L’Orient, l’Hôtel de la Poste a eu chaud


Pour sa première séance de l’année, il y a quelques jours, l’Assemblée générale des citoyen(ne)s de la fraction de commune de l’Orient (lire ci-dessous) s’est tenue dans ce qui est encore le bistrot du village. “Encore”, car l’avenir de cette vénérable demeure est aussi certain que l’équilibre d’un œuf posé de pointe. Sa vente a même été proposée par le Conseil administratif, mais refusée par les citoyens.

Les points de l’ordre du jour soumis à l’assemblée passent comme lettre à la… poste, les objets essentiels se réduisant à l’acceptation du procès-verbal du 12 décembre 2011, deux préavis assujettis à l’approbation des citoyens. La séance en arrive au chapitre des communications du conseil administratif. Pas loin de léthargiques, malgré la verve de Félix Morand, président du bureau des assemblées, les 29 citoyens présents s’animent un peu lorsque Alfred Lüthi, président du village, fait lecture de la réponse à une motion relative à l’avenir de l’Hôtel de la Poste (photo Jean-François Aubert), une institution villageoise vielle de trois quart de siècle. Dès la première phrase, le ton est donné: « … le CA (ndlr : conseil administratif) a décidé à l’unanimité de vendre l’Hôtel de la Poste ». Son propos se poursuit de quelques autres considérations, toutes emballées dans le même papier.

Oulala, oulala, la claque! Dans un premier temps, la salle reste abasourdie, muette. Aux mines dubitatives succèdent des haussements de sourcils, au silence des chuchotis, à l’inertie une légère animation. Les mots qu’il ne fallait pas lâcher ont été dits. Sans fioritures. Le malaise est palpable, pénétrant même. Comme pour étayer plus encore cette décision,  Daniel Briand, conseiller en charge des finances, y va d’une litanie de chiffres tous plus accablants les uns que les autres. Quelques voix s’élèvent ci et là. Mais l’assemblée, au seuil du k.o.  n’a même pas la force d’asséner quelque objection que ce soit. Félix Morand, subtile négociateur et fin diplomate, ramène alors un peu de sérénité par des propos rassurants et refuse ce couperet. Aussi suggère-t-il que le texte du conseil administratif soit remis aux motionnaires. Ceux-ci doivent revoir leur copie pour avancer une liste de propositions (restructuration, transformation, modernisation, assainissement, etc. de l’immeuble), susceptibles de sauver la peau de «la Poste». Ouf, on a eu chaud, le troquet du village a eu chaud!

Certes, le problème est aigu. Certes, l’hôtel – dont le village est propriétaire – est un gouffre financier  pour la communauté (plusieurs dizaines de milliers de francs par année). Mais ne souffre cependant pas que l’on s’y penche d’une manière aussi expéditive. Qu’une aussi grave décision soit prise un soir, autour d’une table du bureau du village sans autres avis que ceux de cinq membres du CA. Et ne peut, ne doit pas se conclure par un raccourci abrupt qui conduit à un acte dont l’issue échappera totalement aux villageois. En effet, une fois vendu quel serait le sort l’immeuble? On peut tout imaginer!

 

La fraction de commune, une particularité combière

Le système des fractions de communes existe depuis plus d’un siècle à la Vallée de Joux (le village de l’Orient y est reconnu depuis 1904). Ces entités politiques ont été créées à la fin du XIXème siècle pour gérer localement le patrimoine villageois (alpages, forêts, écoles, églises, réseau de distribution d’eau, etc.). JFA

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