Syrie, Libye, Egypte, le lynchage médiatique et l’oubli


La forme du lynchage médiatique a connu un emballement au cours des quinze derniers mois. Il est remarquable d’observer que la chute des dictatures en Tunisie, en Egypte et en Libye a été précédée d’un bombardement télévisuel sans précédent. Aujourd’hui, le même scénario se répète en Syrie, avec, à chaque fois, une surenchère sur les chiffres des victimes, le nombre des opposants et ce refrain sur les femmes et les enfants massacrés, tant il est vrai que l’image d’un régime qui tire sur son peuple ne mérite aucune circonstance atténuante. A ce jeu, les grandes chaînes d’information américaines ainsi que leur homologue qatarie Al Jazeera jouent  sur du velours. Il ne faut pas compter sur la majorité des journaux, conditionnés par ce matraquage en boucle, pour les contredire.

La couverture de l’actualité n’a plus grand chose à envier aux films de propagande que l’on diffusait autrefois dans les salles obscures. Un bon, un méchant, que faut-il d’autre pour rassurer le peuple? La vision manichéenne du monde est tellement plus facile à gérer que de longues réflexions sur le pourquoi et le comment. On est pourtant amené à  s’inquiéter de la tournure que prennent les événements dans les pays à qui les révolutionnaires en goguette ont promis la liberté d’expression. Prenez l’Egypte et la Libye. Moubarak et Kadhafi sont tombés de leur piédestal, on aurait été en droit d’espérer des élections libres et le remplacement de ces despotes par des démocrates. Au lieu de cela on assiste au repas copieux des vautours, généraux et des chefs de clans, quand il ne s’agit pas d’intégristes déguisés en philanthropes.

Et que font les médias, pendant ce temps? Rien, ils entretiennent l’hallali, confortablement installés dans leurs tours d’ivoire et leur bonne conscience. On peut surtout se demander pourquoi ils ne dépêchent personne dans les territoires conquis par les soi-disant combattants de la liberté. Alors qu’ils accouraient, la fleur à l’objectif, au début du printemps arabe, qu’attendent-ils aujourd’hui pour enquêter sur la mise en place d’infrastructures garantes de liberté et d’égalité? Pourquoi cette violence sanglante dans un stade de football égyptien? Qui a pris le contrôle des puits de pétrole dans une Libye livrée aux règlements de comptes et à l’anarchie? Et, quand il n’y aura plus de Syrie, parce qu’elle aura été dépecée par les factions religieuses déterminées à avoir la peau du régime alaouite, qui se préoccupera du sort des Chrétiens, 7,5% de la population syrienne? Une communauté déjà quasiment éliminée d’Irak et d’Egypte sans que personne ne lève le petit doigt.

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3 Responses to “Syrie, Libye, Egypte, le lynchage médiatique et l’oubli”

  1. Arnaud Némoz 3 février 2012 at 22:13 #

    Je suis tout à fait d’accord avec cet article, et il n’y a pas grand chose à ajouter. C’est d’ailleurs l’un des grands problèmes lorsque je désire commenter l’un de vos articles,

    Mais par bonheur, sur celui-ci, je vais pouvoir dire quelque chose.

    En effet, on nous parle des morts, des morts tout le temps, des morts toujours. Comme vous dites, c’est une manière de procéder banale lorsque des pays veulent pouvoir ingérer dans les affaires d’un autre. Simplement, c’est inutile. L’ingérence, souvent, ne fait qu’augmenter le nombre des morts.

    Voyons en Irak, ou avant la chute de Saddam Hussein, les attentats n’étaient pas si nombreux, et la population, bien que mécontente, pouvait encore vivre autrement qu’entre deux kalachnikov. Après sa chute, les attentats se sont multipliés, les américains et d’autres nations ont envoyés de nombreux soldats, et les pertes civiles ont été considérable. Tout cela pour quoi ? Des silos nucléaires inexistants.
    Voyons en Afghanistan, ou les gentils américains voulaient chasser le méchant Ben Laden sous prétexte de deux tours, aux pieds desquels ils ne retrouvent que des corps calcinés, mais, MAIS, le passeport intact de l’un des terroristes. Déjà, ça sentait la fraude. Bref, ils y sont allé, et maintenant, quel est la situation ? Des soldats sont morts, les attaques contre les armées ingérantes ont été légion, et le conflit a été envenimé.
    Voyons en Lybie, ou Khadafi était victime de la rage populaire, bien qu’il n’aie pas tué tant de civils. Il est mort, la Lybie aurait donc du être libre. Et bien… non. Maintenant, les clans s’affrontent pour savoir qui aura le commendement, la guerre civile a fait récemment une dizaine de mort, et 12’000 soldats américains y ont été envoyé (eux qui “ne voulaient pas de guerre terrestre”).

    L’ingérence est toujours mauvaise. Je ne connais pas une seule fois dans l’histoire où elle était meilleure que le dialogue et le laisser-faire. Mais voilà, dans notre société, il suffit de parler du nombre de mort pour avoir l’opinion favorable du peuple, qui réfléchit bien peu à l’avenir mais beaucoup aux images qu’il voit à la télévision. “Si c’est horrible, allons-y !”… Triste, mais vrai.

  2. Pierre Adler 7 février 2012 at 16:30 #

    Je suis, moi aussi, d’accord avec la teneur de cet article, et avec le commentaire d’Arnaud Némoz.

    Que sont devenus le droit à l’auto-détermination des nations et le respect de ce droit? Pourquoi sont-ce toujours les mêmes suspects (principalement, les États-Unis, l’Angleterre, Israël et leur serviteur l’OTAN) qui vont s’ingérer dans les affaires internes des autres et qui y apportent la mort et la destruction de l’infrastructure physique et institutionnelle?

    Monsieur Némoz puisque vous faites allusion aux événements du 11 septembre 2001, je me permets d’attirer votre attention — au cas où vous ne le connaîtriez pas encore — sur mon article à ce sujet et publié sur le site de la Méduse:

    “Surnature, nature et histoire dans les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis”, La Méduse, le 8 septembre 2011.

  3. Arnaud Némoz 7 février 2012 at 23:02 #

    Merci de votre suggestion. J’ai lu l’entier de cet article, et je l’ai même imprimé.

    Je n’ai jamais réellement cru à la version officielle, c’est certain.

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