L’imbroglio partisan bouche l’horizon


Même Guy Parmelin! L’UDC vaudois qui avait renoncé à briguer la succession du ministre Jean-Claude Mermoud, se dit, six semaines après ce forfait, intéressé par le Conseil fédéral! Juste après le lancement du socialiste Pierre-Yves Maillard. Tiens donc.

Il faut dire que la semaine écoulée aura été autant le révélateur d’une UDC en deshérence que celle de la candidature Maillard. Qui eût cru, la veille encore du scrutin, que le premier parti de Suisse – et qui le reste, Romaine Jean a pris soin de le souligner – verrait ce 23 octobre son ascension stoppée net après vingt années de succès électoraux fédéraux? Curieux phénomène. Un journaliste de la SSR l’a reconnu en fin de journée le 23 octobre: fixés qu’ils étaient, lui et ses confrères, sur l’observation des insuccès radicaux, il n’ont d’abord pas vu, bien que l’arrivée progressive des résultats en fournissait les indications, pas remarqué qu’à côté d’un recul radical attendu, il y avait la grande panne de l’UDC, et que c’était là le coup de théâtre de ces élections.

Où l’on voit que les observateurs reconnus du microcosme ne sont pas sortis à temps d’une somnolence intellectuelle induite par des sondages qui n’avaient pas prévu ce coup d’arrêt de l’UDC; ces sondages qui s’étaient déjà plantés, et on l’a un peu vite oublié, lors de l’initiative anti-minarets.

Il aura fallu une demi-semaine pour que l’on remarque à quel point l’UDC tanguait, jusqu’à reconnaître ne pas avoir encore trouvé de candidat à ce deuxième fauteuil fédéral qu’elle réclame pourtant à grands cris depuis l’éviction de Christoph Blocher. L’UDC, croyant qu’elle pourrait dicter ses conditions, s’attendant à être renforcée par des succès au Conseil des Etats, avait négligé la désignation de son candidat au Conseil fédéral. Blocher y pourvoirait! Mais le chef de file zuricois n’ayant lui-même pas atteint ses objectifs personnels, l’UDC a dû prendre conscience qu’elle n’avait pas de plan B. Pire, l’alternative la moins compliquée, qui consisterait en une reconsidération des oukases prononcés contre Eveline Widmer-Schlumpf, et ce faisant, à lui accorder une deuxième législature, à reporter à quatre ans une solution sereine de la question du deuxième fauteuil UDC, cette alternative ne parait pas envisageable d’ici au 14 décembre, jour d’élection du Conseil fédéral.

Les esprits n’y sont pas préparés. A l’UDC, sans doute. Mais en dehors de ce parti, la cote d’Eveline Widmer-Schlumpf n’a jamais été aussi bonne. C’est encore théorique, mais l’addition des formations dites du centre, PDC inclus, du Parti socialiste et des Verts rend sa réélection possible. Et s’il ne faut pas exclure des défections dans cette éventuelle alliance de circonstance, d’autres rallliements, notamment du côté des femmes parlementaires bourgeoises, sont possibles: on sait qu’une éviction de la Grisonne ajoutée au probable remplacement de Micheline Calmy-Rey par un homme, réduirait la représentation féminine de quatre à deux, ce qui équivaudrait pour le moins à une pénible fragilisation des acquis de l’égalité hommes-femmes. On comprend ainsi son annonce de ce dimanche: EWS se représentera parce qu’elle a de bonnes raisons de le faire.

Face à quoi l’UDC est dans une relative impasse. Dans sa stratégie de conquête électorale, elle a poussé le bouchon trop loin. Les menaces de représailles oppositionnelles en cas d’échec d’un deuxième candidat UDC ne mènent pas loin. Le parti semble en avoir pris conscience et avoir mis une sourdine à ces rodomondates.

En revanche, une tradition de proportionnalité (dite concordance) reste vivace et lui donne un argument fort en faveur de la récupération de son deuxième siège. Encore lui faut-il pouvoir présenter une candidature acceptable, et l’on sait que le parti, ne s’y étant pas sérieusement préparé, peine à y parvenir.

