Afrique, une fumeuse ONG qui est un drôle de vecteur pour Berne


Pourquoi le Département fédéral des affaires étrangères a-t-il besoin d’un vecteur tel que l’Organisation de la presse africaine, une fumeuse ONG basée à la fois à Dakar et à Lausanne, pour diffuser ses messages sur le continent africain? Un exemple parmi beaucoup d’autres illustre cette étonnante confusion des genres que Berne cautionne, soit dit en passant en compagnie de plusieurs gouvernements occidentaux.
Daté du 3 mars 2011, figure sur le site de l’Organisation de la presse africaine (OPA) un texte marqué du sceau très officiel de la Confédération helvétique, soulignant le soutien humanitaire consenti par Berne aux réfugiés de Libye. Le communiqué de presse est carrément signé APO, le sigle anglophone de l’OPA. Un thème tout à fait dans l’air du temps, vu le climat insurrectionnel qui règne dans le Maghreb, mais qui n’en étonne pas moins quand on connaît la vocation véritable du support d’information. En réalité, l’OPA n’est rien moins qu’une agence de communication au service de certains gouvernements africains et pas des moins autoritaires.
Porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), Jenny Piaget nie tout problème. «Dès le moment où un communiqué du DFAE est publié, soit accessible à tout un chacun sur internet, nous ne voyons pas d’obstacle juridique à ce que l’Organisation de la presse africaine publie un tel communiqué, tant que la source est clairement citée.»

Est-ce à dire que Berne a oublié l’événement des 10 et 11 décembre 2007? Ce jour-là, Nicolas Sarkozy reçoit en grande pompe à Paris Mouammar Kadhafi. Le dictateur libyen exige qu’une tente soit dressée sur la pelouse de la résidence de Marigny où sont accueillis les hôtes de marque. L’organisateur de la cérémonie n’est autre que l’OPA, révélait alors feu la «Lettre hebdomadaire du Journal de Genève et Gazette de Lausanne». L’ONG se vante de disposer d’une liste de 25 000 contacts médiatiques, mais elle réussira l’exploit de braquer contre elle des journalistes africains en poste à Bruxelles. Réduits à jouer le rôle de potiches, ces représentants des médias durent rebrousser chemin sans même avoir aperçu le turban du «leader de la Révolution».

Une opération qui vaudra à Nicolas Pompigne-Mognard, 35 ans, secrétaire général de l’OPA, le sobriquet de «communicant de Kadhafi à Paris».
Ce Franco-Gabonais, qui a épousé la fille d’un magnat du manganèse, fait valoir ses contacts à l’Elysée pour briguer un poste de député dans le Tarn-et-Garonne où il contrôle également un groupe de presse, le «Petit Journal». Avec «La Liberté» qui l’a contacté, M. Pompigne-Mognard se montre toutefois très peu disert, pour ne pas dire carrément embarrassé. «Non, nous ne travaillons plus pour Libye.» Pour d’autres dictatures africaines? «Certains de nos mandats sont confidentiels, comme nous l’indiquons sur notre site internet.»
Article paru dans “La Liberté” du 5 mars 2011

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