualité, en apportent une fois encore la preuve. J’en connais qui doivent trembler, si un autre régime devait se mettre en place en Egypte. Moins complaisant vis-à-vis de qui tu devines. Le vent du boulet souffle à ce point fort que l’un des acteurs qui peut tout craindre du soulèvement égyptien, j’ai nommé Tel Aviv, par la bouche du président israélien Shimon Pérès, estime, pour une fois avec raison, que l’instabilité au Proche-Orient, née des révoltes populaires en Tunisie et en Egypte, rend urgent un retour des Palestiniens et des Israéliens à la table des négociations. L’autre acteur, Washington, tu t’en doutes, qui voit avec inquiétude une de ses marionnettes échapper, dit, lui, vouloir un gouvernement égyptien représentatif. Dixit Obama. De quel droit, dis-moi, et représentatif de qui, de quoi. Un sacré culot, en vérité.

Et puis il y a cette violence, insidieuse et empoisonneuse, qu’injectent à longueur d’année dans « nos » démocraties occidentales les hommes de bonne conscience, qui donnent leur aval, par leurs bulletins glissés dans les urnes, le moment venu, à leurs représentants à l’Élysée, au Palais fédéral, sous la Coupole de Washington, à Londres, en Israël, en Russie ou ailleurs dans le monde, pour vendre des armes aux quatre coins du monde. Et mener leur petite cuisine sans égard pour la grande majorité de ce monde qui n’a que les yeux pour pleurer. Et encore. Et je ne te parle pas de la Chine, qui a institutionnalisé le mépris de l’homme par l’homme.

Tu vois, trop d’hommes politiques ont institué la dissimulation et le mensonge au nom des eaux troublées de la raison d’Etat, ont élevé la tromperie en dogme politique, au même titre que l’incompétence. Et si tu ajoutes le fait que c’est bien peu souvent qu’ils prennent les justes décisions, sauf pour les banques et les multinationales… Ces bombes à retardement semées tout au long des ans nous pètent aujourd’hui à la gueule. Ils s’en étonnent, les bougres, responsables de tant de misères et de m…, alors que ce sont eux qui ont creusé le nid de l’apprentissage à l’incompréhension, à la colère qui grandit jusqu’au trop plein. Et dire qu’ils prétendent s’étonner de l’absence de paix sociale, de paix dans le monde, qu’ils osent se dire stupéfait de ce qu’ils récoltent, après semé ce qui germe actuellement. C’est un peu comme si le torero s’en prenait au taureau, en le traitant de tous les noms d’oiseaux parce que ce dernier à oser l’encorner. Comme la colère du taureau contre celui qui le fait souffrir, veut l’abattre, celle que les hommes ressentent en raison des iniquités qu’ils subissent nourrit chaque jour un peu plus combats et violences.

A vrai dire, il n’en faut pas davantage pour alimenter le fanatisme et lever des armées de fanatiques. Et si tu ajoutes à ce cocktail détonnant de bêtises les déclarations intempestives de leaders religieux fondamentalistes, partout dans le monde, qui s’y connaissent pour attiser les haines… Et dire que ces gens osent prétendre agir sous la bannière de Dieu. Pas le Dieu qui existe, crois-moi, si réellement il y en a un. Cela au nom de leur vérité. Et tu sais ce que je pense des « Vérités ». Celles que l’on tente d’imposer, celles, par exemple, des islamistes, des hindouistes, des chrétiens et des catholiques. Dois-je te rappeler la colonisation de l’Amérique latine, l’inquisition menée par les dominicains, bras armés des rois d’Espagne pour l’imposer par le sang, cette « Vérité ».

