Jura, les enseignants à l’honneur


Le canton du Jura va, durant une semaine, rendre hommage aux enseignants. Il espère faire école (si l’on peut dire), au moins en Suisse romande.

PAR JEAN-CLAUDE CREVOISIER

L’UNESCO a créé, en 1994 déjà, la «Journée mondiale des enseignants». Cette journée, célébrée chaque année le 5 octobre, a pour but de rappeler le rôle essentiel des enseignants dans la société. S’inspirant de ce qui se passe au Québec, le Jura a décidé de ne pas se contenter d’une journée (un peu alibi?) sur ce thème. Il y consacrera une semaine en 2012.

Le Département de la formation, de la culture et des sports, le Syndicat des enseignants jurassien, la Fédération des associations de parents d’élèves et la HEP BEJUNE se sont associés pour donner du relief à l’événement.

S’ils s’y sont mis à quatre pour organiser l’événement, qui s‘étendra dans le Jura du 1er au 5 octobre 2012, c’est que la situation est grave.
e directeur de la HEP BEJUNE s’inquiète à juste titre d’une pénurie d’enseignants annoncée pour 2015 déjà. On ose espérer que cette menace n’est pas la seule motivation des promoteurs du projet. Car il y d’autre sujets d’inquiétude.

Le statut des enseignants, il faut bien le reconnaître, est aujourd’hui dégradé. Il y a plusieurs faits qui témoignent du phénomène. Et les problèmes ne sont, loin de là, pas que matériels.

Les enseignants sont simultanément confrontés à l’introduction des nouveaux programmes et des nouvelles structures (Harmos et PER), à l’hétérogénéité notamment culturelle et sociale de leurs élèves, aux incivilités croissantes dont ils sont la cible, à la multiplication des reproches rarement amènes et très souvent injustifiés de quelques parents, au mieux à l’indifférence de la société, au pire à son mépris. Cela explique en partie le blues des enseignants quand ce n’est pas le «burnout» de certains d’entre eux.

Les associations de parents d’élèves ont été, à tort ou à raison, perçues comme des lobbies visant à influencer et à contrôler le travail de l’école voire celui des enseignants eux-mêmes. Et c’est vrai que leurs actions portent statutairement avant tout sur les conditions-cadres de fonctionnement de l’institution scolaire. Or, il ne serait certainement pas déplacé pour elles, d’entreprendre également diverses démarches de sensibilisation et de formation des parents. Elles le font, nous dira-t-on, pour leurs membres. Mais il y a tous les autres parents, parmi lesquels notamment quelques «terreurs des enseignants», qui ne se distinguent ni par une lucidité sur les capacités de leur progéniture, ni par la qualité de leurs compétences relationnelles. La «Semaine des enseignants» à venir, à laquelle les associations de parents d’élèves participent, devrait favoriser de leur part un engagement dans ce sens.

Dans le public, la «cote» des enseignants rejoint celle des fonctionnaires. Ça ne vole pas très haut! Voyez par exemple les tentatives heureusement avortées de les priver, pour de sordides raisons, du droit d’être élu au Parlement. Voyez aussi la jalousie qui s’exprime sur la sécurité de l’emploi, sur le nombre de leçons hebdomadaires (comme si le pensum se limitait à cela) ainsi que sur la multiplication et la durée de leurs vacances. Il y a là un sérieux travail d’explication auquel la future «Semaine des enseignants» ne suffira pas.

Parlons encore brièvement des élèves, dont beaucoup ne semblent pas avoir appris, avant d’entrer à l’école, à dire «bonjour», «s’il vous plaît» et «merci»! De trop nombreux parents attendent aujourd’hui de l’école qu’elle inculque («in-cul-que» disait un des mes anciens professeurs) à leurs enfants les règles élémentaires de la politesse et du respect d’autrui. Parlons aussi de la violence qui s’exprime verbalement et même parfois physiquement dans les relations entre élèves. Ne passons pas non plus sous silence la désinvolture voire l’arrogance de certains élèves à l’égard de leurs enseignants; l’attitude générale des parents déteindrait-elle ici sur l’enfant?

On le voit, le groupe de travail mis en place dans le Jura pour organiser la «Semaine des enseignants» ne doit pas croire que sa mission pourrait s’arrêter le 5 octobre au soir.

 Article paru dans “Courant d’Idées

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