L’horizon Ecopop


Ecopop, label d’une initiative qui veut bloquer la croissance de la population suisse. Une variation, à prétentions écologiques, de l’anti- «Ueberfremdung» du James Schwarzenbach des années 60-70. L’hydre xénophobe repousse.

PAR PIERRE KOLB

Bien que ces gens s’en défendent, puisqu’ils se placent sur le terrain d’une limitation de la population à «un niveau compatible avec la préservation des ressources naturelles». L’intiative est objectivement anti-étrangère, simplement parce que la natalité suisse, malgré sa progression, ne permet pas un renouvellement de la population, et tout frein à la croissance démographique présuppose des mesures de lutte contre l’immigration. Ce n’est pas un hasard si dans le groupuscule fondateur d’Ecopop (pour Ecologie et Population) figurait Valentin Oehen, un dissident extrêmiste de James Schwarzenbach. Ce n’est pas pour rien non plus qu’à l’UDC, où les considérations écologiques provoquent habituellement des crises d’urticaire, cette initiative, considérée comme une aubaine, a été soutenue dans de nombreuses sections.

Ecopop est essentiellement une officine alémanique. Il suffit pour s’en convaincre d’aller observer le français ahurissant exhibé dans leur site internet. Si ces gens ont bénéficié de plus d’un demi-million pour financer leur récolte de signatures, ils ne semblent pas pour autant avoir trouvé les moyens de diffuser leur propagande dans un français correct. Néanmoins, ils envoient depuis plusieurs années leurs thèses aux médias romands, démarche accueillie jusqu’ici dans une indifférence aussi générale que non concertée. Et ces médias auraient probablement laissé ces gens mariner dans leur jus s’il n’y avait le dépôt de l’initiative.

Ceci dit, l’initiative est d’une inspiration plus ancienne que le contexte xénophobe qui a présidé à l’émergence du mouvement. Elle véhicule des idées qui nous font remonter à l’économiste et pasteur anglican Thomas Malthus (1766-1834) qui a donné son nom au malthusianisme. Vous avez dit 1800? Le cri d’alarme sur la surpopulation exprimait alors une inquiétude fondée sur une estimation de la population mondiale à un milliard. Nous en sommes à sept milliards! et sommes donc un peu plus serrés qu’en 1800. Alors, l’angoisse était forte. Elle est devenue cyclique.

Le problème de la croissance démographique, s’il a des répercussions planétaires, se pose principalement en Afrique et en Asie, où d’ailleurs des signes d’un ralentissement sont apparus dès 2005. On observe surtout qu’une amélioration du niveau de vie entraîne une baisse de la natalité. Et les démographes reconnaissent, en partie pour cette dernière raison, la difficulté de faire des prévisions. Si la probabilité des dix milliards d’êtres humains d’ici à la fin du siècle est toujours évoquée, on pense aussi à une stabilisation progressive.

L’occasion de se rappeler que Malthus s’était planté dans ses prévisions, et d’autres qui ont par la suite nagé dans les mêmes eaux. L’occasion aussi d’avoir conscience de la quasi-impossibilité de définir une taille ou masse critique. Cette notion est pourtant sous-jacente à de nombreuses politiques publiques. Le dogme des fusions de communes, par exemple, postule des tailles critiques jamais explicitement exprimées: la taille critique est en général, dans ce domaine, celle que l’on n’a pas encore atteinte.

A l’inverse l’initiative malthusienne Ecopop postule une taille critique déjà dépassée, là aussi sans être capable de la définir. Quelle serait la bonne taille de la population résidente suisse, évaluée à huit millions l’été dernier? Idéalement, la moitié, indique une porte-parole d’Ecopop: ce qui nous ramènerait à la Suisse de 1930. Sans craindre la caricature, ces gens esquivent le débat en exigeant un quasi-blocage de la croissance démographique (0,2% au plus) quelques années après l’acceptation de l’initiative, ce qui érigerait à la norme un chiffre arbitraire et hasardeux entre huit et neuf millions de résidents.

Le pronostic en cas de vote populaire est incertain, le succès même de la récolte des signatures ayant été une surprise. On est face à une situation insolite, du fait des prétentions écologiques de leur argumentaire, qui ont convaincu des personnalités intéressantes comme Franz Weber et Philippe Roch, ancien directeur de l’Office fédéral de l’environnement. Mais les verts ont en général évité le piège. En général, parce que la mayonnaise prend tout de même chez les verts de droite, les verts qui s’appellent libéraux. Dans son blogue, le député vaudois Raphaël Mahaim les remet assez joliment en place.

N’empêche. Pas difficile de comprendre que la crise du logement, qui empêche des familles nouvelles de s’établir dans leurs propres villes au profit parfois de salariés étrangers de multinationales, est un catalyseur d’éruptions xénophobes, et l’habillage écolo peut séduire ces catégories jeunes. On n’en a pas fini avec les débats politiques pourris.

Article paru dans “Courant-d’Idées

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