En page 220 de mon livre « La balade d’une vie – parcours d’un insoumis », paru aux Editions Eclectica », j’écris, histoire de te le rappeler – mais peut-être ne l’as-tu pas lu, mon bouquin et dans ce cas, qu’attends-tu? -: « Mes coups de gueule accompagneront encore mes indignations, toujours aussi grandes que ne le sont, en proportions, mes émotions. Mes attendrissements et mes coups de coeur. Je continuerai à observer le monde, pour tenter de comprendre pourquoi les hommes n’apprennent jamais de leurs erreurs, pour m’insurger de la passivité des gens face aux tricheurs de ce monde, à m’étonner en constatant qu’intégristes et fondamentalistes prennent de plus en plus le pas au sein des religions, dans la « bataille » des idées défendues à coup de « vérités » qui tuent parfois, ou qui s’accommodent de plus en plus difficilement du temps présent. A me dire aussi que le miséreux a bien plus besoin de manger que de prier… histoire de ne pas arriver le ventre vide au Paradis. Et que le 11 septembre – sans parler de l’Irak, entre autres -, n’aurait peut-être jamais existé si les décideurs des « nations » avaient eu les c…, à défaut de courage, pour créer un Etat palestinien parallèlement à celui d’Israël ».

Tu vois, à mes yeux, le nœud de nos emmerdes n’est pas à chercher ailleurs que dans le deux poids deux mesures. Ou pas beaucoup plus loin. La guerre des six jours, puis les autres qui suivirent, y compris la dernière, en 2009, baptisée cyniquement « plomb durci », tellement durci qu’il a fait plus de mille morts, dont les deux tiers d’enfants, n’a rien fait d’autre que d’alimenter les haines. Plus de 60 ans de massacres, avec des réfugiés palestiniens qui le demeurent toujours six décennies plus tard, sur leur propre terre qui plus est, ont conduit aux prémices de cette haine, qui s’est développée, grandissante et grondante, assourdissante dans les coeurs des hommes, véritable courroie de transmission qui s’est peu à peu propagée dans le monde musulman. Et ailleurs. A mes yeux, il ne fait aucun doute que ces soixante ans d’injustices, d’intolérances, de violences, de mensonges, de mépris ce sont transformés en d’autres grosses bombes à retardement. Le problème est qu’elles nous éclatent à la face maintenant. La gestion assassine de l’Europe, des Etats-Unis et d’Israël des problèmes du Proche et du Moyen Orient n’est rien d’autre qu’une machine à fabriquer des terroristes dans le monde musulman. Des terroristes, prêts, aujourd’hui, ils le montrent quotidiennement depuis belle lurette maintenant, à frapper aveuglément partout dans le monde.

Les Nations-Unies, vois-tu, ont joué avec le feu, c’est le cas de le dire, en décrétant un Etat israélien, ainsi que ce royaume hachémite de Jordanie, créé de toute pièce aux dépens des Palestiniens, sans offrir la réciprocité à ces derniers, expulsés de leurs terres comme des pestiférés. Qu’ils sont du reste encore et toujours aux yeux de la majorité des israéliens qui, je te rappelle, ne cesse de mettrent en place des gouvernements qui ont autant envie de paix que des banquiers de jouer les philanthropes.

Et pourtant, vois-tu, je pense sincèrement qu’ils sont nombreux, en Israël à la vouloir, cette paix. Le problème est qu’ils ne parviennent pas à se faire entendre, dans ce pays où la surdité a été élevée en religion d’Etat. Tu vois, l’allégeance du monde occidental, je veux dire de l’Europe et des Etats-Unis à Israël est proportionnelle à la réserve de mauvaise conscience et de culpabilité que ces puissances ont emmagasinées pour les crimes nazis. Le malheur est qu’aujourd’hui les Palestiniens paient tout en vrac. Souffrent de cette mauvaise conscience, de la lâcheté des dites puissances, du racisme d’Israël, de sa propension à faire à d’autres ce qu’ils ont subi. A une échelle moindre, d’accord. Comme si la barbarie devait se juger en fonction du nombre. Du bon et du mauvais sang versé.

