L’affaire du pont de la Poya sera-t-elle traduite en patois?


Les dépassements de devis dans les chantiers publics fribourgeois pilotés par les Services de l’Etat sont acceptés comme la norme.

PAR NARCISSE NICLASS

Fribourg, ville et canton, aura une esquisse de parc technologique sur le site de feu la Brasserie Cardinal. A défaut d’innovation, le peuple fribourgeois pourra se consoler en visitant le Musée de la Bière qui demeure en ses murs. La brasserie n’a pas été coulée par le Viking danois Carlsberg mais par le manque de vision des Fribourgeois qui n’ont pas su s’approprier l’histoire du lieu et leur patrimoine industriel. Aujourd’hui, le décollage économique du canton, salué par tous, n’est pas dû au génie des élus mais provoqué par le prix avantageux des terrains. Bienvenue à la pollution et aux pendulaires.

Les «Genfereien» font rire les Alémaniques. Les fribourgeoiseries font pleurer les Fribourgeois dans le silence et la discrétion. Sur les bords de la Sarine, en bon catholique, on sait pardonner et oublier. Admettre que peut-être ses élus sont incapables ou même menteurs est difficile. En démocratie le pouvoir n’est-il pas en main du peuple?

A Fribourg, toutes les réalisations sont déclarées exceptionnelles.Il est vrai que la mobilité y est exceptionnellement médiocre. Certaines régions sont très mal desservies par les transports publics et la ville de Fribourg est ainsi engorgée quatre fois par jour par les pendulaires. Si l’embouteillage est terminé chez Cardinal, il y a un sérieux goût de bouchon dans les rues du centre.

L’un des objectifs du pont de la Poya est d’améliorer la mobilité et la circulation dans l’agglomération. Cette promesse ne sera pas tenue. Ce pont, attendu depuis plus de 50 ans, ne résoudra rien en ville, c’est certain. Heureusement, par contre, la protection de la cathédrale St-Nicolas et du quartier du Bourg sera une réalité mais le manque de places de parc publiques tuera les commerçants. Toute la cité est envahie par les administrations et les écoles. La Clinique Garcia, l’ancien bâtiment des EEF et sa place de parc sur Pérolles devaient se transformer en habitat. Le soir la ville est morte.

Depuis plus de 20 ans, l’image du canton s’altère. La capitale n’a pas réussi à prendre la place souhaitée. L’agglomération n’apporte rien. Après avoir perdu son énergie dans l’Espace Mittelland, la soupe est réchauffée avec la Région Capitale Suisse. Seul Berne sort gagnant, par la volonté des Singinois. Au lieu de dépenser 150’000 francs pour inscrire Fribourg-Freiburg  dans les horaires SBB, inscrivons directement Bern-West. Ce n’est pas le Duc de Zaehringen qui sera fâché. Depuis 1654, le pont de Berne conduit à la porte de Berne.

Il y a au moins deux raisons aux difficultés de Fribourg ville et canton. La première est un manque de vision patent des élus cantonaux imprégnés d’un esprit villageois de nains de jardin. La deuxième, fin des années septante, c’est le snobisme de la capitale face à sa ceinture campagnarde qui a empêché les fusions de communes avant même d’en parler.

Il y a plus de 10 ans, le canton gagnait à la loterie grâce à la Banque nationale. Les caisses étaient pleines. Nos Conseillers d’Etat pavoisaient. En 2012, alors que l’économie fribourgeoise va bien, un déficit de 100 millions est annoncé.

Ce ne sont pas les dépassements faramineux des chantiers de la route de contournement de Bulle et du pont de la Poya qui vont arranger la situation.

Les fonctionnaires sont régulièrement bien notés et appréciés. La population est satisfaite du travail des enseignants, de la police et des cantonniers. Les problèmes viennent de la tête. Toutes les erreurs, mêmes les fautes, sont acceptées. Les députés, représentants du peuple, sont trop conciliants. On ne touche pas ses Conseillers d’Etat. Comme Berlusconi, dont on a souri, ils sont affranchis.

Gauche, droite, ce n’est pas le problème. Dépassement de plus de 40% dans le chantier de la H189 à Bulle: directeur Claude Lässer PRD. Dépassement de plus de 70% dans le pont de la Poya: directeurs Beat Vonlanthen, Georges Godel PDC. Le prochain drame sera le dossier santé: directrices Ruth Lüthi, Anne-Claude Demierre PS. Ces constats d’échecs ou d’incompétences n’entraînent aucune sanction. Vous pouvez être un cancre en classe mais vous aurez votre baccalauréat avec les flonflons et la retraite. «Comment voulez-vous éduquer vos enfants avec de tels exemples?» faisait remarquer un citoyen qui va récolter les signatures nécessaires pour déposer une motion populaire.

Quand le Président du gouvernement donnait le ton.Le canton a sa loi sur la transparence mais en 2011, il a fallu que la «Liberté» révèle l’affaire des jetons de présence des élus pour qu’un scandale éclate, dans le silence général. Erwin Jutzet, employé à plein temps de l’Etat de Fribourg, avec un salaire de 252’000 francs, avait touché 10’000 francs de la Commisson fédérale des maisons de jeux (CFMJ). Ce Conseiller d’Etat socialiste, directeur de la Justice et police était à nouveau épinglé dans la «Liberté» en mars 2012 pour une nouvelle incartade. Il autorisait ses filles à parquer dans un garage sécurisé de la police cantonale. Comme citoyen, tentez de laisser votre voiture plusieurs jours de suite sur une place réservée à la POLICE! Vous découvrirez le montant de la facture et le prix de la fourrière. Vous risquez même le retrait de permis. Pour Erwin Jutzet, la réponse a été touchante. Comme un gamin pris en faute, il a déclaré: «Je ne le referai plus».  Peut-on se moquer de la police, abuser des biens publics et garder sa place à la direction de la Justice? A Fribourg, république bananière, la réponse est oui! Comme en Afrique du Nord, la société civile va-t-elle se lever pour renverser les profiteurs?

Article publié dans la «Cité», No 23. 

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