Le Maroc promet la création d’un vrai Conseil de la Concurrence


Le Maroc s’est doté en 2000 d’un Conseil de la Concurrence. Mais les âmes les plus charitables reconnaissent que la seule contribution de ce Conseil se situe au seul plan des idées. Pour la simple raison qu’il n’a qu’un statut consultatif, et ne possède aucune indépendance. Le roi Mohammed VI veut-il en faire une vraie arme de guerre pour revigorer l’économie marocaine qui en a véritablement besoin? C’est du moins le discours officiel. Dorénavant, le Conseil de la Concurrence doit intervenir en faveur du «raffermissement de l’Etat de droit dans le domaine des affaires, la mise à niveau de l’économie nationale, sa modernisation et la consolidation de sa compétitivité et de sa capacité d’incitation et d’attraction de l’investissement productif».

Pour faire simple, ce Conseil de la Concurrence, présidé par Abdelali Benamour, doit «créer un terrain propice à la concurrence loyale». En clair, fini les magouilles, les passe-droits, la corruption, les bakchichs systématiques. Les opposants au régime risquent de hurler de rire et de parler de poudre aux yeux, tant le climat des affaires au Maroc a été si souvent mis à l’index, à juste raison.

Un gendarme sans uniforme  

Abdelali Benamour, 69 ans, n’est pourtant pas un perdreau de l’année. Docteur en sciences économiques à la Sorbonne, ancien administrateur de la Bank Al Maghrib, ancien PDG de l’Institut des Hautes Etudes de Management, c’est un économiste brillant. Il était récemment à Genève afin de rencontrer des experts internationaux spécialistes du droit et de la politique de la concurrence. “La Méduse” a interviewé le Président du Conseil de la Concurrence, convaincu qu’une ère nouvelle s’ouvre pour son institution. «J’ai été reçu par le Roi et avec le vote de la nouvelle Constitution, le Conseil de la Concurrence a été institutionnalisé. Non seulement nous devenons une autorité administrative indépendante vis-à-vis du gouvernement, mais nous posséderons un pouvoir décisionnel d’enquête et d’auto-saisine», assure Abdelali Benamour. Le Conseil de la Concurrence ne sera plus, comme l’avait surnommé le magazine marocain “TelQuel”, «un gendarme sans uniforme».

Recruter des experts-comptables

L’ancien député USFP (Union socialiste des forces populaires) de Casablanca  annonce dans un premier temps le recrutement d’une vingtaine d’économistes «de bon niveau. Leur formation se fera avec le soutien de l’autorité allemande de la concurrence». Ensuite, lorsque le Conseil de la Concurrence échappera concrètement à la tutelle du Premier ministre, s’ajouteront une vingtaine de juristes et autant d’enquêteurs, et parmi eux des experts-comptables. Une petite armée qui devrait partir en guerre pour que le Maroc devienne un Etat de droit dans le monde des affaires. C’est une immense tâche qui attend ces cadres. Il leur faudra beaucoup beaucoup de ténacité pour éviter tous les bâtons que l’on n’oubliera pas de leur mettre dans les roues, y compris au plus haut niveau du pouvoir.

 

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