Je souhaite te dire quelque chose, que tu sais déjà, je pense. Juste pour te rafraîchir ce qu’il faut de ta mémoire, au cas où… La tienne… et celle de tellement d’autres. Comprenne qui pourra: à l’instar d’autres pays, vois-tu, Israël ne cesse de violer le droit international, de bafouer à qui mieux mieux les résolutions de ce machin appelé ONU. La différence, est qu’elles sont appliquées à la carte, ces résolutions. Comme les sanctions, toujours à deux vitesses. Oh, bien sûr, lorsque l’Etat hébreu, comme on dit, dépasse les bornes, plus souvent qu’à son tour, on entend ci et là de véhémentes condamnations. Le problème est qu’elles sont aussi molles qu’insipides. Des façades, histoire d’impressionner la galerie, en termes de théâtre. Je rigole à chaque fois que j’entends « Nous condamnons avec la plus extrême vigueur… ». Sauf que les sanctions s’abattent toujours contre les mêmes. Il faut bien impressionner le bon peuple. Je te le demande, y-a-t-il eu un jour une sanction appliquée contre Israël, contrairement à celles qui frappent d’autres pays, pas moins, mais pas plus coupables qu’Israël dans le domaine des violations du droit international .

Non, je ne suis pas d’accord avec toi. Je ne tombe pas dans le militantisme. Même à l’époque où je me battais pour donner au Jura son indépendance afin de l’éloigner de Berne, je puis t’assurer que j’ai toujours honni ce terme. S’intéresser aux autres, simplement aux autres, vois-tu, à ce qui touche notre vie ici, à l’environnement, au social, aux injustices et aux imbécilités que les hommes sont parfois enclins à cautionner, à leur incapacité chronique à dialoguer, à écouter, à partager un peu de leur savoir, au lieu de s’en servir pour écraser l’autre, les autres, à « compartir », comme on dit ici au Pérou, pour moi, ça n’est pas tomber dans le militantisme. Cela s’appelle s’indigner. Et les gens, vois-tu, ne savent plus s’indigner, à une époque ou même l’insoutenable paraît devenir une norme à laquelle la planète semble désormais s’être habituée. Passivement. Quoique de moins en moins dans le Sud de ce monde que les puissants et les puissances pensaient à jamais acquis à la soumission.

Bon, j’ai dit que je faisais une pause. Pour m’éloigner de mes pensées, afin de m’approcher du soleil qui étale ses rayons sans pudeur, et pourquoi serait-il pudique, notre astre d’or, dis-le moi. Une pause pour admirer mon bougainvillier, et, au-delà, ce parc que je me suis approprié, ces saules et ces palmiers qui y poussent. En paix, eux, crois-moi. J’ai tourné le bouton d’une radio limeña, spécialisée dans la diffusion de musiques latines, de la Terre de feu au Mexique. J’ai voyagé un peu partout, en Argentine avec Fabio et Piero, dans les Andes avec Yupanqui, mais aussi partagé le sentiment d’impuissance du petit negrito qui ne veut pas s’endormir à jamais, pour laisser son dernier souffle de vie se prolonger, le temps que sa mère s’en revienne des champs. « Duerme, duermete, negrito, tu mama esta en el campo, trabajando, trabajando. Le chocolat de sa maman, le petit negrito ne le verra ni le mangera. Il était un rêve, ce chocolat, qui le restera pour l’éternité. Et puis d’autres notes de musique, parfois grêles, langoureuses, passionnées, douces et voluptueuses comme la caresse d’une femme sur un corps qui semblait ne plus pouvoir en recevoir, musiques faites d’histoires qui me rappellent « un caballo que se va por el monte », qui parlent de « mis viejos que son mi sangre ». Avec « las  colegialas », je cours rejoindre une belle jeune fille dans son habit d’étudiante pour aller boire un jus sur la « Plaza de armas ». Je ferme les yeux. Et elle m’attend, souriante, avec ses beaux yeux d’adolescente offerts à l’ado que j’étais alors. Je suis un gros romantique, dans le fond, doublé d’un gros sentimental. Parce que je crois encore et toujours qu’il faut savoir aimer pour être aimé. L’apprentissage de l’amour, en quelque sorte, qui accompagne la mise en train de la vie, avec en sus l’initiation à la critique, pour oser s’insurger les moments venus, sans jamais s’imposer le silence lorsque les circonstances l’exigent.

