Passivité jurassienne


Le canton du Jura privilégie ses relations avec les communautés lointaines de langue française et avec quelques pays de l’Est européen et d’Afrique. Cela ne justifie toutefois pas sa relative timidité dans ses rapports avec ses voisins immédiats suisses et francs-comtois.

Selon l’article 4 de sa constitution, «La République et Canton du Jura collabore avec les autres cantons de la Confédération suisse. Elle s’efforce d’assurer une coopération étroite avec ses voisins. Elle est ouverte au monde et coopère avec les peuples soucieux de solidarité.»

Il y a semble-t-il loin de la déclamation (avec la lettre m et pas la lettre r) aux actes. Je dis bien déclamation et non déclaration car le texte en question engage peut-être ses auteurs (ici les constituants) mais pas nécessairement les «acteurs» qui doivent aujourd’hui l’interpréter.

Un exemple? Vendredi 8 avril dernier se tenait à Yverdon-les-Bains la troisième édition de la plateforme de concertation de l’Arc jurassien suisse. Connaissez-vous un autre lieu que l’Arc jurassien où la collaboration avec les autres cantons de la Confédération, où la coopération étroite avec ses voisins, où l’ouverture au monde pourraient être le plus évidemment réalisables? Si la question est posée, c’est parce qu’à cette rencontre, aucun élu jurassien, ni cantonal (à l’exception du ministre Michel Probst, membre du comité exécutif), ni communal, n’a jugé utile de s’y rendre!

En revanche, plusieurs députés et membres d’exécutifs communaux des trois autres cantons membres de l’association Arcjurassien.ch (Berne, Neuchâtel et Vaud) ont participé à ces assises. Même s’ils n’ont pas tous une Commission parlementaire chargée explicitement des affaires extérieures.

Il y avait néanmoins, c’est vrai, quelques Jurassiens: des membres de la fonction publique, tous du Département dirigé par Michel Probst, et quelques électrons libres, notamment associatifs, travaillant déjà au niveau inter-cantonal et intéressés par les sujets débattus.

À quoi doit-on attribuer ce manque d’intérêt des élus du Jura? À une forme de nombrilisme ? À la suffisance? À un manque de vision prospective? À une paresse intellectuelle? À un fatalisme qui leur ferait croire que tout projet commun dans l’Arc jurassien est voué à l’échec? À des préoccupations exclusivement centrées sur le local ? Il y a un peu de tout ça, à des degrés divers, dans l’absentéisme jurassien.

Et pourtant! Quelques jours après, on apprenait qu’Olivier Guéniat, chef de la police judiciaire neuchâteloise, était nommé chef de la police cantonale jurassienne (en remplacement d’Henri-Joseph Theubet, «démissionnaire»). Et qui plus est, Olivier Guéniat a reçu mandat d’étudier la possibilité d’une fusion à terme des polices de ces deux cantons. Un sujet éminemment politique.

Sur un autre front, les Jurassiens se disent très attachés aux collaborations impliquant le canton du Jura et le Jura bernois, souhaitant même explicitement la réunion de ces deux entités au sein d’un même canton. Nous utilisons ici la formule «se disent» et pas «sont très attachés» (encore cette distance entre le dire et le faire), car le doute est permis pour les raisons évoquées plus haut.

Il y a encore, bien sûr, la formation des enseignants au sein de la HEP BEJUNE et celle des ingénieurs à la HE ARC, dont les ministres cantonaux des départements concernés ont la charge. Un peu seuls? La question se pose en effet car on ne sent pas une grosse implication de la classe politique (notamment jurassienne) dans la gestion de ces institutions inter-cantonales. À décharge reconnaissons que le contrôle démocratique de ces «usines à gaz» n’est guère possible. Sauf peut-être lors du vote parlementaire des lignes budgétaires concernant ces lieux de formation. Et encore!

Or l’Arc jurassien a un urgent besoin d’une politique visionnaire autant que volontariste et d’une unité d’action pour assurer son avenir. La création d’un canton de l’Arc jurassien doit justement permettre de rendre visible autant qu’efficace le pouvoir politique de décision et de gouvernance, d’en assurer le contrôle par les élus du peuple et par les citoyens et de faciliter la mise en œuvre de projets communs d’investissement et de développement. 

Article publié dans “Courant d’Idées

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