Une belle oeuvre à l’horizon culturel vaudois


On ne peut pas se tromper tout le temps. Le dossier de Musée cantonal vaudois des Beaux-Arts en est un bel exemple. Dans cette affaire à rebondissements régulièrement foireux, le Gouvernement vaudois est en train de redresser brillament la situation.

Déjà le dernier choix de site pour ce musée, le dépôt désaffecté des locomotives à la Gare de Lausanne (sur l’image de synthèse, la façade sud du projet), a été un joli coup d’éclat. Après la gestion calamiteuse du projet de Bellerive au bord du lac, et l’échec mérité en scrutin populaire, l’exécutif cantonal a su rebondir sans attendre. Mais tout de même pas sans entourloupe, puisqu’une expertise officielle favorable au maintien de ce musée au Palais de Rumine a été écartée, et que l’option d’une commission créée par l’exécutif, qui privilégiait une solution proche du Palais de Rumine, a été balayée. Visiblement, un rageur «Tout sauf Rumine» emportait les meilleures analyses sur son passage. La préférence pour l’offre de dernière heure des CFF était devenue, il y a deux ans, le seul dénominateur commun aux snobs du microcosme culturel et médiatique, aux technocrates de l’administration, aux personnalités encore intéressées du milieu trouble des collectionneurs d’art, et aux politiques soucieux d’une relance sereine de ce dossier qu’on avait laissé s’empoisonner.

Ces derniers ont eu du flair. L’image du dépôt des locs, largement diffusée et inspirant même un plaisant logo, a fait gamberger alentour. On allait avoir notre Musée d’Orsay! C’était un malentendu qui allait persister jusqu’à l’issue du concours d’architecture, et si aucune voix autorisée ne s’est élevée pour le dissiper, c’est que la focalisation sur ce site créait une diversion bienvenue.

Un malentendu, parce que cette halle ferroviaire aux extérieurs plaisants n’a tout de même pas l’attrait d’une ancienne gare comme celle d’Orsay, ni même comme celle rénovée de Lausanne, mais toujours en fonction.

Ce dépôt avait certes un côté nostalgie, mais il était très mal placé dans la surface allongée disponible, ne laissant qu’un étroit passage vers l’arrière, avec des murs ne répondant pas aux conditions de protection contre les risques ferroviaires, avec des fenêtres plein sud inexploitables par un musée. L’exposition des projets du concours illustre de façon frappante le casse-tête que représentait, pour les architectes, le maintien de cette structure. A contrario, le projet catalan primé, dont les auteurs ont pris le risque, non sans hésitation, de ne retenir que des allusions au vieux dépôt et de prévoir un bâtiment entièrement nouveau, en briques, le long de la voie: ce projet s’impose comme une évidence, sorte d’oeuf de Colomb.

Il dégage un bel espace extérieur, idée qui a enthousiasmé les commentateurs au point qu’à entendre certains discours, on pouvait se demander si le concours portait bien sur un nouveau musée, ou sur une nouvelle place de la Gare, autrement plus conviviale que l’actuelle… Il reste que cette solution offre des respirations depuis le quai qu’il est prévu de prolonger, jusqu’aux bâtiments complémentaires appelés à abriter deux autres musées.

Ces compléments ont d’ailleurs été glissés dans le cahier des charges sans justification solide. Soit le Musée de la photographie, actuellement abrité par la belle demeure de l’Elysée, près d’Ouchy. Le Conseil d’Etat dit qu’il y est un peu à l’étroit, mais il reste de la place, il suffirait que l’exécutif libère les salles de réception qu’il y occupe – plutôt que de demander au Musée de dégager en faveur des officiels. On peut s’interroger aussi sur l’autre déménagement envisagé, celui du MUDAC (Arts-Décos) pour lequel on a déjà rénové un édifice, heureusement placé à côté du Musée historique de Lausanne, près de la cathédrale. Pourquoi ces déplacements, y a-t-il un impératif de rentabilité, une volonté d’entasser un maximum de consommateurs dans le coin? Ou quelques notables de la culture ont-il des caprices à satisfaire? L’expression ronflante de Pôle muséal cache mal les aspects fouzytout du projet. Mais peu importe. Heureusement bien distincts de celui du Musée des beaus-arts, les bâtiments annexes, à construire ultérieurement, pourraient connaître d’autres affectations, culturelles ou sociales.

L’essentiel pour l’heure est cette possibilité de construire ce nouveau musée dans cette partie du Centre-Ville, la Gare, trop confinée jusqu’ici à sa simple fonction de passage. C’est une chance que l’évolution des besoins des CFF libère un tel espace au coeur de la ville, et que la compagnie ferroviaire ait fait le lien avec ce projet culturel en panne, plutôt que de ce contenter d’une vulgaire opération immobilière.

Article paru dans “Courant d’Idées

 

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