Tu vois, pour en revenir à ma pensée qui vagabonde, et qui refuse de prendre la tangente, la fuite, la violence, en soi, est sans doute l’un des plus gros fléaux. Mais ce qui la provoque, cette violence, à mes yeux, est pire encore, sur l’échelle des irresponsabilités. Promesses et discours sont toujours aussi vides, allumettes et mèches, dès lors qu’ils ne sont pas accompagnés d’actes. La duplicité, qui règne en maître, ressemble fort à de l’arrogance, érigée en normes contre les hommes les plus vulnérables. Surtout si ceux-ci sont atteints dans ce qu’ils ont de plus cher: leur dignité. La faim et le désespoir, tu le sais aussi bien que moi, poussent à bout. Y compris à la révolte. La vulnérabilité du faible, de celui qui a été trompé, est d’autant plus abyssale, si tu ajoutes l’ignorance à son sentiment d’injustice. A force de vouloir mettre les gens à genou, on finit par les avoirs sur les talons, pour revendiquer ce qui leur semble juste d’obtenir: un peu plus de justice. Des leaders politiques et religieux se sont engouffrés dans ces portes ouvertes que sont les manipulations les plus odieuses, pour ériger l’intolérance en religion, pour pousser à l’irréparable, sous prétexte que ce sont là des exigences et des volontés dictées par le bon Dieu. Et là, je ne pense pas qu’aux fondamentalistes, musulmans ou autres.

Franchement, penses-tu sincèrement qu’il existe une différence entre des organisations comme l’Opus Dei, les intégristes hindous, musulmans ou juifs, dans leur façon d’appréhender l’autre, incapables de tolérance les uns envers les autres, parce que détenteurs de la Vérité, la leur? La différence, de taille, tu me diras avec raison, est que certains tuent au nom de cette Vérité dont je te parle plus haut, massacrent, ensanglantent les lieux censés être de prière. Le fanatisme conduit à cela. Surtout lorsqu’il est commandité ou consenti par ces mêmes leaders, par des instances dites religieuses, par des pouvoirs politiques, qui instruisent et instrumentalisent à coups d’obscurantisme les poseurs de bombes. En étant toutefois assez malins pour pousser lâchement des bougres à s’éclater avec le plus grand nombre possible, sans jamais donner l’exemple, si je puis dire. Mais dans le fond, dis-moi, sincèrement, qu’elle différence y a-t-il entre ceux qui tuent par haine de l’autre, ou ceux qui, comme au Chili ou en Argentine, trouvent en l’armée des intermédiaires pour faire le sale boulot, après avoir vendu des indulgences, sans jamais être capables d’en avoir, ou encore ceux qui, en Israël, prônent tout simplement la disparition physique de l’autre.

Remarque, je n’ai pas prononcé le mot extermination. J’ai pourtant en mémoire les déclarations du chef spirituel du parti Shass, le rabbin Ovadia Yossef, qui vouait un jour dans son prêche hebdomadaire à Jérusalem le président palestinien Mahmoud Abbas et son peuple aux gémonies. Appelant de ses vœux à sa disparition. Le rabbin Yossef, dont le parti religieux ultra-orthodoxe est l’un des piliers de la coalition gouvernementale du Premier ministre Benjamin Netanyahu, s’exprimait en 2010, à quelques jours de l’une de ces nombreuses négociations directes dites de paix avec les Palestiniens, « suspendues depuis 20 mois », ose-t-on dire et écrire le plus sérieusement du monde. «Que tous ces méchants, lançait ce triste individu, qui haïssent Israël, comme Abou Mazen, alias Abbas, disparaissent de notre monde! Que Dieu les frappe de la peste ainsi que ces Palestiniens méchants et persécuteurs d’Israël». Rien que cela. Il a une sacrée image de Dieu, ce type là, ce terroriste. Car on l’est aussi avec de tels mots. L’intolérance et la folie, voilà ce qui les réunit, ces faux soldats du bon Dieu. Pas surprenant, que derrière ces propos, ajoutés à d’autres, aient un jour donné naissance à cette mouvance islamique, abreuvée de ces propos incendiaires.

