Cacao, “les événements en Côte d’Ivoire nous causent beaucoup de souci”


La Libye a le pétrole et la Côte d’Ivoire le cacao. L’enjeu, dans les bouleversements en cours en Afrique, se déplace sur ces matières premières, cible de la convoitise des uns et des autres. En Côte d’Ivoire, théâtre d’affrontements entre les partisans du vainqueur des dernières élections, Alassane Ouattara et ceux de son rival Laurent Gbagbo, la bataille pour le contrôle de l’or brun se traduit par des sommets inégalés du cours du cacao dont la Côte d’Ivoire est le principal producteur mondial.
Le premier à tirer a été Alassane Ouattara. Le 24 janvier, il signait un décret exigeant l’arrêt immédiat de toute exportation de café et de cacao. Une mesure sans grand effet jusqu’ici, destinée de toute évidence à empêcher son concurrent déchu de regarnir son trésor de guerre avec les revenus de la première ressource du pays. Mais Laurent Gbagbo ne l’entend pas de cette oreille. Mardi, il annonçait la prise de contrôle par l’Etat de la filière cacao, une nationalisation pure et simple.
Nestlé se dérobe
Dès lors comment réagissent les fabricants de chocolat, Nestlé, Kraft et Callebaut en tête, qui importent 35% du cacao de Côte d’Ivoire? Analyste financier à la société de courtage Helvea, Andreas von Arx juge la situation encore sous contrôle de la part des grandes multinationales du chocolat. Pour l’heure, elles vivent des réserves engrangées lors de la première récolte de la fève brune, entre novembre et février, particulièrement abondante. Mais il ne faudrait pas que le conflit s’éternise. Nul ne peut prédire, en effet, si une faction ou une autre ne serait pas tentée de mettre la main sur les fabriques des groupes étrangers. «Il règne une grande incertitude, c’est sûr», commente le spécialiste.
Interpellés quant aux conséquences de la nationalisation du cacao sur leurs affaires, lesdits fabricants de chocolat se dérobent. Nestlé, qui réalise 10% du chiffre d’affaires dans la branche et contrôle une fabrique de chocolat à Broc, employant 400 personnes, invite quand même son interlocuteur à contacter Caobisco, l’association faîtière européenne, basée à Bruxelles. Où la secrétaire générale, Sabine Nafziger, confirme la difficulté d’émettre un pronostic en l’absence d’informations fiables sur l’évolution de la situation.
«Les événements en Côte d’Ivoire nous causent beaucoup de souci. Pas seulement pour les salariés du secteur, mais aussi pour la chaîne de valeur, au niveau de la durabilité, des conditions de travail et des bonnes pratiques de gouvernance agricole», dit-elle.
Abonnée aux miracles
Abonnée aux miracles, l’industrie du chocolat se remettra-t-elle de l’actuelle crise comme elle s’est remise de la guerre civile qui ravagea la Côte d’Ivoire en 2004? On peut imaginer que les fabricants, qui ne sont pas tombés de la dernière pluie, ont anticipé cette fois les événements. Les élections en Côte d’Ivoire étaient prévues depuis longtemps et l’on pouvait redouter qu’elles dégénèrent. Mais il n’en reste pas moins que la Côte d’Ivoire demeure envers et contre tout le premier producteur de cacao, loin devant le Ghana. Un arrêt des livraisons de fève brune ne manquerait pas d’avoir des répercussions importantes sur le prix du chocolat dont le Suisse est le plus grand consommateur mondial.
«L’Afrique est le continent des impondérables. Beaucoup de crises finissent par s’y résorber, il faut espérer qu’il en sera de même cette fois-ci», prie Mme Nafziger. Comme elle, d’autres acteurs de la filière du cacao misent sur une issue du conflit avant la prochaine récolte du cacao, qui débutera à la fin du mois de mai. Sinon il faut s’attendre à de graves problèmes.
Article paru dans “La Liberté” du 10 mars 2011

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