Blocher, un sursaut inattendu


Voici donc que le citoyen B. revient sur le devant de l’arène politique.

Un come back qui n’en est pas vraiment un si l’on pense qu’il n’a jamais cessé de gesticuler depuis qu’il a été chassé du Conseil fédéral. Un faux retour aussi au sens où les lois du spectacle supposent que de telles réapparitions soient faites avec des numéros renouvelés, alors que le châtelain de Rhäzuns n’a manifestement pas changé le disque.

Voilà qui banalise singulièrement l’événement, n’était la fascination morbide que les médias continuent à avoir pour le personnage. On en voit même qui, jusqu’ici signalés par leur insigifiance, se lâchent à la nouvelle montée de l’astre blochérien. «Les héros ne meurent jamais», a-t-on dû lire vendredi en éditorial des deux quotidiens les plus répandus dans le bassin lémanique. «Mythe vivant de la politique suisse, mortellement humilié en 2007, Christoph Blocher est donc de retour…» Et ainsi de suite. Mais arrêtons.

Paradoxalement, le seul aspect novateur de la démarche n’a guère été souligné. C’est la première fois, de très longtemps en tous cas, qu’un «ex» de cette catégorie entend rebondir par le biais parlementaire. Alors que la pratique est monnaie courante dans d’autres pays, l’argument «chez nous cela ne se fait pas» suffisait à décourager toute velleité. Sur ce point l’initiative ne saurait lui être reprochée. Il eût été en réalité intéressant qu’un Adolf Ogi, une Ruth Dreifuss ou un Pascal Couchepin, pour en citer parmi les meilleurs de ces dernières années, se refassent une telle carrière après le Conseil fédéral. C’est d’autant plus dommage qu’ils ne l’aient pas fait que cette réserve générale n’a pas empêché le Zuricois de se lancer. Alors que tout de même, lui, on aimerait lui voir définitivement les talons!

Autre particularité de la démarche blochérienne, sa prétention d’orchestrer une «campagne nationale» de conquête du Conseil des Etats. Passons sur le terme «national» pour examiner les concepts véhiculés, dont il faut souligner la parfaite contradiction. Le Conseil des Etats étant censé exprimer la spécificité des cantons, c’est nier d’entrée de cause la spécificité de ces cantons que de faire de cette Chambre l’objet d’une campagne «nationale». Et notez l’indigence de la thématique. Au lieu de réfléchir sur le fait, bien connu, que le Conseil des Etats fait mal son travail de représentativité régionale, on exhale des obsessions antigauche, se plaignant d’une prétendue prépondérance du Parti socialiste qui y occupe huit fauteuils sur 46…

Selon un hebdomadaire alémanique, ces énormités ont fait réagir des sénateurs UDC, qui insistent sur la prééminence de leurs thématiques cantonales et expriment même un refus de se soumettre à une uniformisation. C’est un comble. Le suissisme, conception d’une Suisse avançant au pas cadencé, dont Blocher est l’un des hérauts, mais où il est très proche du reste de l’officialité, les médias en sont en général tellement englués qu’ils n’ont pratiquement pas réagi à cet aspect de l’offensive blochérienne. Et il faut que le sursaut vienne des rangs même de l’UDC. Un comble, ou un espoir.

Article paru dans Courant d’Idées

 

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