Je suis surpris que tu te surprennes dès lors des actes odieux et des extrémismes que l’actualité du monde nous restitue. Comment, dis-mois, comment s’étonner des massacres dans les mosquées au Pakistan, de l’insistance de milliers de fanatiques pour que ne s’abroge pas dans ce pays la loi sur le blasphème? Comment s’étonner de l’influence exercée en Afghanistan par des talibans d’un autre monde?; de la possible lapidation d’une femme en Iran?; des attaques dont sont victimes les chrétiens en Irak, et je ne parle pas des massacres entre sunnites et chiites dans la région… ? Comment s’étonner des tueries en Egypte contre des coptes qui prient différemment que leurs voisins musulmans, avec d’autres mots, je veux dire; Comment s’étonner enfin du soulèvement égyptien contre l’affreux Moubarak, allié privilégié de Tel Aviv et de Washington, dont la fortune faite sur le dos du peuple est estimée à quelque 50 milliards de dollars. Et plus si ça se trouve. Si tu prends, au hasard des noms qui me viennent à l’esprit, par exemple les fortunes cumulées de Moubarak, de ses gamins, de sa mousmé, du demeuré pour lequel la France et l’Italie de Berlusconi ont déroulé le tapis rouge, j’ai nommé le Libyen Kadhafi, du voleur tunisien Ben Ali, eh bien, crois-moi, tu construits des hôpitaux et des écoles, dans toute l’Afrique, du Nord au Sud, avec cahiers, livres, gommes et crayons de couleurs pour l’ensemble des gamins. Et je ne parle pas des routes pour mener à ces écoles. Je n’ai pas fait le calcul. Mais je ne dois pas être loin du compte. Va savoir si on ne pourrait pas inclure encore les besoins en matière de santé pour les populations de ce contient.

Comme tu le sais, j’ai passé une partie de ma vie, la première, surtout, à courir le monde. Et le terme n’est pas exagéré, vu que j’ai visité la planète terre dans sa rondeur, du Proche-Orient au Moyen-Orient, de l’Inde à l’Asie, du Japon à l’Australie, de l’Amérique du Nord à l’Amérique du Sud en passant par le centre de ce continent. Et cela en stop. En auto-stop et en bateau-stop si tu préfères. C’était en 1966. Ce rappel n’est pas gratuit. Car il me force à me souvenir que j’ai sillonné les routes de l’Irak, de l’Iran, de l’Afghanistan et du Pakistan en toute tranquillité. Tout au plus le Pakistan et l’Inde avaient-ils déjà pris la mauvaise habitude de se détester. Les séquelles de la colonisation anglaise. Bref. La paix régnait sur ces pays comme un jour de soleil dans le désert. Alors, dis le-moi, crois-tu que ce voyage là serait possible aujourd’hui? J’ai bien compris ta réponse. Et avec toi je le regrette. Et tout cela pour quoi? Peut-être ne seras-tu pas d’accord avec moi. C’est là ton droit. Les gens qui ne partagent pas mon avis ne sont pas pour autant mes « ennemis ». D’autant moins qu’ils suscitent en moi le débat, la remise perpétuelle en question. Imagine une partition commune à tous les hommes. Il n’y aurait rien de plus chiant. Je n’ai pas appris l’intolérance sur les routes de mon université à moi. Le monde. Ma richesse.

Bref, si tu ajoutes aux décisions unilatérales prises en faveur d’Israël au détriment des Palestiniens, la cynique croisade des Bush en Irak, celles de leurs suiveurs, puis le bourbier afghan, tu obtiens dans l’addition de ces actes autant d’actes constitutifs à la naissance puis au développement du terrorisme musulman dans le monde, que nos politiciens mettent à la sauce d’Al-Qaïda à tous moments. Par facilité, pour désigner des coupables, sans jamais se responsabiliser. Il n’y a pas plus dangereux que le ressentiment, dès lors qu’il trouve à travers les exactions un terrain fertile pour se développer.

