Le billet du Sioux – Mourir de froid


Pour son confort, l’opinion publique aime les certitudes. Rafales médiatiques aidant, elle s’est installée une fois pour toutes dans l’idée que la Terre, dans la grande casserole de l’Univers, se réchaufferait jusqu’à l’incandescence. Si certaines consciences militantes ont pris le problème à bras-le-corps, pour ce qu’il y aurait encore à faire, la pensée conforme ne s’excite pas pour autant, et profite en petite liquette de jouir de l’existence, en attendant que la banquise dans très longtemps se liquéfie et submerge nos paillassons. Les séquelles du réchauffement? A d’autres!

Sauf que ces jours question météo, la pensée unanime peut se rhabiller. Avant d’aller s’allonger cet été sous les cocotiers, il y aura encore quelques grands froids à affronter.

L’Europe gèle de trop se réchauffer. Un paradoxe qui n’en est pas un, puisqu’il est dit que les feux du réchauffement global induisent des vents contraires, contraignant ce bon vieux Gulf stream à rebrousser chemin.

Tout près de chez nous à vol d’oiseau des gens paient le prix fort et meurent de froid. Chaque jour ajoute au compteur son lot de cadavres. A défaut d’y réfléchir, on invoque en vrac l’ébriété, les infrastructures branlantes, le monoxyde de carbone, les tempêtes de neige, la pauvreté des hommes, comme causes du trépas. Dans les marches de l’Est, on voit des morts au bord des routes, saisis dans la glace l’oeil grand ouvert. De la routine, mais qui a pris une ampleur inhabituelle. Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Serbie, Estonie, Croatie, Lettonie, Slovaquie, Russie… Dans tout ce qui prolonge notre vieille Europe. Il neige d’Estonie en Algérie.

Fini la douceur de l’air, il va falloir remettre nos peaux de bête.

La chose n’est pas neuve. Il y eut dans l’histoire en alternance des froids plus vifs et persistants, suivis de réchauffements, sauf que la raison l’a oublié. On n’a que faire des temps passés. Les mammouths au cuir inoxydable, qui dans les temps reculés cassaient la glace de leurs dents longues, c’est tout juste bon pour ragaillardir l’imagination. Celle qui devrait nous inciter aujourd’hui à trouver des alternatives à notre mode d’existence.

Sinon, le mouvement du balancier risque bien d’être sans retour.

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