Pichenette nucléaire


Jusqu’à quand le Conseil fédéral tergiversera-t-il, s’agissant de l’arrêt de la centrale de Mühleberg? C’est la question que pose implicitement le Tribunal administratif fédéral qui, pour la deuxième fois cette année, désavoue le Département de Doris Leuthard.

PAR PIERRE KOLB

Coïncidence, au même moment tombait une information sur des «fissures potentielles» découvertes lors de la révision d’une centrale belge, sur des cuves du même fabriquant que celles de Mühleberg. Choses demandant confirmation, ainsi que de savoir si cela aggrave ou ne fait que confirmer des anomalies déjà stigmatisées de la centrale bernoise, cette «casserole fendue», selon l’expression du conseiller national Roger Nordmann.

Au coeur de cet été bien calme, on aura ainsi eu une petite semaine d’actualité nucléaire. Il y a aussi eu la sortie d’une étude de l’ «Académie suisse des sciences techniques», organisme connu sous le sigle germanique SATW. Leur démarche est assez curieuse lorsqu’on sait que ces milieux n’ont pas pu s’entendre sur le principe de la sortie du nucléaire, et que le président du groupe de travail responsable de l’étude, Eduard Kiener, est cet ancien directeur de l’Office fédéral de l’énergie connu pour ses options pro-nucléaires. Mais qui échappe, dans ce domaine, au lobby nucléaire? Lourd passif du microcosme énergétique fédéral. Cette réalité pourrait expliquer les incohérences du DETEC et de sa ministre Doris Leuthard, de laquelle on attend qu’elle présente le plan détaillé de sortie du nucléaire.

Si, selon les indices constatés, la parution de cette étude – et sans préjuger de l’intérêt que présentent en soi ces contributions d’experts – ressortit à une contre-attaque du lobby, leur opération de communication aura été singulièrement court-circuitée par l’annonce simultanée du dernier verdict du Tribunal administratif fédéral. Cette décision survient comme une pichenette à l’adresse de la Confédération: rappelant que le cas Mühleberg se confirme comme le liminaire de l’ensemble du processus de désengagement nucléaire.

On retrouve le débat que les Vaudois avaient connu en 2009, lorsque ce canton, selon sa constitution, avait soumis à un vote populaire la demande d’autorisation illimitée de la centrale bernoise. Ce préavis cantonal avait été négatif. La Confédération n’en avait pas moins, peu après, délivré l’autorisation «définitive». Alors, le scrutin cantonal faisait office de prélude à un référendum fédéral prévu contre la construction de trois nouvelles centrales en Suisse. On connaît la suite, Fukushima, l’envoi aux oubliettes des projets de centrales, puis au printemps 2011 le revirement complet de Doris Leuthard et du Conseil fédéral sur le nucléaire.

Et maintenant, s’agissant de Mühleberg? Il est intéressant de voir que le débat de 2009 avait porté sur un développement accéléré des énergies renouvelables, en vue de remplacer les 5% de l’électricité suisse produits par Mühleberg. On se retrouve aujourd’hui face au même défi, éludé il y a trois ans du fait d’un asservissement assez généralisé au lobby nucléaire. Et il a fallu constater, ce printemps, que la tendance à l’administration fédérale était de jouer à nouveau la montre. Mais les décisions de justice peuvent aider à y mettre bon ordre.

Nul doute que l’enjeu de Mühleberg dépasse le sort de cette centrale et détermine l’ensemble du processus de sortie du nucléaire. L’heure est venue d’assumer l’impasse, d’admettre que le délai officiel de fermeture du site est beaucoup trop long, que les investissements qu’exigerait une sécurité complète sont disproportionnés. L’heure est venue de lancer un train de mesures de soutien aux énergies renouvelables. Les progrès en la matière sont tributaires d’une intensification de l’expérimentation.

On allait l’oublier. Le nucléaire a encore été à l’ordre du jour, cette semaine, pour une autre raison. Selon «Le Temps», la Confédération est en train de réexaminer les zones de danger autour des centrales. Actuellement, dans un périmètre de 20 km, des comprimés d’iode sont remis directement à la population. Les réserves d’iode, au-delà, sont entreposées par les cantons concernés. Il se pourrait qu’autour de Mühleberg, la ville de Neuchâtel soit ajoutée à celles de Fribourg et de Berne. On voit que si le déclenchement du processus de sortie du nucléaire reste dans le brouillard, l’évaluation des risques, elle, ne sera pas perdue pour l’industrie pharmaceutique. Ceux-là…

Article paru dans “Courant d’Idées

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