Non, je ne me tairai pas. Pourquoi devrai-je faire silence sur ce que tout le monde pense, sauf dans les capitales en Europe et aux Etats-Unis, par peur de heurter. Et de voir fondre sur eux, par exemple, la vindicte juive dans le monde. Faut-il te rappeler que je n’ai de ma carrière de journaliste, guère entendu l’une ou l’autre association, revendiquer le droit des Palestiniens à l’existence. Il est vrai qu’on n’entend pas davantage les musulmans qui ont fait du monde occidental leur terre s’insurger contre la charia, les lapidations, les crimes « d’honneur ». Et je ne parle pas de la grande masse des catholiques, la grande majorité, qui ont cessé de crier, parce que désormais indifférents aux décisions romaines, ni du protestantisme, qui glisse lentement mais sûrement vers le pentecôtisme le plus charismatique, pour se confondre avec les sectes qui fleurissent avec leurs étroites certitudes. Je te le disais, et ne le dirai jamais assez: intégrisme et fondamentalisme ont aujourd’hui largement pris le pas au sein des religions, parce qu’ils profitent pleinement du silence assourdissant des autres. De tous les autres. Sans compter les indifférents.

Tu vois, les imbéciles qui n’ont pas su prendre les bonnes décisions dans les moments importants de ces 60 dernières années, n’ont jamais réussi à penser plus loin que leur bout de nez. Et l’héritage de leur désinvolture, de leur pitoyable ignorance des réalités du terrain, est aujourd’hui désastreuse pour les Palestiniens, les coptes d’Egypte, les chrétiens en Irak. Et je ne te parle pas du merdier libanais, ni des femmes afghanes, qui subissent l’obscurantisme de ces exaltants de l’absurde que sont les talibans, mis en place, dois-je te le rappeler, par l’administration américaine, à l’époque, pour lutter contre l’invasion soviétique en Afghanistan. Je ne te parle pas davantage de ma conviction, à savoir qu’un Mahmoud Ahmadinejad ne serait aujourd’hui pas à la tête de l’Iran. Ce sont bien les décisions erronées de nos chers pays qui l’ont mis au pouvoir, en donnant à ceux qui l’ont placé à la tête du pays assez de rancœur et de colère contre nous pour mettre en place ce triste personnage. Je ne te parle pas non plus de l’Afrique, de son découpage, par les Nations, à l’époque, de sa décolonisation de façade avec des fantoches, marionnettes manipulées, par la France, notamment, mis en place dans nombre de pays africains, y compris en Côte d’Ivoire et au Cameroun. Sans compter la propension maladive et chronique des puissances occidentales à se tromper, elles qui n’ont pas su gérer l’après Tito dans les Balkans. Et que dire de la Russie et de son tsar Poutine, empêtrés dans leur bourbier tchétchène et caucasien, et qui pousse la mauvaise foi jusqu’à s’étonner qu’à leur terrorisme d’Etat ait répondu un terrorisme pas moins aveugle. Vois-tu, aussi loin que remonte ma mémoire, je crois me souvenir que j’ai toujours refusé de mettre bourreaux et victimes sur un pied d’égalité. Et cela vaut aussi pour l’Amérique latine. Décidément, les hommes n’apprennent pas de leurs erreurs.

Tiens, à propos de l’Amérique latine: sache qu’il y en a encore deux. Deux? Deux pays de plus à reconnaître la Palestine. Cela n’a guère valu que quelques lignes d’agence, et une bien timide reprise de la nouvelle. Pourtant, l’info est bien réelle, digne d’un éclairage. Mais la presse, écrite ou parlée, préfère le grand écart. Silence, ne pas déranger. Cela ne doit pas te surprendre. Pourtant, deux nouveaux pays sud-américains, le Chili et le Pérou, viennent en effet à leur tour de reconnaître la Palestine comme Etat. Un Etat libre et indépendant. Avoue que ce n’est pas rien. D’autant que l’Uruguay a d’ores et déjà annoncé qu’il en ferait de même ces prochains temps. Et que des pays comme l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Paraguay, l’Equateur, le Vénézuela l’ont fait depuis un moment déjà.

