La stratégie du choc version Europe


On a transmis à la Méduse ce texte émanant de Jesus Rodriguez Barrio, daté du 22 novembre 2011, publié sur le site «izquierda socialista de Lugo» . Cet «état des lieux» correspond à tout ce qui est décrit et quasi annoncé dans le livre de Naomi Klein «La stratégie du choc», devenu très vite un ouvrage de référence.

La situation politico-économique en Europe est devenue intenable. Nous assistons impassibles au transfert des pouvoirs en Italie et en Grèce. Les médias passent comme chat sur braise sur le fond du problème. Indépendamment de la dose d’antipathie que suscitent leurs dirigeants dans de larges secteurs de la population, ces changements voient des hommes d’Etat «démocratiquement» élus remplacés par d’autres, appelés «technocrates» qui n’ont pas été élus par le peuple, ni même ne sont connus des gens.

Si le système démocratique actuel se trouve déjà dans un état déplorable (quand bien même il est proclamé que toutes les règles parlementaires ont été respectées), ce à quoi nous assistons constitue techniquement un coup d’état masqué dont les bénéficiaires sont les marchés et leurs stratégies spéculatives sauvages.

Savez-vous qui est Lucas Papademos, leader grec actuel? Et Mario Monti (aujourd’hui à la tête du gouvernement italien)? Et Mario Draghi (président actuel de la banque centrale européenne)? Et savez-vous ce qu’est Goldman Sachs?

Goldman Sachs est une des plus grandes banques mondiales d’investissement, directement responsable de la crise actuelle, avec quelques autres organismes, tels que l’agence de notation Moody’s, et l’un de ses principaux bénéficiaires. En un tour de main, en 2007, Goldman Sachs a engrangé 4 milliards de dollars dans des opérations qui ont abouti au désastre actuel.

Lucas Papademos: actuel premier ministre grec après la démission de Papandreou. Gouverneur de la Federal Reserve Bank de Boston (1993-94), gouverneur de la Banque Centrale de Grèce (1994-2002), vice-président de la Banque Centrale Européenne (2002-2010), membre de la Trilatérale depuis 1998. A truqué les comptes de la Grèce avec le concours actif de Goldman Sachs, ce qui a conduit en grande partie à la crise que subit le pays actuellement. Non élu par le peuple.

Mario Monti: actuel premier ministre d’Italie après la démission de Berlusconi. Ancien directeur de la Trilatérale, ancien membre de la direction du groupe de Bilderberg, conseiller de Goldman Sachs durant la période où le déficit grec a été caché. Non élu par le peuple.

Mario Draghi: Vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs entre 2002 et 2005 (période où les comptes du pays ont été truqués), puis gouverneur de la Banque d’Italie (2006-2011), président de la Banque Centrale Européenne depuis novembre 2011.

Mais quelle coïncidence, tous ces acteurs de Goldman Sachs! Ceux-là mêmes qui ont créé la crise se présentent maintenant comme le seul recours viable pour en sortir, eux que la presse américaine commence à nommer «le gouvernement de Goldman Sachs en Europe».

On voudrait nous faire croire que la crise émane d’une espèce de dérapage, mais la réalité montre qu’elle découle d’une volonté parfaitement orchestrée, au moyen directement du pouvoir européen, en une manoeuvre sans précédent en Europe.

Ces stratégies des grandes banques et des agences de notations sont bien documentées et ont été utilisées de diverses manières dans le monde aux 20e et 21e siècle, notamment en Amérique latine (voir en particulier le cas de l’Argentine, note du traducteur) par les USA.

Voici selon moi comment s’articulent ces stratégies:

Nous faisons plonger les pays au moyen des spéculations en bourse. Nous installons la panique sur «que vont dire les marchés?» (que nous avons sous contrôle), jour après jour.

Nous les obligeons à recourir à l’emprunt pour les maintenir dans le statu quo, c’est-à-dire les «sauver». Ces emprunts sont calculés de manière à ce que les pays emprunteurs ne puissent pas les rembourser, comme dans le cas de la Grèce, qui n’est pas en mesure de payer sa dette même si son gouvernement vendait le pays.

Nous exigeons des coupes sociales et des privatisations au détriment des citoyens, avec la menace que les investisseurs se retireront si on ne prend pas ces mesures, par peur de ne pouvoir récupérer les fonds qu’ils ont engagés.

Il se crée un haut niveau de mécontentement social propice à ce que le peuple, déjà en état de choc, accepte tout ce qu’on va lui proposer pour sortir de cette situation.

Nous plaçons nos hommes là où cela nous convient le mieux.

Si cela vous paraît de la science-fiction, une large documentation existe, notamment sur le web, qui permet de se convaincre de la réalité de ces processus.

Ce qui a été utilisé dans diverses régions du monde arrive maintenant en Europe, et ce n’est pas le gouvernement européen qui en est à l’origine, mais bien l’industrie financière internationale. Ce qui est en train de se passer sous l’oeil impuissant ou complice de nos gouvernements, c’est le plus grand pillage jamais réalisé dans l’histoire de l’humanité, à l’échelle planétaire, ce sont des coups d’état et des violations flagrantes de la souveraineté des états et de leurs peuples.

Il est important de faire connaître ces choses. Si nous nous faisons dévorer vivants, il faut que les gens le sachent.

Traduit de l’espagnol par Bernard Walter

 

 

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One Response to “La stratégie du choc version Europe”

  1. Bernard Walter 23 mai 2012 at 13:42 #

    Les informations qui circulent ces jours sur les banques espagnoles illustrent le propos de cet article.

    Petit extrait :
    « Depuis des mois, le secteur bancaire espagnol est suspect aux yeux des investisseurs.
    Ayant prêté à tout-va pendant la bulle, jusqu’à son éclatement en 2008, il a sur les bras 184 milliards d’euros d’actifs immobiliers problématiques.
    Les pertes pourraient atteindre 260 milliards d’euros.
    Le secteur aurait donc besoin d’une aide publique allant jusqu’à 60 milliards.
    Après les mises en garde du FMI et de Standard and Poor’s à ce sujet, Moody’s a apporté sa touche jeudi, en abaissant la note de 16 banques du pays. »
    (AWP 22 mai)

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