« Le FMI jouit de peu de crédibilité en Hongrie»


Tandis que la Grèce se débat dans la crise de la dette, tout le monde semble avoir oublié que le premier pays à obtenir un prêt du FMI en Europe a été la Hongrie.

PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTIAN CAMPICHE

25 milliards de dollars furent accordée à ce pays en 2008. En contrepartie les sacrifices demandés furent tels qu’ils suscitèrent un profond mécontentement dans la population. En 2010, les Hongrois plébiscitèrent le retour du centre-droit dirigé par Viktor Orban. Professeur à la Webster Université, près de Genève, l’économiste d’origine hongroise Otto Hieronymi analyse la situation.

Où en est la Hongrie aujourd’hui ?

Elle se trouve dans une situation très difficile. Mais il y a de bonnes chances qu’elle s’en sorte. Pour cela, il faut avant tout laisser sa chance au gouvernement actuel, qui a été élu avec une majorité des deux tiers il y a un an. Or la presse internationale lui fait un tort considérable. Les médias européens connaissent mal la Hongrie et se livrent à des commentaires superficiels et à l’emporte-pièce. On fait l’amalgame entre l’extrême-droite du Jobbik et le centre-droit du parti gouvernemental Fidesz. On accuse  Orban d’atteinte à la liberté de la presse et on le rend responsable de la montée de l’antisémitisme en Hongrie.

Rien de tout cela n’est vrai ?

Orban et son gouvernement sont beaucoup plus déterminés à combattre l’extrême-droite que ce ne fut le cas de leurs prédécesseurs. Il faut voir qu’en 2002, la Hongrie était mûre pour entrer dans la zone euro avant 2010. Or, sous la coalition Socialiste-Libérale qui parvient alors au pouvoir, les indicateurs passent au rouge, la Hongrie peut dire au revoir à l’euro. En 2006, pour gagner une nouvelle fois les élections, le Premier Ministre Ferenc Gyurcsàny ment sur la situation réelle du pays : le déficit budgétaire approche 12% du PIB. Cette entorse démocratique sera confessée par la suite par le premier ministre lui-même, ce qui provoquera des manifestations de masse à Budapest.

 

Pour sortir le pays de l’ornière, Viktor Orban a proposé un nouveau contrat social. En quoi consiste-t-il ?

Il propose un changement radical sur trois plans. Le premier est la recherche de l’équilibre macro-économique en vue de réduire durablement la dette extérieure et intérieure, le deuxième est d’ordre fiscal pour stimuler la croissance. Le troisième vise à redonner la confiance à la population et à l’économie de marché. Les Hongrois ont compris le poids de la dette, il existe un consensus pour réduire le déficit. Reste à retrouver la confiance des partenaires internationaux.

 

La question des privatisations est-elle encore à l’ordre du jour ?

La plupart des grandes entreprises ont été privatisées avant les élections de 1994, encore sous le gouvernement de centre-droit de Jozsef Antall. Le problème est que le capitalisme a dégoûté la population par ses excès. La spéculation et la course à la consommation ont accentué la fracture sociale au cours de la dernière décennie. Un dérapage analogue a été enregistré avec les emprunts des ménages excessifs en francs suisses, sans mise en garde ou mesure corrective de la part des autorités monétaires et internationales. Mais tout le monde, parmi les bailleurs de fonds internationaux, a trouvé que c’était normal.

 

Le FMI, dans ce contexte, a-t-il joué le rôle de sauveur ou de boulet ?

Jusqu’en 2007, le FMI était moribond, il y avait trop d’argent sur les marchés. En automne 2008, il refait surface en partie grâce à la demande d’aide précipitée du gouvernement de la Hongrie. Ses experts sont arrivés avec leurs recettes toutes faites habituelles. Ils ont systématiquement sous-estimé les erreurs et les excès commis précédemment et l’ampleur des dégâts qui en découlaient pour l’économie hongroise. Il n’est donc pas injuste de dire que les experts du FMI portent une part de responsabilité dans la situation difficile dans laquelle se trouvait le pays au moment de l’éclatement de la crise financière mondiale. Il n’est pas surprenant que le FMI jouisse de peu de crédibilité en Hongrie. La Hongrie n’a pas besoin de soutien financier extérieur.

La Hongrie n’est pas la Grèce… ?

Certainement pas. Tous les indicateurs – notamment la balance extérieure et la situation budgétaire – montrent une amélioration nette. Le gouvernement est conscient que pour rattraper le retard pris par la Hongrie entre 2002 et 2010 par rapport à certains pays de la région, il faut éviter de nouvelles aventures budgétaires.

 

Que dites-vous de Daimler et Iveco, qui ont annoncé leur intention de s’installer en Hongrie ?

 

L’automobile est une success story hongroise.  Mais toute la partie orientale du pays reste très déprimée. L’économie hongroise est l’une des plus ouvertes et dépendantes des exportations d’Europe. Il n’y pas de marge pour stimuler artificiellement la croissance par la consommation.  La pression sur les revenus des ménages reste forte.

 

Finalement l’adoption de l’euro est-elle vraiment un objectif essentiel ? Un forint, la monnaie hongroise, bas, c’est tant mieux pour les exportations, non ?

Du fait du déraillement pendant la période 2002-2010, l’entrée dans la zone euro a été repoussée. Mais elle reste un objectif important pour le gouvernement dans le moyen terme.  Il  n’y a pas de doute que la Hongrie se trouverait aujourd’hui dans une meilleure situation si elle avait pu entrer dans la zone euro selon le calendrier initial.

Interview parue dans “La Liberté” du 8 juin 2011

 

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