Aujourd’hui en Amérique du Sud, il ne reste plus guère que la Colombie à ne pas avoir fait le pas, ce qui n’étonne pas, vu son allégeance à Washington. Elle est la seule, avec… le Surinam et la Guyane, colonie française d’un autre monde. Dans la partie centrale du continent américain, en plus de Cuba, le Nicaragua et le Costa Rica reconnaissent eux aussi la Palestine. A ce jour, seuls le Mexique, le Guatemala, le Honduras, et le Panama n’ont pas emboîté le pas.

Cette vague sans précédent de reconnaissances latino-américaines alarme bien entendu Israël. Ces décisions font surtout ressortir la différence de sensibilité entre les capitales de l’Union européenne et Washington d’une part, et l’Amérique latine de l’autre, en ce qui concerne la Palestine, notamment. Une Amérique latine bien loin d’être à la solde des communautés juives, et qui montre à l’envie son démarquage politique avec le Nord de ce continent. Ces initiatives suscitent bien entendu la désapprobation de Washington. Les Etats-Unis observent avec surprise que leur réserve d’Indiens latinos joue désormais sur un autre registre aujourd’hui. Pour le Département d’Etat américain, « toute action unilatérale – réd.: en ce qui concerne le dossier israélo-palestinien – est contre-productive ». Contre-productive? Cynisme et mauvaise foi se conjuguent. Et si Washington proposait, de concert avec l’UE, une action « productive », ne serait-ce que pour faire en sorte de ne plus entendre le ministre israélien des Affaires étrangères Avigdor Lieberman? Ce dernier estimait en effet récemment qu’il faudra « au moins une décennie » avant « un accord politique » israélo-palestinien. Quant à la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, elle ne fait rire personne. Elle a réagi à la destruction récente par Israël d’un ancien hôtel à Jérusalem-Est, chargé de symbole pour les Palestiniens, en relevant que cela compromettait le processus de paix. Dis, de quel processus parle-t-elle. Et surtout de quelle paix? Celle des cimetières sans doute. A faire pleurer le bon Dieu.

En parlant du bon Dieu, et ce sera ma conclusion, ou à peu près, tu sais que je suis un grand bavard, j’ai pris connaissance avec plaisir de la réaction du prêtre et poète progressiste nicaraguayen, Ernesto Cardenal, pilier de la Théologie de la Libération en Amérique latine, en apprenant la béatification de Jean Paul II le 1er mai prochain. Il a osé la critique, lui qui a connu ce pape lors de son voyage au Nicaragua, à l’époque où son frère, religieux également, était ministre du gouvernement sandiniste.

Jean Paul II, qui n’en était pas à une contradiction près, et pour qui toute chose un peu plus à gauche que les socialistes français ou suisse était à bannir, à combattre, avait montré du doigt ce brave ministre idéaliste, qui croyait au changement.

Souviens-toi, c’était en 1983. Jean Paul II avait blâmé en public Cardenal, alors ministre du gouvernement révolutionnaire sandiniste (1979-1990), lui demandant, avec un doigt accusateur et une main agitée comme pour signifier à un enfant qu’il aura droit à une fessée s’il continue de désobéir. Ce même pape encensait quelques années plus tard le Chilien Pinochet, le ressuscitant politiquement en plaçant dans ses mains rouges de sang d’assassin la communion lors de sa visite à Santiago. Un Pinochet, dois-je te préciser, à l’extrême opposé de l’échiquier politique de Cardenal, mais tellement dans la droite ligne de Jean Paul II. Comme le fut Videla, Pinochet combattait le marxisme en éliminant les opposants, pourtant, pour beaucoup, aussi catholiques que la bonne vieille curie romaine. Mais à gauche. Assez pour justifier cette inquisition, ce nettoyage politique à coups de tortures et de meurtres, bénis par la hiérarchie catholique.

