Locarno, Bideau, le “swissness” et l’italien


Le prochain directeur du Festival de Locarno parlera italien ou ne sera pas.

PAR DAVID MARIN

Il était bien touchant, Jean-Luc Bideau, sur les ondes de la Première, dimanche soir 2 septembre 2012, à l’heure d’évaluer le mandat de son fils Nicolas à la tête de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture. Un jugement positif dont il prétendait en même temps qu’il était objectif, dépourvu de parasites relatifs à la relation père-fils. Il aurait été ardu d’inviter le fougueux comédien à une espèce de devoir de réserve motivé par les liens familiaux, tant la tentation d’entendre Jean-Luc Bideau s’enflammer était  alléchante. Ainsi, le comédien n’a pas résisté à l’appel de la muleta, «entrando al trapo» aurait dit un aficionado de corrida. Il était question de la nomination du prochain directeur artistique du Festival du film de Locarno, avec son lot de papables. Outre Jean-Luc Bideau, Pierre Keller, donnait aussi son avis, l’ex-directeur de l’Ecal dont le ton paraissait affaibli et pas seulement à cause de la connexion téléphonique.

Nicolas Bideau pourrait-il être un bon directeur pour le Festival de Locarno? Le père l’affirme, mais pas le fils. Egalement invité deux jours plus tôt sur la Première, ce dernier a déclaré vouloir se consacrer pleinement à Présence suisse. Ce jour-là, il était question de l’implication de la Suisse dans le projet de Bertrand Piccard, «Solar impulse». Nicolas Bideau souhaite insuffler un peu plus de «swissness» (sic) dans les ailes de l’avion propulsé par l’énergie solaire. Est-ce à dire que suissitude ou helvétisme sont des concepts  tombés en disgrâce quand il s’agit de promotion et de marketing de l’image nationale comme dans le cas de Présence suisse?

Le cocasse dans l’affaire est que l’intervention de Nicolas Bideau suivait un débat sur la question du plurilinguisme en Suisse, auquel la notion de «swissness» fait un pied de nez. En effet, qui dit plurilinguisme dit aussi italien, en Suisse du moins. Or cette dimension culturelle est singulièrement absente à l’heure d’évaluer les papables à la future direction du Festival du film de Locarno.

C’est bien dommage, et peut-être aussi une erreur. Car si la programmation ainsi que le rapport avec les acteurs de l’industrie du cinéma, le réseau de réalisateurs, de producteurs ou d’acteurs ont été évoqués pour évaluer les chances d’un candidat à la direction du festival, l’absence du critère italophone est de nature à menacer l’identité même du Festival de Locarno, situé jusqu’à nouvel ordre, au Tessin. Qu’il soit polyglotte comme Marco Müller, qu’il ait des origines italiennes  comme Frédéric Maire ou qu’il soit carrément citoyen de la péninsule comme Irene Bignardi, faisons le pari (quitte à le perdre) que le prochain directeur du Festival de Locarno parlera italien ou ne sera pas.

Article paru dans « Un ristretto!«

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