Nucléaire, quand les rédacteurs de “La Liberté” ferraillaient à la “une”


Le Conseil national suit le gouvernement, la Suisse sort du nucléaire. Il aura fallu huit années et une catastrophe majeure pour que l’opinion bascule du tout au tout. En mai 2003, la population suisse rejetait encore sèchement deux initiatives antinucléaires. La plupart des médias ne l’en avaient pas dissuadée. Au sein de « La Liberté », la question avait donné lieu à un débat nourri. Le 9 mai 2003, le quotidien romand édité à Fribourg publiait en Une deux éditoriaux aux conclusions en grande partie opposées. Ce sont ces textes que « La Méduse » republie aujourd’hui. Sentent-ils la naphtaline ? Aux lecteurs de juger. Réd.

 

NON AU SUICIDE, OUI AU COURAGE

 

ROGER DE DIESBACH

 

L’énergie nucléaire n’est pas une solution d’avenir, d’autant moins que les risques d’accidents augmentent avec l’âge des centrales, et que le stockage des déchets irradiés n’est toujours pas réglé. Mais supprimer les cinq centrales nucléaires suisses d’ici 2014, comme l’exige l’initiative «Sortir du nucléaire», sacrifie tout sur l’autel de l’idéalisme. Nous refusons sèchement cette initiative excessive, car si nous devons à nos enfants une révolution antinucléaire, il faudrait la mener sans sabordage collectif, en évitant de scier la dernière branche sur laquelle notre économie est encore assise.

 

Supprimer en 10 ans 40% de notre production d’énergie et les remplacer par de l’énergie sûre et écologique serait sans doute possible pour un pays qui n’aurait que cela à faire, pourrait y consacrer des dizaines de milliards et ne serait pas soumis à la concurrence internationale. Approuver cette initiative, c’est donner un feu vert à de nouvelles augmentations d’impôts, à des taxes sur l’énergie. Et puis, comment la Suisse pourrait-elle établir toute seule ce paradis sur terre alors que les réseaux électriques européens sont interconnectés et que notre pays importe la production de plus de deux centrales atomiques françaises?

 

En revanche, nous voterons en faveur de l’initiative «Moratoire-plus» qui veut prolonger de dix ans l’interdiction de construire toute nouvelle centrale et limiter à quarante ans l’existence des actuelles centrales (une prolongation supplémentaire de 10 ans est accordée si le peuple le demande par référendum). Nous soutenons cette initiative parce qu’elle permet, non sans sacrifices financiers, d’augmenter la pression sur un monde politique qui aurait tendance à s’endormir au pied de ses tours de refroidissement: remplacer le nucléaire par des énergies propres exige des milliards d’investissement durant des années de préparation. Autant de coûteuses décisions que les autorités fédérales ne prendront que si le peuple l’exige.

 

Si l’initiative «Sortir du nucléaire» est exagérée, l’initiative «Moratoire- plus» apporte au monde politique une piqûre de courage, ce qu’il lui faut d’audace pour remplacer à moyen terme l’irresponsable énergie atomique.

 

SORTONS DU NUCLEAIRE!

 

CHRISTIAN CAMPICHE

 

Le moratoire est un pas dans la bonne direction, mais il n’élimine pas le risque que l’atome fait courir tous les jours à la population. Sans parler des déchets nucléaires, cette patate empoisonnée que les communes les mieux bétonnées continueront de se renvoyer jusqu’à la nuit des temps. Voilà pourquoi je voterai oui à l’initiative «Sortir du nucléaire» qui demande la fermeture échelonnée des centrales actuelles entre 2005 et 2014.

 

Depuis plusieurs décennies, le lobby nucléaire n’arrête pas de minimiser le risque. A croire que Tchernobyl n’est pour lui qu’une parenthèse de l’histoire. A cette catastrophe qui a fait des milliers de morts et relègue le cinquième de la Biélorussie, soit la superficie de la Suisse, à l’état de jachère intouchable, il n’a rien d’autre à opposer que des spéculations statistiques basées sur la fiabilité: en Suisse, la probabilité d’un accident équivaudrait pratiquement à zéro.

 

On nous sort aussi des études qui montreraient que Gösgen résisterait à l’impact d’un avion fou. Le bel optimisme! Moi je pense plutôt que nous avons eu beaucoup de chance de ne pas connaître un accident majeur. Et je continue de toucher du bois. Je prie pour qu’un tremblement de terre ne vienne pas fissurer les murailles de Mühleberg. J’implore le ciel d’épargner à notre petit pays un attentat contre Beznau ou Leibstadt. Parce que le risque zéro n’existe pas et qu’un accident de type Tchernobyl est toujours possible.

 

Je ne crois pas non plus les constructeurs de centrales quand ils affirment que les Italiens paient aujourd’hui au prix fort leur renonciation au nucléaire, en 1986. Ils ne sont pas plus malheureux que nous, les transalpins! Pas moins libres non plus.

Ces mêmes groupes d’intérêt prétendent en effet que le retrait du nucléaire est hypocrite car il livrerait à la France l’approvisionnement de la Suisse. Je réponds que l’on ne peut pas être aussi défaitiste et minimiser la compétence des écoles polytechniques, la capacité de nos PME de relever le défi des économies et des énergies renouvelables face à un problème qu’il convient, en fait, de redimensionner. La contribution du nucléaire à la consommation suisse d’énergie est inférieure à… 6%.

 

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