Mais il lui reste plus d’un mois. C’est une bonne marge. Si donc les choses évoluent tout de même dans ce sens, c’est la position des libéraux-radicaux qui s’effondre. Ils risquent sérieusement d’être les vrais perdants des élections fédérales. La seule question, si les choses évoluent bien dans le sens prévisible aujourd’hui, est de savoir s’ils assumeront leur situation en sacrifiant Johann Schneider-Ammann, leur magistrat le plus exposé, ou s’ils s’en remettront aux combinaisons des autres.

Quel sens donner dans ce contexte à la démarche de Guy Parmelin? D’aucuns disent que le Fribourgeois Jean-François Rime, jusqu’ici faire-valoir romand de l’UDC, est trop affaibli par son échec aux Etats pour pouvoir tenir encore ce rôle, et ce serait la raison de mettre en selle le Vaudois. Pour une candidature sérieuse? Cela ressemble plus à une gesticulation, qui peut être liée à un question de procédure qui gêne le Parti socialiste. L’ordre réglementaire veut que le remplacement de Micheline Calmy-Rey soit la septième élection de ce 14 décembre. Donc la plus exposée à des votes sanction, selon qui aura été victime des élections précédentes, et ce détail pèsera dans les tractations que les partis doivent mener d’ici là.

Ce serait, si cette hypothèse se tient, le maintien du siège socialiste qui serait en discussion, mais pas la candidature spécifique de Pierre-Yves Maillard. Ceci dit, le contexte compliqué qui vient d’être évoqué peut-il peser, positivement ou négativement, sur la candidature du Vaudois? Probablement pas au niveau de la sélection socialiste. La formule du ticket comprenant les deux poids lourds Alain Berset et Pierre-Yves Maillard – et le sacrifice de la candidature tessinoise que ce non-choix implique – est susceptible d’arranger la majorité au groupe socialiste.

Quant au choix de l’Assemblée, les partisans de l’un ou de l’autre risquent bien de devoir faire et refaire leurs comptes jusqu’à la dernière minute, indépendemment du sort réservé à Eveline Widmer-Schlumpf. Au départ, le duel Berset-Maillard rappelle celui de Jacqueline Fehr contre Simonetta Sommaruga, avec un avantage idéologique pour Alain Berset, manifestement à la droite du parti, comparable à ce qui a permis l’élection de Simonetta Sommaruga.

Le parallélisme ne va pas plus loin. Les profils des deux socialistes romands sont assez différents pour susciter des évaluations imprévisibles. Certes le Vaudois s’est fait des ennemis dans ses combats, surtout les plus récents sur l’assurance-maladie, tandis que le Fribourgeois, répète-t-on, n’a pas d’ennemi. Mais Pierre-Yves Maillard en impose de son côté par l’excellence de son travail de conseiller d’Etat, activité menée avec un sens de la collégialité reconnu. Il a raison de mettre en valeur son expérience acquise dans un canton en difficultés, toutes choses qui manquent à son concurrent et seraient précieuses dans les années à venir.

Il y a, enfin, la question de la représentativité régionale, que l’on aurait tort de minimiser. Depuis que l’on a levé l’interdiction de plusieurs conseillers fédéraux d’un même canton, assouplissement qui a profité jusqu’ici aux seuls cantons de Zurich et de Berne, on a tendance à considérer la question de la représentativité régionale comme secondaire. Or il y va de la cohésion de la Confédération. Et si la constitution fédérale ne contient plus de limitation cantonale, elle n’en reste pas moins explicite, en son article 175 consacré à l’élection du collège gouvernemental, posant le principe d’une représentation linguistique et régionale équitables.

Cette équité n’est plus respectée, sur le plan linguistique, depuis qu’un germanophone a succédé à Flavio Cotti. On comprend que les Tessinois revendiquent maintenant un siège à chaque vacance, même s’il reste maladroit de contrer un siège francophone.

Sur le plan des équilibres régionaux, si Pierre-Yves Maillard n’est pas élu, c’est l’ensemble du bassin lémanique qui ne sera pas représenté, alors qu’Alain Berset est régionalement proche des deux Bernois en place, ainsi que du Neuchâtelois.

Ces questions sont importantes, mais dans quelle mesure influeront-elles le choix des députés? L’imbroglio partisan risque fort de faire passer l’essentiel au second plan.

Article paru dans “Courant d’Idées

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