«Pôle muséal» lausannois, les jeux ne sont pas faits


Le ciel est-il en train de tomber sur la tête des édiles lausannois? Après le naufrage de l’imposant projet immobilier métamorphose prévoyant notamment la construction d’un nouveau stade de football au sud de la ville, c’est le «pôle muséal» qui a les pieds dans l’eau.

PAR CHRISTIAN CAMPICHE

En novembre 2008, les Vaudois refusaient en votation populaire le projet de Musée cantonal des beaux-arts (MCBA) sur le site de Bellerive, un cube de béton blanc au bord du lac. Trois mois plus tard, le Conseil d’Etat vaudois relançait la machine en confiant à un «groupe d’évaluation» la tâche de proposer un nouveau lieu destiné à accueillir le musée. Plusieurs villes vaudoises étaient en concurrence.

En octobre 2009, le président du groupe d’experts, l’ancien directeur du CHUV Bernard Decrauzat, rendait son rapport. Il recommandait la place de la Riponne au centre de Lausanne, en face du palais de Rumine qui abrite déjà le musée cantonal des beaux-arts depuis des lustres. Dans une interview accordée à «24 Heures» le 14 octobre 2009, Bernard Decrauzat expliquait les raisons de cette décision: «le projet concernant la Riponne a séduit par la complémentarité qu’il offrait avec les différents musées et la bibliothèque cantonale établis au Palais de Rumine».

Le Conseil d’Etat approuvait le choix de Lausanne mais écartait d’emblée la Riponne pour retenir un projet sorti du chapeau de la ministre vaudoise de la Culture Anne-Catherine Lyon, le dépôt CFF des locomotives, à côté de la gare de Lausanne. Dans ces halles inscrites au patrimoine national, le gouvernement propose désormais, non plus un seul musée à compter de 2016, mais trois entités, comprenant, outre le MCBA, le Mudac (musée des arts décoratifs) et l’Elysée (musée de la photographie). Le coût des travaux se situerait entre 75 et 80 millions de francs.

Le 22 août 2012, le gouvernement dévoilait officiellement son programme en lançant un Plan d’affectation cantonal (PAC) destiné à permettre la réalisation d’un «quartier des arts à proximité de la gare de Lausanne». Sur le site de la plate-forme du pôle muséal, le département de Mme Lyon octroie une ambition quasi-planétaire au projet. «Un espace artistique unique est créé, qui fera figurer Lausanne dans le réseau des grandes institutions culturelles européennes et pourra recevoir à ce titre les plus belles expositions internationales tout en présentant des collections permanentes. Les trois institutions partenaires, lit-on encore, possèdent de remarquables collections comme les riches fonds Théophile Alexandre Steinlen, Félix Valloton, Louis Soutter, Charlie Chaplin, Ella Maillard, Nicolas Bouvier, Jacques-Edouard Berger».

Des noms certes prestigieux mais qui ne parviennent pas à impressionner tout le monde, tant s’en faut, à juger par les oppositions déposées ces jours derniers contre le pôle muséal dans le cadre de l’enquête publique. L’une d’entre elles, et non des moindres, émane du Mouvement pour la Défense de Lausanne, animé par le bouillant urbaniste Eric Magnin. Ce dernier conteste formellement le principe même du PAC qui «renie» un plan général d’affectation cantonal antérieur, puisqu’il date de 2006.

Une autre opposition a été déposée par le «Collectif Gare», un groupement de personnes réunissant plus d’une centaine d’habitants concernés par les travaux que les CFF envisagent aux alentours de la gare de Lausanne. Agissant au  nom du «Collectif Gare», l’avocat lausannois Jean-Claude Perroud dénonce «une pesée d’intérêts déficiente» dans la mesure où, dans la maquette finale présentée par l’architecte espagnol, les halles ont disparu, alors qu’elles devaient être au départ protégées en tant que monument d’intérêt historique.

Le texte de l’opposition s’en prend également à la mégalomanie d’un projet désireux d’imiter des réalisations telles que les musées de Vienne ou Berlin. « Ces exemples n’ont pas grand-chose à voir avec la ville de Lausanne et ne peuvent dès lors guère servir d’éléments de comparaison. On peut relever dans ce contexte que la fréquentation actuelle des trois musées (MCBA, Elysée et MUDAC) dépasse à peine 100’000 visiteurs au total. Et même si celle-ci peut certainement être améliorée, le projet restera à une échelle provinciale.»

«Mais surtout, poursuit Me Perroud, le projet fait abstraction du fait qu’en écartant le site de la Riponne, on gaspille une occasion unique de valoriser la place du même nom. Cela fait en effet de nombreuses années que tout le monde s’accorde à dire que la place de la Riponne mériterait d’être mieux mise en valeur.  Vu sous cet angle, on voit tout l’intérêt que représente le projet «Musée-Cité» (ndlr: écarté par le Conseil d’Etat): les visiteurs se rendant au MCBA découvriraient une véritable place au centre de Lausanne, place enfin revalorisée; ils visiteraient un musée des Beaux-Arts situé dans un bâtiment emblématique de Lausanne; ils pourraient poursuivre leur itinéraire en visitant les autres musées se trouvant dans le même périmètre, tout en étant à quelques pas de la vieille-ville, avec son château et sa cathédrale.»

Les promoteurs du projet ont minimisé à ce jour la résistance. Mais contrairement à ce qu’ils tentent de faire croire, les jeux ne sont pas faits. Le monde, nous dit-on, vit une période de changements climatiques. La calotte glaciaire serait en péril. La fonte du pôle (muséal) débutera-t-elle à Lausanne?

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