Selon la Commission européenne, un des principaux problèmes des États du Sud de l’Europe est que leur compétitivité-prix serait insuffisante. Raison pour laquelle ils devraient baisser les salaires. Cela, la Commission le dit certes avec un peu plus d’élégance : « Dans tous les pays concernés, la baisse des coûts salariaux unitaires nécessaire pour restaurer la compétitivité peut être obtenue au moyen d’une combinaison d’ajustements salariaux et de gains de productivité du travail réalisés plus rapidement ».
On est en droit de douter que cette analyse qui aboutit à des coûts salariaux unitaires trop élevés puisse s’appliquer à l’Espagne. Si c’était le cas, le problème aurait cependant déjà perdu très vite de son acuité en Espagne. En effet, les coûts salariaux unitaires dans l’industrie (représentative de l’économie d’exportation) y sont, selon les statistiques de la Banque centrale d’Espagne nettement moins élevés que dans tout le reste de la zone euro. De 2008 à 2011, les coûts salariaux unitaires ont augmenté d’environ 7 % de plus dans la zone euro qu’en Espagne.
Et pourquoi ? Surtout à cause des importantes suppressions d’emplois en Espagne. Tout indique qu’une hausse de la compétitivité-prix ne résout pas le problème existant en supprimant des emplois, mais l’aggrave. Les ménages privés n’ont toujours pas assez d’argent pour rembourser leurs dettes. Et la déflation conséquente des dettes menace de faire encore plus reculer ce pays.
L’auteur est économiste en chef de l’Union syndicale suisse. Article paru sur son blog.