Dans une conversation téléphonique consentie à l’AFP sitôt la date de béatification de l’homme venu de l’Est connue, Ernesto Cardenal allait reprocher avec raison à Jean Paul II d’avoir fermé les yeux sur des cas de pédophilie. “Comment peut-on sanctifier celui qui a protégé le père (Marcial) Maciel et son ordre des Légionnaires du Christ?”, s’est insurgé Cardenal. Dois-je te rappeler le triste personnage que fut de son vivant le fondateur mexicain de cet ordre, Marcial Maciel, décédé aux Etats-Unis en janvier 2008, à l’âge de 87 ans. Contraint par le Vatican à quitter ses fonctions, après avoir été protégé par le futur saint, que le bon peuple romain voulait, je cite, « santo subito ». Saint tout de suite. Pourquoi pas, lorsque l’on sait que Balaguer l’a été. Et tout de suite, lui aussi. De quoi dénaturer la notion de saint. Si tant est qu’elle a une valeur aux regard de Celui que certains hommes d’Eglise sont censés représentés sur terre.

Fasciné par le fourbe, par l’odieux Père Maciel, Jean Paul II “l’avait érigé en modèle pour la jeunesse en 1994. Or, ce bonhomme, au bénéfice de son titre de prêtre, a été la cible, à plusieurs reprises au cours de sa vie, d’accusations graves avérées: trafic et consommation de drogues, pédophilie, abus sexuels sur de jeunes séminaristes. On lui connaît au moins quatre enfants issus de deux femmes. Abuseur, pédophile, odieux, mais charismatique et bien dans la ligne de Jean Paul II qui aimait à se mortifier à coups de fouets. Pour le plaisir de souffrir, en se donnant l’illusion du martyre. Quelle prétention! Et quelle insulte faite aux malades, qui souffrent dans leur chair les tourments de leurs maux. Bref, pour en revenir à Maciel, la Congrégation pour la doctrine de la foi fut saisie de ces nouvelles accusations. Jean Paul II gela pourtant l’instruction de ce dossier, selon des informations publiées en 2006 par le quotidien français La Croix, d’obédience catholique.

« Santo Subito »? Pour avoir proclamé saint l’un des pires acteurs de l’Eglise catholique, le fondateur de l’Opus Dei, Balaguer, l’ami de Pinochet et Franco? Tu sais, des gens comme Oscar Romero, assassiné il y a plus de vingt ans parce qu’il s’opposait, dénonçait, réprouvait des régimes militaires impitoyables dans leur répression contre le petit peuple, ne sera jamais proclamé saint. Il n’avait pas de sang sur les mains, lui. Reste que je ne suis pas certain, ni même pas du tout convaincu de l’orientation que Rome donne pour affubler du titre de « saint » des hommes qui ont plus servi l’ambition des hommes que la cause du ciel.

Je terminerai cette balade de vie par ce conflit qui agite encore et toujours le Chili et la Bolivie, pays qui est à l’Amérique latine ce que la Suisse est à l’Europe: sans accès direct à la mer. L’affaire a connu ses jours une relance, et les tribunaux internationaux pourraient bien être appelés à trancher. La Bolivie, pour rafraichir ta mémoire, alors alliée au Pérou, avait dû céder ses provinces maritimes au Chili après sa défaite lors de la guerre du Pacifique, en 1879. La Paz continue à réclamer un accès à la mer, avec un corridor qui partirait du pays andin pour arriver à l’Océan Pacifique. Ce que refuse encore et toujours Santiago. Le gouvernement s’obstine. Et son « niet » pose problème. Ce ne serait pourtant pas la mer à boire que de céder un bout de terre aride ni habité. Sans valeur aucune. Mais qui représenterait tellement pour le débouché économique de la Bolivie.

La bêtise des gens m’a toujours effrayé. Et davantage encore lorsqu’elle émane des dirigeants d’un pays. Au moins le Pérou s’est-il montré plus conciliant avec son voisin, plus solidaire: en octobre 2010, le président bolivien Evo Morales et son homologue péruvien, Alan García, ont signé un accord de relance économique, concédant à la Bolivie un accès permanent vers l’océan Pacifique via le port de Ilo, au Pérou. Un point d’ancrage maritime, certes, encore faut-il y parvenir. Mais c’est là une autre question.

Dans ma prochaine lettre, je vais te surprendre…

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