L’illusion Hildebrand


Un Suisse à la direction générale du Fonds monétaire international?

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

Le premier à poser la question a été Oskar Freysinger dans un billet publié début mai par le magazine genevois «Banque & Finance». Le député valaisan y brocardait la BNS, accusée de délier sa bourse au profit d’intérêts internationaux. Il se demandait si Philipp Hildebrand, président de la BNS, ne visait pas le poste de Dominique Strauss-Kahn. C’était avant le tohu-bohu provoqué par l’arrestation du directeur général du FMI aux Etats-Unis.

Le 18 mai, la Radio romande a relancé l’idée d’une candidature de Philipp Hildebrand. Le Genevois se voyait désigné par deux économistes lémaniques comme un bon compromis possible, un arbitre entre les pays riches et pauvres, un interlocuteur moins bling-bling que DSK. Son handicap : il n’a pas d’expérience dans un pays en crise et n’émane pas du sérail politique. Le 19 mai, le  journal allemand «Die Zeit» repassait la pommade : un Suisse à la tête du FMI: pourquoi pas?

Les chances d’un Suisse sont-elles réelles? Il est vrai que la Suisse a pris de la bouteille au sein du FMI depuis son accession, en 1992. Représentée au comité exécutif, le saint des saints de l’institution, elle dirige un groupe de vote pour le moins baroque avec l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Pologne, la Serbie, le Tadjikistan et le Turkménistan. Ensemble, tous ces pays pèsent à hauteur de 2,82% dans les décisions du FMI. Respectable, mais le problème, pour la Suisse, est que sa quote-part n’augmente pas. En outre,  son influence s’atténue par le fait que des voix s’élèvent en Helvétie même pour troquer le siège au FMI contre un fauteuil d’observateur au G20.

De fait les hypothèses visant à faire du numéro un de la BNS le commandant en chef du premier bailleur de fonds de la planète ressemblent à un ballon d’essai et ne reflètent pas le rapport des forces sur le continent. Face au « cartel » européen et ses poids lourds ministériels, la Suisse n’a pratiquement aucune chance. Un signe de cette illusion est la passivité de Berne qui ne donne pas le moindre indice permettant d’accréditer la thèse d’une candidature helvétique. Sur ce point précis, la position officielle du Département fédéral des finances se traduit par un silence éloquent.

La Liberté” du 20 mai 2011

 

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