L’utopie comme moteur de l’Histoire


Delémont a accueilli, il y a peu, un débat public sur l’utopie, suivi une semaine après d’une autre rencontre portant sur les collaborations, institutionnelles et privées, établies dans l’Arc jurassien.

Par Jean-Claude Crevoisier

Un premier constat, désabusé, le public ne s’est que très parcimonieusement intéressé à ces deux débats d’idées, malgré la qualité des intervenants et l’intérêt des sujets proposés. Par ailleurs, peu de parlementaires cantonaux (pourtant invités personnellement) ont profité des occasions qui leur étaient offertes d’échanger leurs vues notamment sur l’avenir de l’Arc jurassien. L’horizon du monde politique n’irait-il pas au-delà d’une législature? L’invitation à sortir la tête du guidon n’est pourtant pas réservée aux seuls rêveurs. Et l’anticipation devrait être une vertu cardinale de tous les décideurs.

L’utopie comme moteur de l’évolution sociale
 Lors du premier débat, Andy Gross, conseiller national zurichois établi à St-Ursanne, a fort utilement éclairé l’évolution du concept d’utopie. Parti, comme son étymologie l’indique, du projet «hors-sol» de Thomas More (1478-1535), inventeur du concept, l’utopie a été déclinée au cours des siècles suivants de multiples façons. Une forme de domination idéologique, à laquelle chacun devait se soumettre, fut toutefois la caractéristique commune de la plupart de ces visions d’avenir. Et certaines d’entre elles, en se concrétisant, s’accompagnèrent de coercitions plus ou moins violentes (exemple: la Révolution française).

Selon Andy Gross, les utopies d’aujourd’hui ont heureusement perdu ce caractère impérialiste. Elles se présentent comme des projets ouverts, participatifs, évolutifs tendant vers un but idéal. Un but que son approche coopérative, que les circonstances et les réalités peuvent encore adapter et préciser.
l va sans dire que nous partageons pleinement cette vision et cette définition de l’utopie. Il reste à rappeler que la réalisation de ce qu’on considère aujourd’hui comme une utopie est certes tributaire des contraintes extérieures, mais elle dépend aussi pour beaucoup de l’intérêt et de l’élan que suscite le projet.

Un canton de l’Arc jurassien?
’est l’utopie qui succède chez nous, tout en la sublimant, à celle de la réunification du Jura et du Jura bernois. Le deuxième débat, auquel nous avons fait allusion, sur les collaborations institutionnelles et privées établies à ce jour dans l’Arc jurassien en a esquissé les contours, les possibilités et les chances mais aussi les pesanteurs à vaincre et les écueils à éviter.

La bonne entente intercantonale actuelle, qui prévaut notamment au sein de la HEP BEJUNE et de la HE ARC, ne plaide peut-être pas (comme cela a été écrit) pour la nécessité immédiate d’un grand canton de l’Arc jurassien. Mais cette harmonie dépend étroitement (cela a été clairement précisé) d’une forme de connivence entre les directeurs cantonaux de la formation et de la non-implication, autre que budgétaire, des parlements respectifs. Une situation qui est donc fragile et dont l’assise autant que le contrôle démocratique restent aussi minimum que très indirects.

Des contraintes programmatiques, opérationnelles et financières ont incontestablement facilité les coopérations institutionnelles. Il n’en demeure pas moins que les entités de formation de l’Arc jurassien favorisent la rencontre, l’échange et l’interconnaissance tant des formateurs que des étudiants. Elles contribuent de ce fait à créer et à renforcer un réseau d’acteurs économiques, culturels et sociaux «arcjurassiens», qui prennent fortement conscience d’intérêts partagés et qui concourent à l’émergence ainsi qu’à l’affirmation d’une identité commune.

L’idée d’un canton de l’Arc jurassien n’est déjà plus un tabou. Sectoriellement pour l’instant, au gré des nécessités et des opportunités, des coopérations se mettent en place. Tôt ou tard cependant s’imposera l’exigence d’une gouvernance globale. Ne serait-ce que pour assurer tant une cohérence de l’action politique qu’un contrôle démocratique efficace. Le mouvement peut d’ailleurs s’accélérer grâce à l’évolution des mentalités. Et il y a urgence à réagir face aux menaces de marginalisation de l’Arc jurassien dans l’ensemble suisse (car les dangers ne sont pas seulement suisses alémaniques mais aussi lémano-centristes). La concrétisation de cette utopie n’est donc plus seulement souhaitable, elle d’ailleurs déjà du domaine du faisable. Mais elle est surtout nécessaire voire indispensable.

Article paru dans “Courant d’Idées

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